Droit à l’avortement en Argentine : Ni la loi ni le Sénat ne nous rendrons libres !

Depuis avril 2018, des rumeurs avaient fait état du projet de loi de légalisation de l’avortement jusqu’à 14 semaines en Argentine.
Depuis plus de 30 ans, cet amendement est présenté régulièrement à la Chambre des Députés sans qu’il ne soit adopté.Retour sur les luttes de cet été pour le droit à l’IVG en Argentine.

Depuis avril 2018, des rumeurs avaient fait état du projet de loi de légalisation de l’avortement jusqu’à 14 semaines en Argentine.
Depuis plus de 30 ans, cet amendement est présenté régulièrement à la Chambre des Députés.
En effet, les deux seuls pays d’Amérique du Sud où existe un accès légal à l’avortement sont actuellement Cuba et l’Uruguay ; les autres pays limitant de manière très restrictive l’accès à ce choix.
Le recours à l’avortement en Argentine, s’il est prouvé, est un délit puni de 4 ans de prison.

La énième proposition de cette loi au Congrès a divisé le pays entre pro-IVG et anti-IVG : à noter, une magistrale formule godwinesque du Pape Francesco que nous vous laissons le plaisir de commenter vous-mêmes :

" Tout le monde trouve scandaleux ce que les nazis on fait au nom de la pureté de la race alors qu’aujourd’hui on fait la même chose mais avec des gants blancs ".

Le 14 juin, les députés du Congrès votent cette loi. Le 8 août, elle est refusée par le Sénat. Des affrontements ont eu lieu le soir même.

Nous avons décidé de traduire le texte suivant d’Accion Socialista Libertaria mis en avant par le groupe révolutionnaire étatsunien Black Rose/Rosa Negra Anarchist Federation..
Voici leur introduction.

Nous reproduisons ce texte sur la lutte en cours pour le droit à l’avortement, écrit par nos camarades d’Argentine, Accion Socialista Libertaria.
Il est estimé que 500 000 avortements illégaux ont lieu chaque année en Argentine.
Environ 80 000 personnes par an sont hospitalisées des suites de complications post-abortives, et doivent faire face à des poursuites juridiques.
L’avortement demeure illégal en Argentine, sauf en cas de viol ou quand la vie ou la santé de la femme est menacée ; néanmoins, même dans ces circonstances, il reste difficile de bénéficier de ce service.
De juin à août 2018, le Congrès argentin a étudié un amendement qui aurait pu légaliser l’avortement jusqu’à 14 semaines, qui a été voté par la Chambre des Députés mais a été refusé par le Sénat le 9 août.
Ce texte est une réponse à ce vote négatif du Sénat.
#NiUnaMenos

Ni le Sénat ni la loi ne nous rendrons libres

Nous sommes convaincu-es que seules la lutte et l’organisation nous rendrons libres. Nous ne voulons plus que des filles meurent dans des avortements illégaux. Ce qui est arrivé ce 8 août révèle la force du mouvement féministe et la faiblesse, le délitement du Parlement et de ce système « bourgeois de représentation ».
Des jeunes femmes, des lesbiennes et des hommes trans continueront à avorter ; nous continuerons à nous battre avec elles pour que ce soit le plus sûr possible.
Cependant, les soi-disant « représentants du peuple » [le Sénat argentin] qui gagnent des centaines de milliers de pesos, qui ne représentent que les businessmen, ont réduit la possibilité de légaliser l’avortement ; de légaliser le droit de décider de nos corps.

Au Congrès, nous avons écouté les discours électoraux, essayant de profiter de quelques minutes de « célébrité » pour gagner quelques nouveaux votes. Nous les avons écoutés nous rire au nez, nous dénigrer, nous mentir, nous désinformer. Nous avons écouté et vu un groupe de personnes cyniques, totalement distanciées de la réalité des travailleurs, s’asseoir - comme s’ils étaient invités à prendre le thé - se mettre à blablater et ensuite à voter pour maintenir les chaînes qu’ils ont mis autour de nos utérus. Que savent-ils de la vie et du choix ?

Nous sommes celles qui mettons notre corps en danger, celles qui souffrent du froid, de la faim, de l’humiliation et de la douleur.
Nous sommes celles qui prenons sur la tronche l’épée de la « justice » - toujours bourgeoise et patriarcale - lorsque nous sommes stigmatisé-es, criminalisé-es et persécuté-es. Ils prennent nos vies dans des chambres sales en nous faisant avorter avec ce qu’ils ont sous la main, après avoir rempli leurs poches de l’argent que nous sommes parvenu.e.s à réunir, souvent l’argent de notre prochain repas.
Nous pleurons les compañeras que l’État assassine en nous condamnant au secret. Nous avons dû nous organiser seules, par pur courage, pour pouvoir être là pour les femmes enceintes qui veulent prendre des décisions concernant leur corps et leur vie.
Nous sommes celles qui collectons l’argent et jonglons pour pouvoir charger un téléphone, acheter une carte de bus, acheter tout ce qui est nécessaire pour aider la compañera qui veut avorter.
Nous sommes celles qui portons sur nos épaules des dizaines de cas et qui parfois nous effondrons parce que nous travaillons jusqu’à ce que notre tête explose.
Nous sommes celles qui répondons aux appels, faisons des câlins et pleurons sans larmes parce que la condamnation sociale hypocrite pèse sur les filles qui veulent prendre leurs décisions. Que savent-ils, assis sur leurs bancs confortables ?

Ils ne sont intéressés que par maintenir le business des avortements illégaux, y compris les pratiques privées et le trafic international de médicaments : 15 millions de pesos par an, rien qu’en Argentine. Parmi ceux-là se trouvent les Laboratoratoires Beta (à Buenos Aires), la seule entreprise qui fabrique et commercialise le Misoprostol [médicament qui provoque l’avortement] ; une entreprise énorme qui pèse un milliard de pesos avec son monopole.
Les médecins facturent alors entre 30 et 50 000 pesos [environ 1 000 à 1 600 dollars américains] pour pratiquer un avortement dans une clinique. Ils ne sont intéressés que par faire des profits sur nos corps. En plus de maintenir le pouvoir de l’Église, cette institution hypocrite, qui se nourrit de l’argent de l’État et réprime le droit des femmes et des personnes enceintes de choisir, et ne dit rien sur le viol des enfants par les prêtres.

À ASL (Acción Socialista Libertaria), nous appelons plus que jamais au renforcement du soutien politique, financier et logistique afin de conseiller les femmes et les personnes d’autres genres, ainsi que les groupes qui accompagnent les cas d’avortement. Ce sont ces groupes qui, dans tout le pays, fournissent des informations sûres sur l’utilisation du Misoprostol et réduisent les risques.
De même, en tant qu’agents de santé, nous n’avons pas d’autre alternative que de continuer à nous engager, à renforcer la syndicalisation pour garantir l’accès aux solutions d’avortement légal qui existent aujourd’hui et qu’ils essaient maintenant de réformer.

Les rues sont toujours vertes [la couleur du mouvement du droit à l’avortement], des milliers de camarades sont sorties protester.
Les rues ont parlé et la stigmatisation sociale commence à se dissiper.
Nous devons penser à quel type de démocratie nous voulons : de toute évidence, la démocratie représentative ne fonctionne plus. Les institutions de cette démocratie bourgeoise ne seront jamais de notre côté. De la même façon que l’État n’aborde pas la crise, il ne garantit pas non plus la liberté de quiconque.
Œuvrons pour créer une démocratie directe du peuple et pour construire une véritable auto-défense et aller à l’affrontement quand c’est nécessaire.
Nous ne sommes plus seul-es, nous sommes tous ensemble, nous sommes des millions.

Vive celleux qui se battent ! / ¡Arriba lxs que luchan !


Acción Socialista Libertaria

P.-S.

Pour les hispanophones, Accion Socialista Libertaria a un FB.

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