Catch The Faf

Non mais oh.
Dans la confusion générale du foot pourquoi pas des drapeaux mais faut pas pousser quand meme… 

J’écris haletant de ce qui vient d’arriver : 

Je me rends au tabac en vélo.
En revenant je croise un autre type à vélo avec un drapeau français accroché à l’arrière avec un zigouigoui en noir sur le drapeau.
Je m’approche par curiosité et là je crois halluciner : y’a une croix gammée noire sur le drapeau de la France.

Je regarde à deux fois.
Trois fois.
Elle est meme stylisée.

Je me mets à hauteur du propriétaire : 
« Bonjour, c’est une croix gammée ? »
Réponse animale droit dans les yeux
« Oui je t’emmerde, je mets ce que je veux » 

Il m’a renvoyé dans les cordes direct.
Un habitué du conflit.
Pas l’air d’être le théoricien du mouvement pour autant.

Je ne réponds rien et pars devant alerter une bande de petits mecs amorphes du quartier croisée plus tôt aux abords des barbecues d’une fête de commerçants (majoritairement immigrés) du coin. 
J’arrive devant les petits mecs et déclare : «  y’a un mec avec une croix gammée qui va passer... »

De suite ils s’insurgent, parlent de le poursuivre quand le mec passe à peine ai-je fini ma phrase mais ils ne bougent pas trop, pas du tout même.

Je rentre dans le tabac acheter les clopes tout en m’insurgeant à voix haute pour que les passants entendent ce qui me met en colère… la foule est parfois curieuse de (sa)voir ce qui se passe…
On sent que ca interpelle mais aucun regard ne me semble être suffisamment complice… 
Dans la queue du tabac je fulmine en silence… « le suivre ? Le doxer après ? que faire… »
J’excluais le dialogue vu le premier échange et voulais garder un certain avantage sur lui en évitant l’attaque frontale.
Soudain le geste nécessaire m’explose dans les neurones : je vais lui enlever le drapeau et puis c’est tout.

J’enfourche mon vélo, demande à la troupe de petits mecs s’il est bien parti tout droit et leur annonce : « je reviens avec le drapeau ».

Je pédale un bon kilomètre comme si j’avais des chiens au cul ou un lapin devant, sur cette grande avenue qui est son chemin le plus probable… en meme temps je réfléchis avec le peu de sang qui n’est pas dans mes cuisses… « approcher… peut être un feu… attention aux autres voitures… effet surprise… s’il me poursuit, esquiver dans telle cité pour trouver du monde et le confondre… » 

Puis apparait un cycliste au loin…
Cette silhouette me donne des ailes : je pousse plus encore les pédales à en arriver assez proche pour confirmer que c’est lui
Je le rattrape et commence à ralentir pour préparer mon approche…

Juste avant un croisement où je m’aperçois que, ô bonheur, il est au tel.
Je ne pédale plus, profitant de l’élan de telle sorte qu’après le croisement je sois silencieux et à bonne vitesse pour fondre sur son arrière
il est de plus en plus proche,
je suis maintenant à portée du drapeau, 
je suis si proche que je l’entends parlant, souriant au téléphone 
je tends le bras, 
saisis le drapeau qui viens sans casser : Bingo !
et là, c’est montée de fluides dans mon corps… 

Il ne réalise qu’une dizaine de milli-secondes après… suffisantes pour que je fasse un demi-tour à 180 degrés et me lance dans un autre kilomètre à fond mais dans l’autre sens…

Il hurle, il insulte la libido de ma mère pour me dire de revenir…
mais comme il ne fait que vomir sa frustration parce que je l’ai séché sur place cet idiot, je décide de ne pas honorer son invitation à m’expliquer sur ce geste.

Sa voix devient vite un murmure étouffé par le souffle de mes poumons de fumeur qui fait un sprint de vélo avec un drapeau français dans la main comme un fan de foot en retard au match...

Deux regards en arrière un peu troubles m’informent que nul poursuivant n’est à mes trousses, il a meme pas essayé, mais je pédale toujours up-tempo pensant « tu dois garder ton avance » des fois qu’un automobiliste se soit mis en tete de me poursuivre… (ca m’est deja arrivé)

Meme si je kif déjà en sentant la prise que j’ai maintenant glissée sous mon t-shirt par décence et précaution.

Je reviens au quartier a fond
Ca vaut le risque de ne pas rentrer de suite à la maison mais de repasser devant les petits mecs pour boucler la boucle et montrer qu’ils auraient pu le faire facile ces branleurs…

L’un d’eux me demande de lui donner le drapeau, je réponds que « j’ai le drapeau, je vais le brûler et danser nu autour »
mais maintenant que j’ai repris mon souffle, je me dis que je vais le garder et l’annoter de l’exploit.

No pasaran 

P.-S.

Cette histoire s’est déroulée dans le quartier de la Boissière à Montreuil le 1er Juillet 2018 en plein après-midi.
Ce quartier avec une longue tradition ouvrière et politique est aujourd’hui malgré la franche gentrification de la ville encore très largement habité par des populations du monde entier, ou du moins des populations souvent aux revenus modestes et régulièrement soumis aux pressions policières comme tout quartier du labo sécuritaire qu’est le neuf-trois.

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