Mémoire des luttes des travailleuses et travailleurs maghrébins de France

Les travailleuses et les travailleurs « maghrébins » de France sont depuis des décennies des acteurs politiques de premier plan. Ces immigrés se battent en effet dans les usines, les foyers, pour l’accès au logement décent, contre le racisme et les violences policières. De la guerre d’Algérie aux crimes de l’été 1973, ils ont fait face à d’intenses épisodes de haine et de répression et participent aujourd’hui aux luttes sociales et ouvrières.

Les premières arrivées d’algériennes et d’algériens en métropole sont remarquables dès la fin du 19èmesiècle. En majorité hommes kabyles, ils fuient la pauvreté provoquée par le « séquestre », c’est-à-dire le vol des terres orchestré suite à l’insurrection d’El Mokrani en 1871 pour punir les tribus y ayant participé. Ils furent durant la Première Guerre Mondiale utilisés dans la sidérurgie, l’armement, les mines ou le transport.

L’Étoile Nord-Africaine (ENA) naît pour sa part en juin 1926 dans le giron du PCF. Le contexte est d’une part celui de la guerre du Rif qui voit le PCF organiser des campagnes d’opposition par le biais de grèves et de manifestations. Il s’agit d’autre part de respecter la huitième condition d’adhésion à la Troisième Internationale qui stipule : « Les Partis des pays dont la bourgeoisie possède des colonies ou opprime des nations, doivent avoir une ligne de conduite particulièrement claire et nette. Tout Parti appartenant à la IIIe Internationale a pour devoir de dévoiler impitoyablement les prouesses de "ses" impérialistes aux colonies, de soutenir, non en paroles mais en fait, tout mouvement d’émancipation dans les colonies, d’exiger l’expulsion des colonies des impérialistes de la métropole, de nourrir au cœur des travailleurs du pays des sentiments véritablement fraternels vis-à-vis de la population laborieuse des colonies et des nationalités opprimés et d’entretenir parmi les troupes de la métropole une agitation continue contre toute oppression des peuples coloniaux ». Cette organisation affirme que « son but fondamental est la lutte pour l’indépendance totale de chacun des trois pays : Tunisie, Algérie et Maroc, et l’unité de l’Afrique du Nord ». Dans son programme rédigée en mai 1933, elle revendique l’abolition du code de l’indigénat, l’application des lois sociales et ouvrières, le droit de chômage et aux allocations pour les familles algériennes ainsi que la liberté de presse, d’association et de réunion. Elle publie à partir d’octobre 1930 un journal appelé El Ouma (en arabe : la Nation) jusqu’à sa dissolution par le gouvernement du Front Populaire. Lors de l’été 1936, on assiste à des grèves en Algérie qui permettent de rendre compte de la condition des colonisés au travail : principalement employés comme « manœuvres », ils sont rémunérés à la tâche et leur salaire est versé partiellement en nature. Des actions ont également lieu dans les fermes coloniales et dans le vignoble de la région d’Oran. Cette période est l’occasion de l’entrée des travailleuses et des travailleurs algériens à la CGT. À l’automne 1948, la quasi-totalité des mineurs d’Algérie suivent ceux de métropole pour la défense de leur statut.

Durant la guerre d’indépendance, l’activité ouvrière algérienne continue en métropole. Le 14 février 1956, des membres du Mouvement National Algérien (MNA, rival du FLN) fondent l’Union Syndicale des Travailleurs Algériens (USTA). Le « leader » de cette organisation est Messali Hadj, ancien secrétaire général de l’ENA. Les maghrébins sont également nombreux à se syndiquer à la CGT. Il est possible de retrouver des traces de cet engagement grâce aux archives des mensuels du syndicat comme La Tribune du travailleur algérien, La Tribune des travailleurs tunisiens, algériens, marocains ou encore La Tribune de l’immigration.

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