Re-confinement, blindage de CRA, cluster et grève de la faim : l’exemple du CRA de Vincennes

Dans la période actuelle de confinement, le CRA de Vincennes fonctionne comme une prison où les personnes sans-papiers sont non seulement privées de leur liberté, mais aussi mises en danger tous les jours par les décisions des préfectures et des tribunaux et par les pratiques des flics. Alors que les clusters se développent dans le centre, depuis samedi, une grève de la faim a été lancée dans le batiment 2B. Solidarité avec les grévistes ! Liberté pour tous et toutes !

* Une grève de la faim a démarré samedi 14 au 2B !

On passe à la cantine, on prend notre ticket, on prend la nourriture et chacun les uns derrière les autres on jette à la poubelle. Il faut s’unir tous pour avoir de la force sinon ça bouge pas.

"On est plus en septaine depuis hier. Ça veut dire que les visites ont repris...

À cause de la nourriture, parce qu’ils nous donnent de la nourriture périmée, on a commencé à faire une grève de la faim. On a mis ça en place hier . On s’est réunis tous dans le hall à l’extérieur et on a commencé à parler entre nous. Tout le monde est d’accord, pour que quelque chose bouge. On passe à la cantine, on prend notre ticket, on prend la nourriture et chacun les uns derrière les autres on jette à la poubelle. Il faut s’unir tous pour avoir de la force sinon ça bouge pas. Ils nous donnent de la merde à manger, même les chiens ils mangeraient pas, c’est immangeable, c’est incroyable. En plus ils sont hyper agressifs avec nous.

En plus y’a deux jours ils se sont mis à nous interdire de prendre le pain pour l’emmener dans la chambre si on veut le manger après, ils ont dit à cause des rongeurs, ils se foutent de notre gueule ou quoi, c’est des murs en béton, il n’y a aucune fenêtre, il y a des fenêtres dans les chambres à 4 mètres du sol, comment vous voulez qu’il y ait des rongeurs, c’est une excuse à la con.

Et pour les masques, ils s’en foutent, ils veulent qu’on mange dans le réfectoire : on est presque 50, on est collés à 5 cm l’un de l’autre et on est obligés de retirer le masque pour manger, c’est pour ça aussi qu’on veut manger dans nos chambres…

Et les gens aussi ils sont pas contents parce que c’est la 3e fois que les vols sont annulés et y’a des gens qui veulent partir et on commence à frapper sur les tables et après y a une vingtaine de policiers qui viennent et ils prennent des gens et les isolent dans une pièce à côté une heure ou deux pour qu’ils se calment…"

Si on retourne un peu en arrière, on se souvient que les centres de rétention en France s’étaient presque tous progressivement désemplis pendant le premier confinement. Certains étaient même complètement vides (sans pour autant avoir fermé définitivement, ça aurait été trop beau). C‘était le cas notamment des CRA de Plaisir, Palaiseau, Bordeaux, Guadeloupe, Hendaye, Nice, Rennes et Strasbourg.

Alors que cette nouvelle vague de pandémie est encore plus violente et meurtrière que la première, les CRA se sont soudainement remplis au maximum juste avant le second confinement.
Plusieurs témoignages nous sont parvenus des personnes enfermées pour nous expliquer la recrudescence des rafles mercredi 28 et jeudi 29 octobre et pendant les jours qui ont suivi : “C’est comme s‘ils savaient que ça serait plus dur de nous arrêter pendant le confinement, comme il y aurait moins de gens dans les rues. C’est comme s‘ils faisaient le plein.“, nous a dit un retenu.

C’est comme s‘ils savaient que ça serait plus dur de nous arrêter pendant le confinement, comme il y aurait moins de gens dans les rues. C’est comme s‘ils faisaient le plein.

Les conditions sanitaires sont toujours désastreuses, et les clusters se multiplient. Ce n’est pas étonnant, vu que les CRA sont blindés.
Les flics et les jugent continuent à jouer avec la vie des gens : les personnes qui sont testées positives sont parfois mises à l’isolement total et privées de soins, parfois enfermées avec des prisonnier.e.s non malades qui risquent donc de choper le virus.
Les vols cachés continuent à destination de certains pays (surtout en Europe mais pas seulement), tandis que d’autres exigent que les personnes expulsées soient testées négatives. Mais si les prisonnier.e.s refusent le test pour résister à la déportation, ils.elles font généralement face à la garde à vue et à des peines de prison ferme.

Au CRA de Vincennes les autorités tentaient, jusqu‘à fin octobre, de mettre en place un semblant de protocole face au Covid-19. Les bâtiments 2A et 2B servaient de “bâtiments d’arrivée” où étaient placés les nouveaux arrivants qui faisaient immédiatement un test Covid.
S‘ils étaient négatifs, ils étaient placés dans le bâtiment 1.
S‘ils étaient positifs, ils étaient placés soit en hôtel, soit dans l’un des deux autres bâtiments qui servaient pour enfermer les personnes testées positives et/ou pour mettre en septaine les personnes ayant été en contact avec une personne porteuse du virus.

Cette organisation de façade a complètement été abandonnée depuis le re–confinement. Le bâtiment 1, déjà presque plein, est aujourd’hui plus que plein. Les personnes retenues nous informent que les chambres ne pouvant accueillir pas plus de quatre personnes sont dorénavant occupées par cinq à six personnes.
Enfin, les bâtiments 2A et 2B se sont eux aussi remplis rapidement. Les tests d’arrivée ont été abandonnés. Résultat : 7 personnes ont été testées positives au Covid-19 la semaine dernière dans le bâtiment 2A (suite à la déclaration de symptômes chez plusieurs d’entre eux). Les personnes testées négatives ont été transférées dans le bâtiment 2B. Deux jours plus tard, dans ce même bâtiment 2B, on amenait une personne présentant de graves symptômes (les flics sont venus la récupérer 3 heures plus tard, on espère qu’elle est allée à l’hôpital). Le bâtiment est lui aussi en quarantaine, en attendant les résultats des tests. Actuellement, 138 personnes sont enfermées dans ce CRA !

On se fout de la santé des personnes sans-papiers, on se fout de mettre leur vie en danger.
Aujourd’hui comme tous les jours, la seule solution c’est la destruction de tous les centres de rétention ! À bas les CRA et les frontières !

Des témoignages depuis le bâtiment 1, où une grève de la faim avait été lancée début novembre

*G. : "On est très nombreux dans le bâtiment 1, toutes les chambres sont pleines. On ne porte pas de masque, on n’a pas de gel [hydroalcoolique], on mange tous dans la même salle ! Les seules fois qu’on porte un masque c’est pour aller à l’accueil. Là, plein de personnes qui se sont faites attraper par la police viennent d’arriver au CRA. Ils n’ont pas fait de tests Covid et sont mis avec nous. Il n’y a même pas une hygiène de vie ici, les toilettes sont très sales !

On ne sait pas ce qui nous attend. Tous les 2 ou 3 jours, il y a des problèmes avec la police. Ils rentrent dans les chambres, ils fouillent, ils vident les chambres, nos habits sont mélangés. Ils ne nous considèrent pas ! Un retenu a dit à un policier : « S’il vous plaît, il faut que vous nous respectiez ! ». Le policier a répondu :« Je ne savais même pas que vous étiez des êtres humains ». Vers 1h ou 2h du matin, pour rire entre eux, les policiers nous appellent aux haut-parleurs pour aller à l’accueil et quand on se présente ils nous disent rien du tout...

La police et la justice forcent les gens à aller dans des pays où ils n’ont jamais habité. C’est eux qui fabriquent les passeports puis disent que c’est le tien ! Il y a un gars au CRA, il n’a même pas 25 ans et on lui a donné un passeport où il a 45 ans. À un autre gars, on lui a donné un passeport Sénégalais alors qu’il n’est même pas Sénégalais.« *D. : »Dans le bâtiment 1, on a tous fait nos tests Covid mais d’autres sont arrivés ce week-end et n’ont pas fait le test. On est là, on mange ensemble, on fait pas de mal. Moi, on m’a proposé plusieurs vols, je les ai tous refusés. On m’a pas montré mon passeport. J’ai même pas vu mon consulat. On m’a dit que j’étais sénégalais... Je suis pas sénégalais !

La bouffe ici, elle est dégueulasse, la douche est sale, il n’y a pas de geste barrière, on est 5 par chambres. La police n’a pas dit qu’il y a confinement."

Note

Plus d’infos sur les luttes en cours et sur la situation à l’intérieur sur Abaslescra.noblogs.org

Localisation : Vincennes

À lire également...