Contribution stratégique à une intervention anti autoritaire dans le mouvement des gilets jaunes

Le mouvement des gilets jaunes a commencé depuis 2 mois. L’extrême gauche dans son immense majorité s’implique dans ce mouvement. Mais on peut noter tout de même des difficultés à exister dans ce mouvement. Plus grave, des camarades, au nom d’une prétendue stratégie s’impliquent dans le mouvement sans essayer de le conscientiser, laissant une place béante aux forces réactionnaires bien présentes et bien structurées.

Nous sommes assez nombreux à intervenir dans le mouvement des gilets jaunes. Celui-ci nous inspire de la sympathie par ses revendications sociales fortes et par la répression sauvage qu’il subit. Il inspire également notre sympathie par son rapport de classe sans commune mesure avec ce qu’on a connu lors des précédents mouvement sociaux d’ampleurs (CPE, Mouvement des retraites, mouvement contre la loi travail). Les prolétaires sont à l’initiative du mouvement, alors que les autres mouvement semblaient plus à l’initiative des catégories intermédiaires profondément ancrées à gauche (prof, fonctionnaires, cheminots, étudiants…). Le mouvement fascine également, car c’est tout simplement ce que l’on cherche à avoir depuis des années : un mouvement autonome, qui se construit sur des bases politiques de classe et qui mobilise plus largement que les zones urbaines. Tout est donc intéressant non ?
Malheureusement, nous ne sommes pas seuls sur le coup et contrairement aux litanies gauchistes qu’on peut entendre ici et là, le prolétariat n’est pas par essence progressiste. Il vote aussi Bolsonaro au Brésil, Salvini en Italie et Orban en Hongrie.
Alors certes l’extrême droite n’est pas majoritaire, dans le mouvement. Les fafs ne tiennent pas la rue, il ne parviennent pas plus à mettre la main sur le mouvement que nous à contribuer à son autonomie. Peu de de structures pour les fafs, peu de choses où les interventions semblent pertinentes. Ils ont par exemple fait des pieds et des mains pour remettre la question de l’immigration au centre des discours, et malgré le petit coup de pouce de Macron durant son allocution télévisé, la plupart des Gilets Jaunes en ont rien à foutre. Par contre, il est très clair que ce mouvement populaire est largement perméable aux discours antisémite et conspirationniste. Comme souvent ces dernière années, les fachos sont donc forts en terme « Méta ». [1]
Et nous avons en face de nous, qui explose, toutes les failles de notre interventions depuis des années :

  • une faiblesse sur internet où la fachosphère a fait des ravages et a été un outil de politisation (ou plutôt de dépolitisation) sur toutes les classes de la société.
  • Un manque d’ancrage dans les classes populaires qui nous amène à avoir du mal à discuter, à utiliser des outils de communication.
  • Un manque de volontarisme dans les interventions politiques où la plupart des collectifs politiques ne parviennent pas à extraire une ligne politique claire qui pourrait servir de base au développement des mouvements sociaux.

Nous devons donc prendre nos responsabilités. La manière dont les composantes du mouvement social traditionnel interviennent sur le mouvement est problématique dans la mesure ou nous venons juste aux manifestation pour les faire grossir, mais sans aucune perspectives ni propositions. Ne soyons pas naïfs, une simple présence en manifestation, sans banderoles, sans tracts, ne suffira pas à renverser la dynamique historique plutôt propice au racisme et au sécuritaire qu’à une position émancipatrice.

Il devient donc urgent d’intervenir un peu plus fortement et d’ouvrir des perspectives, quitte à se distancier de certaines pratiques et s’affronter à certaines tendances.

Quelques propositions :

  • Venir en manifestation avec des banderoles, des slogans et des tracts pour assumer nos positions politiques.
  • Ne pas se contenter de post Facebook et multiplier les participations et impulser des assemblées générales plus propices à l’organisation collective.
  • Dégommer les chefs. A l’heure actuelle, les gestionnaires de groupes Facebook sont les chefs du mouvement. Les Drouet, Priscilla Ludosky, le très stupide et conspirationniste Maxime Nicolle tiennent le mouvement du fait d’une certaine intégrité et d’un respect des positions défendues dans la rue. Il n’empêchent que ce sont des chefs, qui dirigent les autres et ce indépendamment des positions politiques penchant souvent à droite. Et de toute façon on aime pas les chefs qui se disputent désormais pour leur petit pouvoir sur les acteurs du mouvement.

Dans tous ces espaces tenir des positions claires sur différents points :

  • Le capitalisme n’a pas de couleur, de religion. Macron n’est pas plus un outil des Rothschild que des Mulliez. Le capitalisme français est français. Il n’est pas extérieur et la mondialisation capitaliste n’a pas changé le rapport de classe en France. Il s’agit ici de rappeler que non, le "peuple français" n’est pas soumis au diktat étranger, au pacte de Marakech ou au lobby juif international, mais bien à une exploitation locale qui fait largement l’affaire. Rappeler ici les nombreuses luttes préalable à la mondialisation pourrait faire son petit effet.
  • Une intervention pour préciser que le rapport de classe existe au sein du mouvement. Priscilla Ludosky par exemple est une petite patronne. Et les petits patrons n’ont comme vocation que de devenir de grands patrons. Des personnes qui gagnent 4 ou 5000 euros par mois n’ont pas les mêmes intérêts que des précaires ou une femme de ménage à mi-temps.
  • Des banderoles, des textes pour dénoncer la présence du front national dans ce mouvement. L’extrême droite a été parfois virée du mouvement mais c’était des groupuscules sans intérêt et sans impact. C’est bien de l’avoir fait. Mais le rassemblement national c’est un autre morceau. Et si Marine le Pen est muette depuis un moment, tous ses communicants sont présents et interviennent. Plusieurs argument peuvent être avancés :
    la Question du racisme évidemment qui divise le fameux « peuple » [2] et qui n’est qu’un outil patronal.
    L’aspect profondément capitaliste du Rassemblement national (appuyer sur leur gestion municipale anti pauvre, leurs magouilles et surtout leurs propositions politiques et économiques).
  • Des revendications sociales :
    Hausse du smic horaire pour les patrons
    Réquisition des logements vides
    Taper sur l’évasion fiscale en parallèle aux revendications sur le flicage des chômeurs, des gens au RSA
  • Développer notre position autour de la démocratie directe qui semble audible chez les gilet jaunes qui ont, comme nous, envie de reprendre le pouvoir sur leur vie. Nous, libertaires nous réfléchissons plutôt à un cadre de fédéralisme ou de commune, il faut nous opposer au RIC car celui-ci ne sera qu’une énième pantalonnade qui servira les intérêts politiciens. La démocratie adopté par en haut et avec des échelles de 70 millions de personnes, on y croit pas des masses.

Courage camarades !

Notes

[1Littéralement « au-delà du politique »

[2Mot qui ne veut rien dire mais qui est largement utilisé au sein des Gilet jaunes mais aussi par la France Insoumise.

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