Manif interdite : République policière

Malgré les stations de métro fermées aux alentours de la place de la République et la situation cadenassée, environ 5 000 personnes sont parvenues à se rassembler ce samedi 26 juillet. Quelques manifestant-e-s sont montées sur la statue de la place de la République, et ont craqué des fumigènes aux couleurs de la Palestine. Mais le dispositif policier n’a à aucun moment été débordé.

Si la stratégie d’interdiction avait été mise en échec par le nombre et la volonté des manifestant-e-s samedi 19 juillet (manifestation parisienne de plusieurs milliers de personnes du Sacré-Coeur au Châtelet échappant au dispositif policier), les forces de l’ordre avait à coeur de se rattraper en terrain connu : la place de la République, un bel espace délimité, et de nombreuses rues adjacentes où poster un très grand nombre de camions.

Ce samedi, l’État Français a montré les muscles. Au moins 92 fourgons de Gendarmes Mobiles (GM), 12 fourgons estampillés CRS et 5 petits 4x4 de la gendarmerie transportant des grilles anti-émeutes avaient pris position autour de la place. Les gendarmes mobiles paradaient au milieu de la foule en tenue de robocop, flashballs et quincaillerie en évidence. Cet important dispositif policier aurait aisément pu permettre de disperser le rassemblement, mais la stratégie répressive était plutôt d’effectuer des arrestations ciblées, de prendre des images et de jouer le pourrissement.

Les forces de l’ordre ont attendu 17h30 pour commencer à disperser le rassemblement en refermant la nasse et gazant les derniers présents, après avoir procédé à des contrôles policiers pour faire sortir les gens au compte-gouttes. On signale une cinquantaine d’interpellations, et une trentaine de garde-à-vues. Malgré la faiblesse des débordements, la machine répressive continue de s’emballer, en particulier à travers la procédure dite de comparution immédiate.

Ainsi, après avoir autorisé la manifestation organisée par le PCF et la CGT à défiler mercredi, le gouvernement a décidé d’interdire ce droit aux organisations palestiniennes. L’enjeu était à la fois de diviser le mouvement, de reprendre le contrôle de la situation en jouant sur la peur, et de réaffirmer que quand une manif est interdite, elle n’a pas lieu (contrairement à ce qui s’était passé le samedi précédent). L’État policier entend ainsi démontrer sa capacité de contrôle sur le mouvement social.

Le discours policier était relayé en direct sur les médias dominants. TF1 avait déjà préparé son « analyse » à 15h sur la manif qui dégénère, alors que la situation était calme. Bien que pour d’autres raisons, Paris-Luttes.info a pu aussi donner de l’importance aux affrontements avec la police, pourtant cette fois, force est de reconnaître que la situation était calme. Mais la rengaine médiatique tourne à vide, les journalistes ayant peur de s’approcher de la place, en raison de l’hostilité à l’égard de leur manière de traiter les manifestations.

Une autre constante du discours dominant est la place donnée aux actes et propos antisémites dans les mobilisations pro-palestiniennes. A propos de samedi, une mise au point s’impose. Si ces actes étaient marginalisés les fois précédentes, cela n’a pas pu être fait samedi, avec en particulier la présence d’un important groupe de personnes portant des tee-shirts Shoananas. De fait, il est important de dire clairement que les antisémites ne sont pas seulement un tigre de papier créé par les médias et le gouvernement : leur nombre et leur influence semble croître au sein du mouvement, ce samedi en tout cas, les slogans et comportements antisémites se sont multipliés.

Cela est pour une part le fruit du travail actif de soraliens, comme Mathias Cardet [1], qui fait le lien et manipule des groupes de hooligans comme la K soce Team [2]. Ils se sont rassemblés dans un groupe jouant sur le coté supporter : la Gaza Firm. Ces groupes agitent en particulier le fantasme de la présence de la LDJ [3] pour effectuer des actions violentes désordonnées et mal ciblées qui, malgré leur manque flagrant d’efficacité, augmentent leur prestige auprès de jeunes perdus en mal de sensations fortes. Il n’y a pas à prendre de pincettes : en lien avec les organisations palestiniennes proches, nous devons nous organiser pour sortir physiquement ces groupes et individus.

Les libertaires ont trop souvent une attitude attentiste face à ces mobilisations, ils y vont plus souvent en observateurs qu’en acteurs. Faute de construire leur propre discours, ils ont tendance à mettre l’accent sur la distance avec les discours tenus : religieux, nationalistes, voire carrément racistes. Mais de fait, la solution n’est pas de regarder passivement les soraliens s’incruster et de prendre ces parasites comme excuse pour abandonner le terrain. Des tracts, slogans ou analyses libertaires seraient au contraire particulièrement utiles dans ce contexte, en particulier pour dissocier l’opposition à la politique de colonisation israélienne qui est la nôtre, des récupérations et confusions antisémites.

Finalement, l’État policier semble se féliciter de sa victoire, mais on se demande bien ce qu’il a gagné. Cette ligne politique désastreuse contribue à la montée des communautarismes, à une atmosphère de peur et de tension, à un renforcement à la fois de l’antisémitisme et de l’islamophobie. Par contraste, le mouvement de solidarité avec les palestinien-ne-s peut être un champ de bataille où remettre en question non seulement les pratiques coloniales de l’État d’Israel mais aussi, au vu des enjeux locaux, les politiques françaises de ségrégation sociale et raciste.

Notes

[1A propos de ce sinistre individu, une vidéo à été réalisé à son sujet par les Soledad Brothers

[2Groupe Ultras supporter du PSG issus de la tribune auteuil. Regroupant des jeunes issus des quartiers populaire et plutôt antiraciste à l’origine, ce petit groupe a glissé politiquement pour se retrouver à faire le coup de poing avec les nazis du Kop of Boulogne. Plus d’infos dans cet article de so foot.

[3Ils font d’ailleurs circuler une rumeur selon laquelle « les antifas sont complices de la LDJ ».

Mots-clefs : Palestine | antisémitisme | antifa

À lire également...