Appel à actions contre la récupération culturelle de Mai 68 par les présidences universitaires

Appel à actions contre la récupération culturelle de Mai 68 et pour une université autogérée.

La fête à "Mai 68"

Médias et institutions ont décidé de "fêter" Mai 68 : expositions, émissions, livres luxueux, colloques, etc. "Mai 68" serait un héritage culturel partagé. Nous, on ne savait pas que les traits culturels (valeurs, croyances, normes, pratiques) qui caractérisent les luttes de Mai 68 étaient aujourd’hui largement partagés.

On est passé à côté de cet aspect de notre évolution culturelle parce qu’on est trop con.ne.s. On s’est laissé.e.s aveugler par certains aspects de notre contexte sociopolitique :

  1. une structure sociale hiérarchique reposant sur une division en groupes,
  2. quelques groupes dominants qui possèdent une valeur sociale positive disproportionnée relativement aux groupes dominés (autorité politique, statut social élevé et pouvoir, accès privilégié aux ressources matérielles, à l’éducation et à la santé),
  3. une hiérarchie sociale maintenue par un recours à la « terreur systématique » (l’utilisation disproportionnée de la violence à l’égard des dominé.e.s par les institutions ; Sidanius & Pratto, 1999).

On pensait avoir remarqué une inflation de la terreur officielle (utilisation légale de sanctions violentes à l’égard des dominé.e.s, de façon disproportionnée) et de la terreur semi-officielle (utilisation de la violence, de l’intimidation, contre les dominé.e.s par les forces de sécurité dans un contexte d’impunité). Depuis plusieurs années, les mythes qui accentuent la hiérarchie (e.g., racisme, sexisme, classisme) gagnent en puissance et assurent leur fonction de justification morale à la distribution inéquitable des ressources. En parallèle de ce développement, on pensait avoir constaté un recul significatif des mythes qui atténuent la hiérarchie (e.g., égalitarisme). Mais en fait nous nous sommes dangereusement égaré.e.s, et les célébrations vont nous remettre dans le droit chemin : "Mai 68" est notre héritage culturel à tou.te.s, aux managers et aux étudiant.e.s, aux banquiers et aux zadistes... L’égalitarisme et l’anti-autoritarisme imprègent les institutions et les organisations. Alors arrêtez de vous agiter, diantre !

Récupération culturelle

Plus sérieusement : les dominants vont fêter "Mai 68", non mais quelle blague... Cette tentative de récupération culturelle ne semble pas pour l’instant avoir rencontré une résistance significative. Pourtant, nous sommes un certain nombre de militant.e.s anarchistes à trouver cette démarche insupportable.

Depuis le Printemps 2016, médias et institutions travaillent plus que jamais à stigmatiser, délégitimer les luttes s’articulant autour de valeurs anti-autoritaires et de pratiques offensives. Tout ce qui ressemble de près ou de loin à des "pratiques insurrectionnelles gauchistes" est désigné comme l’expression d’un terrorisme larvé. Ces dernières semaines, les présidences universitaires néolibérales n’ont pas manqué de solliciter la flicaille pour une répression physique des contestataires et un "nettoyage des campus". Les cibles des présidences échaudées : migrant.e.s et soutiens, étudiant.e.s et personnel.le.s opposé.e.s à la libéralisation des universités (réforme dite "ParcourSup").

Pour cet hiver 2018 seulement, sur les campus, nous pouvons noter (entre autres) :

  • l’expulsion violente d’un amphi à Bordeaux ;
  • la très récente répression policière sur l’un des campus de Dijon ;
  • l’intrusion violente de la police sur un campus de Nantes en amont d’une manif’ ;
  • l’expulsion par la flicaille, à deux reprises, de salles occupées sur le campus de Jussieu à Paris par des étudiant.e.s, des migrant.e.s et leurs soutiens ;
  • sans parler des menaces très récentes sur l’université du Mirail à Toulouse, avec une mise sous tutelle par le ministère.

Ces décisions sont prises par les présidences dans le silence assourdissant de la communauté des enseignant.e.s-chercheur.euse.s. Une communauté sans grève, sans manifestation, qui une fois de plus se caractérise par une inertie stupéfiante dans un contexte de sévère régression : coupes budgétaires qui asphyxient la recherche, dégradation accélérée des conditions d’enseignement et d’étude, et maintenant mise en place d’une infâme sélection des étudiant.e.s au nom d’une plus grande "efficacité" dans l’organisation des "parcours de formation". Bref, on nous fout la gueule dans un certain modèle anglo-saxon consistant à réserver les facs aux gosses de bonnes familles, et en parallèle on veille bien à installer toujours plus de vigiles pour surveiller les futur.e.s exploité.e.s.

Quel saisissant contraste entre les pratiques mises en oeuvre par les présidences universitaires, et leur prétention à commémorer un épisode insurrectionnel porté par des valeurs égalitaristes et anti-autoritaires. Quel contraste entre les politiques conservatrices et néolibérales appliquées par les présidences universitaires et le projet d’une université ouverte, populaire et critique promu en 68. On en rit ou on en rage ? C’est à en invoquer Molotov....

Sans vergogne, elles revendiquent l’héritage de Mai 68 : les présidences de Nanterre et de la Sorbonne

Le 22 mars, l’université de Nanterre organise une journée intitulée non sans ridicule "Prop’osons : Printemps des utopies et des libertés." Cette journée viserait notamment, selon Jean-François Balaudé (président de l’université de Nanterre), à "s’appuyer sur la force évocatrice du mythe", à "s’inspirer du passé et créer du nouveau", à "assumer un héritage", blablabla... De quoi perpétuer l’idée (le "mythe") d’une université "collégiale" animée par des valeurs "progressistes"...

Le 22 mars, première journée de grève nationale pour cette année 2018, Jean-François "assume Mai 68" : il ne fera pas grève, il n’ira pas manifester, et il mobilisera une partie de son personnel pour une longue journée de travail. Le programme de cette journée est consultable ici.

Le tout commence sur le campus de Nanterre avec un ptit dej’ d’ouverture avec la présidence (9h30, "ouvert à tous", Hall du batiment B). Le soir-même (18h), Georges Haddad (président de la Sorbonne) et Jean-François Balaudé débattrons à la Sorbonne : on a hâte de les entendre sur la paupérisation de la population étudiante, l’inflation du précariat à l’université, le renforcement de la sélection à l’entrée de l’université, leur collaboration active à la libéralisation des facs, etc. etc. etc. Ce que l’on propose est simple : dans la continuité de l’appel camarades étudiant.e.s de Nanterre, nous appelons à une perturbation "soixante-huitarde" des festivités.

Un pavé dans le programme

Pour transformer leur programme bien loin de notre Mai 68 — celui des barricades, des occupations et des "entretiens" avec les patrons — retrouvons-nous ce jeudi 22 mars à Nanterre dès 9h (pour converger vers le ptit dej’ "ouvert à tous", Hall du batiment B). Puis, nous irons au "11h - Nation" afin de renouer collectivement avec certaines pratiques de Mai 68. Nous rejoindrons ensuite les cortèges révolutionnaires de la journée (cheminot.e.s, interpro, tout est là). Après les manifestations, direction la Sorbonne (Amphithéâtre Lefebvre, place de la Sorbonne pour 19h00) afin de perturber "à la bonne mode de Mai 68" la rencontre entre les mâles dominants Haddad et Balaudé.

Pour une université autogérée dédiée à la libre diffusion de savoirs émancipateurs ! Sus à la récupération culturelle ! Hiérarchiques et flics hors de nos facs ! Hors de nos vies !

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