Quand les footballeurs faisaient leur révolution !

En Mai 68, le siège de la Fédération française de football (FFF) est occupé plusieurs jours par des footballeurs. Retour sur cet évènement.

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16-11-1913, Saint-Ouen, football association, équipe du Red star. (crédit : gallica.bnf.fr )

Le Brésil connaît de nombreuses luttes sociales depuis plus d’un an (transport, éducation, santé, logement, écologie...). Avec le début du mondial de foot, les manifestations sont quotidiennes. Il s’agit de s’attaquer à la fois au gouvernement brésilien mais aussi à la FIFA (Fédération internationale de football association), organisatrice de l’évènement. En effet, des sommes colossales ont été dépensées pour cette compétition, alors que les revendications de la population ne sont toujours pas entendues par les socialistes au pouvoir (’parti des travailleurs’). Corruption, esclavage moderne, machine à fric... La FIFA joue parfaitement son rôle d’institution capitaliste. A l’échelle de la France, cette entreprise du foot a déjà été contestée. C’est ainsi l’occasion de revenir sur un événement de Mai 68 pour le moins symbolique et relativement inaperçu : l’occupation des locaux de la Fédération française de football (FFF) par des footballeurs.

Alors que les grèves et occupations d’usines rythment la vie de la France, l’AFP annonce au matin du 22 mai 1968, qu’une centaine de footballeurs se sont rendus devant le siège de la FFF (anciennement avenue d’Iéna à Paris) pour l’occuper  [1]. Les employés sont retenus (Pierre Delaunay, qui a succédé à son père au poste de secrétaire général de la Fédération est lui isolé dans un bureau), des tracts sont distribués aux passant-e-s de l’avenue, tandis que des banderoles ornent la façade de l’immeuble. On peut notamment y lire « Le football aux footballeurs ». S’instaure alors un véritable siège dont on reconnaît « les méthodes d’actions inventées par le mouvement étudiant » estime l’historien Alfred Wahl  [2].

« À l’origine de ce coup d’éclat, qui durera six jours, jusqu’au 27 mai, on trouve quelques joueurs amateurs menés par des journalistes du Miroir du football, magazine d’obédience communiste. "Tout le monde se révoltait. Les gars du Miroir étaient en lutte contre le pouvoir et l’argent dans le foot. Ils ont décidé d’attaquer la citadelle", se souvient Jules Céron, dit "Juju", joueur d’Aubervilliers qui jonglait entre l’occupation de son usine et celle de la fédération. Ce 22 mai, la prise de la FFF se propage rapidement grâce à la radio. À peine l’information entendue, Serge Anger, un joueur amateur de Pavillons-sous-bois (Seine-Saint-Denis), quitte son imprimerie pour rejoindre Paris. "Je ne pensais pas que le monde du football pouvait être capable d’un geste aussi audacieux, aussi irrévérencieux", rigole encore cet ancien international junior »  [3]. Le mouvement se limite cependant quasi-exclusivement au monde amateur (à l’exception de deux joueurs : André Mérelle et Michel Oriot, tous deux membres du Red Star de Saint-Ouen).

Dans son tract, le Comité d’Action des Footballeurs rejette l’autorité des dirigeants de la FFF et souhaite « rendre aux 600.000 footballeurs français et à leurs millions d’amis ce qui leur appartient : le football dont les pontifes de la Fédération les ont expropriés pour servir leurs intérêts égoïstes de profiteurs du sport ». Il s’agit là d’exiger « la destitution immédiate (par voie de référendum des 600.000 footballeurs, contrôlé par des footballeurs) des profiteurs du football, et des insulteurs de footballeurs. Libérer le football de la tutelle de l’argent des pseudo-mécènes incompétents qui sont à l’origine du pourrissement du football ».

Le 27 mai, la fin de l’occupation est décidée par « ces enragés du football »  [4] qui estiment qu’il fallait que ce mouvement prenne une autre tournure. « Le monde du travail avait d’autres priorités et le foot n’était pas assez politisé » rappelle un occupant  [5].

Bien évidemment, l’action est aussitôt critiquée par la presse sportive (France-Football par exemple) et des représentants de la FFF. Néanmoins, l’institution est chamboulée et cède sur quelques revendications. Ainsi, la plus grande victoire de cette « révolution » reste l’abolition effective du fameux « contrat à vie »  [6] remplacé par un contrat à durée librement déterminée.

« L’occupation de mon usine, c’était politique. Prendre la FFF, c’était intellectuel. Et une récréation » indique l’ouvrier et footballeur amateur Juju  [7]. Il n’en demeure pas moins que cette occupation, similaire aux autres de Mai 68, a su faire bouger les lignes ; changer les règles du jeu.

Pour détruire la FIFA et ses organes sœurs, une révolution reste à faire. Solidarité avec les révolté-e-s du Brésil !

Notes

[1La FFF parle d’une quarantaine d’occupants.

[4Selon l’expression d’Alfred Wahl.

[5Citation de l’article du JDD.

[6Ce contrat dit « d’esclavage » liait les joueurs à vie à leurs clubs. Ils étaient ainsi transférables uniquement selon le bon vouloir de leurs dirigeants. Déclaré illégal en 1967, ce contrat est définitivement aboli quelques semaines après l’occupation (malgré une menace de sa restauration en 1972.

[7Citation de l’article du JDD.

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