Street Medic Paris : bilan de la journée du 1er Mai 2018

Le communiqué des street medic sur la répression qui a touché le cortège du premier mai.

Face à la répression qui touche tous les mouvements sociaux, et pour citer les plus récents : les mobilisations contre l’état d’urgence et la COP21, les luttes des migrantEs de Calais et d’ailleurs, les ZAD de Notre-Dame-des-Landes, du Testet (souvenons-nous de la mort de Rémi Fraisse sous les grenades des Gendarmes Mobiles) et de Bure, la bataille contre la « Loi Travail », et bien sûr aujourd’hui, la loi « ORE », la privatisation de la SNCF, les conditions de travail des soignantEs, ...)
Face aux assignations à résidence, aux poursuites judiciaires, à la disparition progressive du droit de manifester.
Face aux yeux crevés par les tirs de Flash-ball, aux brûlures et contusions parfois très sérieuses des grenades lacrymogènes et de désencerclement, aux os brisés par les coups de tonfa.

Nous sommes plusieurs dizaines de manifestantEs (étudiantEs, salariéEs, intermittentEs, précaires, grévistes ou non) à avoir décidé de venir équipéEs de matériels de premiers soins en manifestation afin d’aider TOUTES les personnes victimes de la répression policière.

Avant d’entamer le bilan des violences recensées ce Mardi 1er Avril 2018, nous tenons à rappeler que ce bilan ne prend en compte que les témoignages des street médics présentEs au débriefing post-manif, il n’est donc pas représentatif de l’intégralité des violences commises ce jour.

Lors de cette journée de « Fête » du Travail et des 50 ans de Mai 68, nous avons pris en charge plusieurs [centaines de] personnes angoissées, blessées lors de la manifestation annuelle puis du rassemblement dans le quartier latin du 5e arrondissement de Paris.

La Préfecture avait prévu un trajet très court, avec un dispositif de forces de l’ordre conséquent. La manifestation avait bien commencé, dans la joie et la bonne humeur, entre slogans et fumigènes de différentes couleurs. Il y avait tellement de monde qu’un tiers du trajet était déjà occupé par les manifestantEs, de la Place de la Bastille jusqu’à la Gare d’Austerlitz. Peu après que le cortège de tête ait traversé le pont, les actions commencèrent.

Il y a eu quelques départs de feu, dont un prenant sous un immeuble habité, des militants entrèrent dedans afin d’évacuer les habitantEs présentEs dans les logements des 8 étages où commençait à entrer la fumée noirâtre ainsi que des palets de lacrymogène tirés en l’air. Une douzaine d’habitants ont été conduitEs en lieux sûrs avant l’arrivée des pompiers.

Les forces de l’ordre déployées commencèrent à charger à pied, dans leurs camionnettes et avec les camions à eau de tous les côtés. Arrivant par le haut du boulevard de l’hôpital, des Quais Austerlitz et F. Mitterrand et sortant de l’entrée sud de la Salpêtrière.

Les CRS repoussèrent alors très violemment les manifestantEs vers le pont puis vers Bastille.

Sur la charge de la police, on peut signaler un nuage de gaz d’une densité exceptionnelle, sur une distance d’environ 200 mètres où les CRS ont procédé à un gazage sans interruption même lorsque les militantEs avaient évacué le boulevard.

De plus on peut affirmer que le dispositif policier et les ordres de la Préfecture étaient de stopper net la manif. En témoignait entre autres la présence de deux canons à eau face au cortège de tête, puis un troisième à la fin, ainsi que deux canons à eau à la sortie du pont d’Austerlitz.

Nous avons aussi remarqué que les canons ne tiraient pas les mêmes substances (une mousse blanche ou une eau de couleur marron). Nous pouvons penser que ce dispositif déployé était volontairement mis en place pour briser la manifestation et discréditer les activités des autonomes, ce que les principaux médias nationaux ont pu démontrer.

Cela a conduit à des quantités importantes de prises en charge allant de l’aide sous la pluie de gaz lacrymogène à de graves blessures nécessitant une prise en charge des pompiers pour évacuer les personnes blessées vers des Urgences.

Nous nous inquiétons et interrogeons sur l’usage répété et abusif des gaz unanimement décrits comme très nocifs et très toxiques par les militantEs atteintEs. Sur le moment, plusieurs heures, voire plusieurs jours après des personnes nous ont décrit des effets secondaires variables mais récurrents : toux, troubles respiratoires persistants, nausées, diarrhées, vomissements, malaise avec éventuellement une perte de connaissance, des lèvres gercées et douloureuses, migraines, …

Il y avait ensuite un rassemblement prévu Place de la Contrescarpe pour un apéro/ AG, l’un des premiers quartiers parisiens où les émeutes de Mai 68 avaient commencé. Les représentEs de l’ordre étant au courant, nous avaient devancés et occupaient ladite place. S’ensuivit un jeu du chat et de la souris dans les rues adjacentes. Des petites manifestations sauvages se faisaient jusqu’à 21h. Il y eu encore des interpellations, gazages et des tirs blessants les militantEs présentEs.

Lors de cette journée, d’après les témoignages recueillis chez d’autres médics ou manifestantEs et d’après les comptes-rendus des médics de notre groupe, il y a eu 288 prises en charge ; et près de 280 personnes interpellées dont 109 qui furent placées en garde à vue et qui seront déférées au nouveau Tribunal de la porte de Clignancourt ce Vendredi 4 Mai 2018.

Nous rappelons qu’être street médic n’évite pas la violence de la répression : les coups de tonfas, les blessures après les tirs de grenades lacrymogènes ou de désencerclement, ou les tirs de flashball/ LBD et que souvent nous devons nous prendre en charge entre camarades.
Nous ne sommes ni sauveuses, ni sauveteurs mais des manifestant.e.s qui se préfèrent debouts qu’à genoux ! La solidarité est notre arme.

Des Street Medics et militant.e.s

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Nouvelles coordonnées : 07.58.51.61.72 contact.smnm@protonmail.com

P.-S.

Photo : @quinn norton

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