Racisé, dans les luttes sociales, aux côtés des blanc.he.s

Ce texte est une restitution d’expérience du militantisme que j’ai connues, de mon point de vue d’homme cis racisé, qui a vécu diverses situations entre privilèges et oppressions. C’est plus une exposition de faits, de ressentis et de pensées qu’une série d’analyses.

J’ai eu des expériences militantes assez diverses. Parmi elles compte une action non-violente dont l’objectif fut atteint avec succès : nous avons été embarqué.e.s par la police !
Immédiatement, nous avons fait l’objet d’égards exceptionnels de la part de ces braves policiers. Nous avons tou.t.es été placé.e.s dans la même cellule le temps de la procédure de vérification d’identité, qui consistait surtout à nous maintenir enfermé.e.s pendant quatre heures. Nous garder ensemble était déjà un privilège en soi, car le temps passerait plus vite que si nous avions été séparé.e.s. De plus, la cellule en question était la moins sale. Il n’y avait qu’une coulure séchée de vomi sur un mur, laquelle, presque inodore, commençait même à fusionner avec le béton. Nous avons été épargné.e.s des cellules dont la pisse et la merde était encore très identifiables.
Je voyais stupéfait mes camarades blanc.he.s s’amuser et danser comme des ballerines, taquiner, provoquer les policiers juste en face, patients et stoïques, quand tou.t.es les autres prisonniers et prisonnières du poste de police souffraient d’un traitement complètement différent.
Je me souvenais alors d’une personne que j’avais connue, un bâtard de keuf, qui racontait avoir dit à une gardée-à-vue enceinte qu’elle avait écarté ses cuisses n’importe où ; qu’une autre fois, il avait frappé un autre à coup de poing, car ce dernier faisait trop de bruit.
Mais nous, nous ne courrions pas ces risques, manifestement, pas comme celleux des autres cellules, celleux (parfois blanc.he.s, souvent racisé.e.s encore plus souvent pauvres et racisé.e.s) qui, contrairement à nous n’étaient pas considéré.e.s légitimes d’exister dans la société. Je bénéficiai aussi ce de privilège, mais parce qu’il m’était prêté par mes camarades d’action, sans même qu’iels ne s’en rendent compte.
J’ai toujours été entre les mondes. Éduqué, mais pas trop. Racisé, mais pas trop. Pauvre, mais pas trop. J’avais dit à un ancien ami : « ça va pas fort. Je veux brûler toutes les voitures de keufs que je vois. »
Lui, certes transgenre, mais blanc et issu d’une bourgeoisie parisienne bien confortable, qui plusieurs fois m’avait fait part de ses problèmes de riches, me prend de haut comme souvent : « La base ! » me dit-il comme si j’avais encore du retard.
Les personnes transgenres sont aussi victimes de la police, il était donc bien placé pour le dire, mais il ne s’est ni proposé de développer son sentiment, ni d’écouter le mien... me laissant avec cette humilité maladie de racisé qui se disait : « Lui sait, moi, je ne dis que des évidences. ». C’était si évident, et pourtant, il ne m’a jamais parlé de passer des paroles aux actes.
Quand le viol de Théo Luhaka a été médiatisé, ce fut un choc immense. J’ai compris le danger qui me guettait. Tardive prise de conscience, dû au fait que je ne suis pas banlieusard, mais issu d’un milieu de petit fonctionnaires, pas très éloigné, mais séparé.e.s des quartiers ségrégués de la "banlieue". Puis il y a eu l’assassinat de Nahel Merzouk, et puis très peu de temps après, Hedi, laissé pour mort par la BAC de Marseille. Ce dernier drame m’a mis KO. Quand j’ai vu la photo de son crâne déformé après son opération, l’écran de mes émotion affichait « No Signal Found ».
La tentation de l’action directe et violente n’a jamais été si forte. Comment faire ? Le black bloc ne me convenait pas. Trop mouvant, imprévisible, chaotique. Je repensais à Théo Luhaka, Adama Traoré, Nahel Merzouk, Hedi, et tous les anonymes violenté.e.s par la police coloniale française. J’imaginais les hurlements de Théo sans le vouloir, ses larmes, rempli d’effroi... j’étais écartelé entre deux extrêmes : fuir ou combattre ; une peur acide et une pulsion de destruction, qui se nourrissaient l’une l’autre.
Cette violence sexuelle, d’une brutalité inouïe, qui lui déchira le sphincter anal sur dix centimètres et le laissa handicapé à vie, cette agression qui était d’une nature indéniablement raciste, sensée attaquer sa super virilité de personne noire me fit aussi réaliser que je ne comprendrai jamais ce que c’est de ressentir l’effroi du viol chaque fois que seul dans la nuit me suit un homme d’une fois et demi mon poids, entre autre occasion. Cela me fit aussi réaliser vraiment, pleinement, que la domination policière comme la domination patriarcale doivent être anéanties avec la même énergie, et ensemble.

NIK LA POLICE !
QUE BRÛLENT LES CRA ET LES PRISONS !
VIVE L’INSURRECTION !

  • Rêvachol

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