Une histoire de mauvais traitements en HP et d’appartement insalubre

Je m’appelle Maria et suis patiente en psychiatrie depuis longtemps maintenant. Je vais pas vous faire un topo complet sur les horreurs de la psychiatrie, aujourd’hui je voudrais juste vous parler de JP.

JP a 60 ans. Il est enfermé depuis janvier 2017 dans un hôpital psy de la banlieue sud de Paris. Je ne peux pas vous dire lequel, il ne veut pas, il a peur des représailles de la part de sa psychiatre qui le menace déjà.

Alors voilà, JP ça fait des semaines voire des mois qu’il veut rentrer chez lui. Mais rien n’a été fait chez lui.

Son appartement était apparement en mauvais état suite à une inondation, un pétage de câble (inondation, décès de sa conjointe des suites d’un cancer) et du squattage de l’appartement parce que la porte avait été laissée ouverte.

Son curateur a lancé les devis pour vider intégralement son appartement en juillet. Le devis qu’on a entre les mains mentionne 2175€ de frais pour vider son appartement. Soit-disant est offert le lessivage des portes et du sol.

JP a tout perdu. Ses synthétiseurs, sa table à dessin (il était dessinateur pour des architectes et a un sacré coup de crayon, surtout dans les dessins humoristiques), les photos de sa défunte femme, ses CD. Tout. Quand je suis rentrée dans son appartement samedi 5 janvier 2018, il n’y avait que les meubles qu’on lui avait fait racheter : une table, quatre chaise, une armoire. Le 19 janvier, quand j’y suis retournée, il y avait un meuble en plus, que personne n’avait monté. JP ne peut pas le monter lui même, faute d’outils et surtout de part son handicap physique. Il doit voir un chirurgien pour une opération lourde du genou en février (pose de prothèse complète).

De ce que je sais, tout ce qui bloquait pour qu’il puisse rentrer chez lui, c’était la présence d’un lit qui n’arrivait jamais, malgré les promesses, pendant des semaines et des semaines. L’administration de l’hôpital lui répétait qu’il sortirait dès qu’un lit serait trouvé et ce depuis des semaines voire des mois.

Il avait un budget ridicule pour le lit, le matelas et le linge de lit : moins de 100€ pour tout. Et apparement on lui a dit de se démerder à un moment donné où il râlait. Le hic : il n’a pas beaucoup d’autorisations de sortie pour aller à la ressourcerie (un lieu associatif où les gens donnent des objets, et où les visiteur.euse.s peuvent les racheter à bas prix, type Emmaus), et il n’a pas accès à Internet. Autant vous dire que le désespoir était bien là. Et le pétage de plomb pas loin.

Alors, on a monté une cagnotte en ligne. En 3 heures on avait récolté 155€ et on avait réservé un lit et un matelas virtuellement neufs. Avec le reste de la cagnotte on a acheté des draps (à fleurs, il aime les fleurs) ; oreillers, housse de couette, draps et couette (neufs pour le coup). On a aussi récupéré suite à un don une lampe et des ampoules parce qu’il nous a dit qu’il n’avait pas de lumière dans sa chambre.

Mais on est arrivées chez lui et on a trouvé un taudis. C’est le mot je crois, un taudis.

Il n’y a pas l’électricité dans sa chambre, donc la lampe ne servait à rien.

En fait, il n’y a pas d’électricité du tout, sauf dans une prise du salon et aux plafonniers de la cuisine et de la salle de bain.

Il n’y a pas d’eau chaude.

Il y a une vitre fracassée, et l’hiver est rude.

Le sol est dans un état lamentable.

Les tapisseries sont arrachées et taguées.

Les portes et le sol collent. (Paye ton lessivage des portes et nettoyage des sols mentionnés dans le devis…)

La fenêtre ferme mal.

Il a peur qu’il y ait des cafards.

Avec un autre co-patient, on a demandé un rendez-vous au chef de pôle. Il n’était pas au courant de l’état de l’appartement. Il nous a renvoyé vers les assistances sociales. Une d’elles a dit que l’appartement n’était pas insalubre et puis que « il y a pire ailleurs ».

On nous a renvoyé vers le curateur. On l’a eu au téléphone. Il nous a dit que le bailleur a été contacté début janvier 2018 pour faire quelque chose pour l’électricité. Manifestement, il n’y a pas de date d’intervention de prévue. Le curateur a commencé à acheter les meubles courant décembre.

Alors qu’on promettait à JP au moins une permission de nuit (c’est-à-dire l’autorisation de passer une nuit chez lui) courant décembre.

Il est actuellement menacé par sa psychiatre d’être envoyé en pavillon fermé (c’est-à-dire qu’il n’aura plus l’autorisation de se promener librement entre 9h et 19h dans les murs de l’hôpital et de sortir acheter des clopes) parce qu’il fraternise avec des patients, quand bien même le chef de pôle nous a reçu et a été choqué par l’état de l’appartement.

J’étais dans le pavillon ouvert quand JP était en entretien et j’ai entendu des cris de la voix de sa psychiatre s’échapper de son bureau. Elle lui criait dessus.

Elle veut maintenir sa sortie dans cet appartement aux dernières nouvelles.

Nous sommes désormais interdit d’entrée dans le pavillon, sa psychiatre l’a chargé de nous le dire.

Nous ne pourrons plus lui rendre visite « dans les règles de l’art ».

JP n’en peut plus des informations contradictoires et des menaces. JP n’en peut plus de l’HP. JP ne veut pas rentrer chez lui parce que sinon c’est la dépression assurée.

Voilà.

Si vous êtes juristes ou artisan.e.s et que vous voulez aider JP faites nous signe à sos.pour.jp@gmail.com

Libérez JP avec un appart décent.
Libérez TOUS les JP avec des apparts décents.

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