A l’École-caserne, Blanquer, premier de la classe Macron

Jean-Michel Blanquer est un ministre qui aime l’ordre. C’est un hussard brun de la République. Son école, il la remodèle comme Jules ferry : des murs bien hauts, des rangs et des classes d’âge, comme à l’armée !

Jean-Michel Blanquer est un ministre qui aime l’ordre. C’est un hussard brun de la République. Son école, il la remodèle comme Jules ferry : des murs bien hauts, des rangs et des classes d’âge, comme à l’armée ! Faudrait pas le solliciter encore une fois avec un incident comme celui ayant eu lieu au lycée Edouard-Branly de Créteil* pour qu’il renvoie tous les profs à Pôle emploi afin de recruter flics et militaires pour les remplacer. Ce n’est pas encore fait, mais il en meurt d’envie. C’est « l’école de la confiance »…

Le 26 octobre 2018, en compagnie du ministre de l’intérieur et celui de la justice, il a annoncé la création de nouveaux « centres éducatifs fermés », voire des « centres d’accueil de jour » avec un personnel « d’origine militaire ou de la police » pour en finir avec les « mineurs délinquants ». Tout un programme !

Un programme manu militari. En avril dernier, il autorisait le maire de Nice a expérimenter des permanences policières dans trois écoles. Christain Estrosi, l’édile, verra son souhait exhaussé après Halloween si le bilan s’avère globalement positif. 163 écoles élémentaires niçoises seraient concernées. Dans le Lot, au collège l’Impernal de Luzech, ce sont les paras de Montauban qui font la classe aux élèves volontaires de 3é depuis septembre : « une classe de défense et sécurité globale ». Le 5 novembre au lycée Utrillo de Stains, c’est un ancien gendarme qui fera fonction de proviseur adjoint
Ce ne sont pas là des exceptions.

L’école et l’armée, c’est une vieille histoire. Il a fallu l’arrivée de la gauche sous la Vè République pour réactiver les liens entre le ministère de la défense et le ministère de l’éducation nationale. Le premier protocole est signé en 1982. Puis, trois autres suivront ; en 1989, 1995, 2007. Dans un Bulletin Officiel paru en mai 2016, le ministère de l’éducation va jusqu’à « favoriser la reconversion des militaires et promouvoir les dispositifs de valorisation des acquis de l’expérience » (sic) en embauchant directement « les militaires quittant les armées ». Les gradés pourront s’offrir, comme à Stains, une seconde carrière « tout en contribuant à combler les postes vacants ». Manque plus que l’uniforme… C’est déjà en place à Provins dans les écoles primaires.
Avec la nomination d’un secrétaire d’état chargé de la mise en place du « Service National Universel », c’est le cadeau du chef au premier de la classe : 800.000 jeunes de 16 à 25 ans passeront un mois en caserne pendant les vacances scolaires à partir de l’an prochain.

Côté flics, l’Institution n’est pas en reste. La Circulaire du 18 août 2006 instaure des référents « police ou gendarmerie » pour chaque établissement scolaire. Les interventions policières se multiplient. Tous les prétextes sont bons : façon Rambos pour dénicher des drogues en pleine classe ou sagement assis, comme un bon maître devant le tableau, pour distiller la bonne parole : « les valeurs de la République », « l’esprit de la défense », « comprendre et enseigner la guerre »…

L’embrigadement dans cette culture du risque chère à Blanquer atteint des sommets avec les exercices obligatoires « attentat-intrusion » . Chaque année, tous les établissements scolaires doivent organiser un exercice dont le « scénario » a été validé par le rectorat. « Il est conçu comme l’aboutissement d’une préparation continue mise en œuvre sur un temps long », précise le texte d’application. Les scénarios les plus délirants ont été exploités : faux coups de feu dans une école de profs en Vendée, course poursuite entre enseignants et policiers municipaux dans une commune de l’Eure... Prudente, l’Administration recommande pour les élèves des petites classes l’utilisation d’un vocabulaire moins va-t-en-guerre : « On joue au roi du silence », « On apprend à se cacher ». Faut dire qu’avec Vigipirate, les écoles maternelles deviennent aussi un peu des casernes. On gardera les méchants mots pour la grande école, la grande caserne.

Camille

*Un élève y a braqué une prof avec un pistolet factice

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