Un petit bulletin trimestriel qui relaye depuis une vingtaine d’années les luttes radicales des travailleurs du monde entier...
« Arrivé à l’apogée de sa puissance, le capitalisme est aussi arrivé au plus haut point de sa vulnérabilité ; il ne débouche nulle part ailleurs que sur la mort. Si faibles que soient les chances de révolte, c’est moins que jamais le moment de renoncer au combat. » (P.Mattick)
Une rapide présentation
Dans le monde une classe en lutte est diffusé gratuitement depuis près de vingt ans. Cette publication de 8 pages A4 a pour objectif, comme le souligne le texte d’intention parfois reproduit en début du bulletin, « de faire connaître, indépendamment de toute revendication, les luttes telles qu’elles se déroulent dans le monde entier. Son contenu est forcément incomplet à la fois quant aux luttes ainsi recensées et quant à une description analytique de leur déroulement. Ce sont essentiellement des raisons pratiques qui causent ces imperfections : il ne tient qu’à ceux qui peuvent avoir ces pages entre les mains d’y remédier tant soit peu. Chacun peut y apporter des informations même brèves sur les luttes dont il peut avoir connaissance soit directement, soit par tout autre moyen. Chacun peut s’y associer de la manière qui lui convient (aide rédactionnelle ou matérielle, suggestions et critiques bien venues. Nous savons que, pour disparates, contingentes et spécifiques qu’elles soient, ces luttes n’en participent pas moins à la résistance à la domination du capital. C’est ce que nous voulons souligner, même si les problèmes matériels nous empêchent de développer leurs particularités comme nous le souhaiterions. »
Le Bulletin de février 2014
Voici le début du dernier bulletin :
LUTTESDECLASSEETLUTTESPOLITIQUES
Notamment depuis le sud-est asiatique jusqu’au Sénégal, dans une large bande autour de l’Équateur¸ dans le Moyen-Orient jusqu’à l’Ukraine, monde est à feu et à sang. Cela concerne les pays en développement comme ceux restés dans une telle dépendance que l’on ne parle même pas de développement.
On rencontre aussi bien des affrontements armés dans une véritable guerre civile comme en Syrie ou autour du Soudan, ou en Centre-Afrique, qu’une guérilla récurrente comme en Afghanistan, en Irak, en Libye ou au Liban, ou dans des manifestations imposantes avec occupation de lieux publics, un peu partout mais surtout présentement en Ukraine ou en Thaïlande, récurrentes mais toujours violemment réprimées.
Dans la grande majorité de ces conflits, il s’agit de luttes strictement politiques pour la conquête ou le partage du pouvoir, prenant des aspects ethniques et/ou religieux souvent sous-tendus par les rivalités entre grandes puissances ou l’influence d’une ex-puissance coloniale. Parfois, dans les pays où existe une classe ouvrière conséquente, comme en Tunisie, en Égypte ou récemment au Cambodge, la lutte ouvrière peut servir d’appoint à ces forces politiques — très temporairement –comme cela s’est vu souvent dans maintes « révolutions bourgeoises » dans le passé.
De toutes les façons, que la classe ouvrière soit intervenue ou qu’elle soit restée en marge, une fois ce conflit politique « résolu » pour un temps, tout ce que les uns et les autres demandent aux travailleurs c’est de reprendre le travail, de rentrer dans les rangs, et de travailler aux conditions imposées par le capital via le gouvernement en place, détenteur du pouvoir de répression sociale, dans un monde toujours fait de surexploitation et d’austérité pour l’immense majorité de la population.
Ces luttes politiques n’ont en fait rien à voir avec les luttes sociales, avec la lutte de classe, sauf à perpétuer sous une forme différente — certains appellent même ce changement de forme de « révolution » — la domination du capital.
La guerre sociale, la guerre de classe, c’est tout autre chose. Elle englobe tous les travailleurs qui luttent contre le quotidien de leur exploitation dans toutes ses formes, individuelles autant que collectives, avec les limites du rapport de forces du moment. Ces formes vont de la récupération individuelle de la marchandise-temps de travail et/ou du produit du travail, à la récupération collective de ce temps de travail dans la grève, de l’espace de travail par l’occupation de l’appareil de production dans les tentatives d’autogestion, de la marchandise vendue pour se faire du fric… Parfois cela va beaucoup plus loin par une généralisation de toutes ces luttes et alors, la lutte sociale, la lutte de classe devient ouvertement politique. Mais la lutte de classe concerne aussi tous les exclus, cette force de travail en réserve qui tente de s’approprier des miettes du festin capitaliste, qui récupère tout ce qui dans ce système est marchandise : les squats avec la propriété privée, les SDF avec l’espace public, les chômeurs qui peuvent tenter de rompre les encadrements stricts des « avantages sociaux », la récupération directe dans les temples de la distribution, etc.
Tout cela fait partie de la lutte de classe et dans le monde, les travailleurs et laissés-pour-compte sont de plus en plus nombreux (depuis 1990, selon les chiffres officiels, le nombre de ceux qui vendent leur force de travail a été multiplié par trois, et encore en ne prenant pas en compte le fait que la moitié de la population active mondiale travaille « au noir » ; cette croissance ne se reflète pas dans la part des salaires dans les revenus mondiaux : de 1970 à 2010, malgré l’accroissement du nombre d’actifs salariés, cette part est passée de 66 % à 60% de ces revenus, ce qui signifie une intensification des conditions d’exploitation du travail).
Cela veut dire que le prolétariat représente une force placée dans des conditions de base identiques (même s’il y a des différenciations énormes dans ces conditions réelles), et que le capital exige de lui toujours plus pour en concéder toujours moins.
C’est pour tout cela que nous consacrons ces pages, principalement à la lutte de classe, et non aux rivalités politiques bourgeoises de tel ou tel camp., à tenter d’analyser comment les luttes se déplacent et se développent face à la domination et à la répression. Nous pouvons espérer que ces luttes finiront par déplacer les frontières de classe au point de les effacer et de liquider, avec le système capitaliste, tous ceux qui en assurent le fonctionnement
L’IMAGINATIONAUPOUVOIR
BRÉSIL – 18/01/2014 – Comme ailleurs, la répression a bloqué l’extension des occupations d’espaces publics (voir précédents bulletins). Déjà, autour de Noël, le pillage des centres commerciaux jouxtant les banlieues avait entraîné une plus grande répression. Ce qui suit peut paraître une réplique organisée.en utilisant habilement les structures du système
Organisés sur le réseau Facebook, les Rolezinhos, ou rassemblements éclairs de protestation, peuvent regrouper jusqu’à 8 000 participants. On trouve ainsi 1 000 activistes au supermarché JK à Sao Paulo (contre les discriminations), 6 000 de nouveau à Sao Paulo pour occuper le Shopping Itaquera proche d’un faubourg pauvre. En général, les Brésiliens impliqués dans ces mouvements originaux se mobilisent contre le racisme, les inégalités sociales, etc. Ils sont imprévisibles et échappent à tout contrôle. Il est difficile de les contrer car aucun commerce ne peut empêcher les clients supposés d’entrer, et il est difficile aux flics d’intervenir. Bien sûr, de tels rassemblements dans les rayons des supermarchés et boutiques des centres commerciaux entraînent de fructueuses récupérations de marchandises.
Le mouvement a pris une telle ampleur que le gouvernement s’est réuni d’urgence. Peut-être, à l’imitation de ce qui est projeté en Espagne ou mis en œuvre en Égypte, pénalisera-il sévèrement l’utilisation des réseaux sociaux pour convoquer de tels rassemblements festifs protestataires.
ARGENTINE
Ce qui s’est passé en Argentine le 10 décembre 2013 illustre parfaitement le fait que lorsque les forces du contrôle social (police et armée) sont dans l’impossibilité temporaire de remplir leur fonction, la marmite explose et les premiers actes sont la récupération et la réappropriation de la marchandise. C’est valable pour les catastrophes naturelles (ouragan Katrina, tremblement de terre, tsunami par exemple), ou avec les dysfonctionnements du capital (pannes géantes d’électricité, explosions atomiques ou autres).
Ce qui déclenche cette situation en Argentine, c’est la grève des flics pour les salaires, imprudemment annoncée à l’avance ; cette grève débute à Cordoba, la deuxième ville du pays, et s’étend dans 17 des 23 provinces ; dès que la nouvelle de la grève a été connue, des gangs se sont constitués pour faire des raids sur les supermarchés. De véritables bandes ont déferlé alors, venues des bidonvilles, qui ont pris d’assaut tous les commerces sans distinction et parfois des habitations cossues. Pain béni en cette période d’inflation ; 1 900 magasins auraient été vidés de toutes marchandises, comme avec un aspirateur géant. Certains commerces ont tenté de se défendre avec les gardiens ou individuellement. Dans certaines provinces, à la dernière minute, on a envoyé les gendarmes ou on a doublé le salaire des flics. Ce qui fait que les retardataires se sont trouvés coincés ou que des tentatives de récupération ont tourné court parce que tout était bien gardé. En une semaine, on a compté 12 morts et des centaines de blessés (certains dans le bris des vitrines).
Si ce mouvement s’est terminé souvent dans la douleur parce que les flics , ayant obtenu une rallonge de 50%, ont repris leur travail de répression, cette concession était plus que nécessaire en face de ce qui se profile dans la montée d’un puissant mouvement social.
Le pays se trouve pris dans une tourmente économique qui est chaque jour plus aigüe L’inflation dépasse 30%, les produits de base ont disparu des supermarchés, les commerçants n’affichent plus les prix qui s’envolent au jour le jour. Le billet de métro est passé de 2,50 pesos à 6 pesos, des coupures d’électricité peuvent durer plusieurs semaines, la monnaie nationale, le peso, est abandonnée pour un marché noir du dollar. De nouveau comme en décembre 2001 des concerts de casseroles (cacerolazos) sont réapparus contre les coupures d’électricité. Est-ce le début d’un mouvement global de protestation ?
CORÉE DUSUD
La baisse des taux d’intérêt et la relance de la consommation ont entraîné la délivrance de cartes de crédit et ont causé un bond de 184 % de l’endettement de 20 % de la population. 300 000 foyers ont dû avoir recours à un fonds spécial « Happiness fund » (sic) pour les aider à gérer leurs dettes. Parallèlement, la multiplication de ce crédit facile et peu encadré a favorisé une énorme fraude sur les cartes de crédit, ce qui a provoqué une panique pour les titulaires de compte devant par milliers entamer des démarches pour récupérer leurs avoirs ; les queues devant les guichets des banques ont parfois tourné à l’émeute.
« Comment allez-vous ces jours-ci ? » : cette simple question, lancée par un étudiant en économie sur les murs de l’université et sur Facebook, en tête d’un texte dénonçant la corruption et l’austérité, est devenue à l’insu de son auteur le ralliement de toutes les oppositions, notamment dans les milieux de l’éducation, au point que le ministre concerné en a fait interdire l’affichage et la mention dans les établissements scolaires. Il s’y est souvent ajouté la phrase suivante : « N’avez-vous pas de problèmes à ignorer les questions politiques ? » Le 1er janvier, un homme s’est immolé par le feu pour demander la démission de la présidente Park avec un panneau où l’on pouvait lire : « Comment allez-vous ces jours-ci ? »
MEXIQUE
La méthode expéditive. Depuis le 28 août dernier, plusieurs chauffeurs de bus de Ciudad Juarez ont été exécutés de sang-froid par une femme qui se revendique « Diana, la chasseresse des chauffeurs de bus ». Dans un message, elle se veut vengeresse des assauts sexuels sur les femmes qui rentrent tard de leur exploitation dans les usines de la Maquiladora. La ville a longtemps détenu le record des meurtres et des viols de femmes, ouvrières pour la plupart (au minimum 800 dans les vingt dernières années). Depuis, des chauffeurs de bus abandonnent leur emploi.
Le bulletin est disponible dans un certain nombre de lieux militants parisiens : les librairies Publico et Quilombo par exemple, ou bien des bibliothèque-infokiosques comme Le Rémouleur à Bagnolet. Mais on peut également leur écrire directement :
ÉCHANGESETMOUVEMENT, BP 241, 75866 Paris cedex 18, France
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