Le foot, c’est capital !

Le football mondialisé n’a plus rien à voir avec le Racing Universitaire Algérois cher à Albert Camus. Il faudrait que les amateurs de ballons ronds aient l’honnêteté de le rappeler. Dans l’histoire très longue des jeux, on pourrait trouver une explication rationnelle à cette attirance pour cette forme ronde que l’on frappe souvent avec joie ou rage...

Le football est la soumission totale à l’ordre du monde avec une forte dose de sexisme et d’homophobie.
Le vocabulaire utilisé ces derniers jours par les éditorialistes à crampons en est un florilège éclatant : « hargne, gagne, discipline, commando »... Certains vont jusqu’à convoquer Albert Camus ou Gramsci... sans aucune retenue. L’objectif étant de faire l’union sacrée sous le drapeau : des fachos aux libertaires. 
D’autres soutiennent l’idée que cette peste émotionnelle serait un retour à « l’innocence » ou à « l’enfance ».

Citer Camus ou dénoncer l’infantilisme des fans de foot est aussi insupportable qu’un drapeau tricolore en guise de maquillage.
Le football mondialisé n’a plus rien à voir avec le Racing Universitaire Algérois cher à Albert Camus. Il faudrait que les amateurs de ballons ronds aient l’honnêteté de le rappeler. Dans l’histoire très longue des jeux, on pourrait trouver une explication rationnelle à cette attirance pour cette forme ronde que l’on frappe souvent avec joie ou rage... Mais, de là, à comparer le foot des années trente à celui d’aujourd’hui, c’est vouloir comparer Mélenchon qui vient de découvrir l’OM à Staline qui œuvrait déjà à une « fizkultura », la « culture physique », comme arme politique contre les valeurs bourgeoises du sport... « L’éloge de la passe » façon Camus n’a plus rien de comparable avec cette machine à broyer les têtes qui dès l’école primaire fait des ravages dans les cours de récréation. Et cela n’a rien à voir non plus avec l’enfance. Mais plutôt avec la pauvreté des pratiques scolaires, l’indigence des politiques culturelles et de loisirs en ce qui concerne les activités dites physiques. Y compris sexuelle. On se souvient qu’en 2006, à Berlin, la plus grande maison close d’Europe construite quelques mois auparavant, est à trois stations du Stade olympique…

Tout dans le sport est contraire à l’émancipation. Il y a même une confusion entretenue entre le sport et l’activité corporelle. Cela commence à l’école par les jeux traditionnels, exemples Poules-Renards-Vipères ou Balle assise, utilisés pour préparer les enfants aux « vrais sports » collectifs : hand, rugby, basket... foot ! Le collectif est alors détourné selon les valeurs clamées pendant un mois en Russie : compétitions, sélections... winners, loosers...

L’enfance est un vécu, en parler est une construction... Pour avoir comme des millions d’autres tapé dans le ballon, on sait pour celles et ceux qui ont tenté l’engagement dans un club, ce qu’il en est de l’ambiance dans les vestiaires et sur les stades. Cela n’a rien à voir avec les Bisounours. Dès 9, 10 ans, les comportements les plus triviaux règnent en maître : logiques de clans, patriotisme, copinages,… La virilité comme norme indiscutable… Le collectif est une fois encore instrumentalisé à des fins mortifères : gagner !

Dans ce trivial système, il n’est donc pas étonnant de voir les présidents de la République courir au stade et sauter au cou pour embrasser les stars. Le foot, le sport le plus politicien du monde - ses drapeaux, son pognon, sa mafia, ses sponsors – comme une métaphore du Macronisme.

Ce qui est le plus frappant c’est cette envie de se retrouver, ces centaines de milliers de personnes qui descendent dans les rues, ce besoin de collectif qui fait tellement défaut : l‘Humain.e est un animal social. Le plus frappant, c’est qu’ici cela se joue dans un espace totalement policé : les Champs-Élysées transformées en une fan-zone géante. Sortir des écrans mais en faisant des selfies. Un miroir sans altérité. Ce ne sont pas les moindres des bénéfices du sport.
Tout le contraire des cortèges de tête et du foot à cagoule !

Nada, juillet 2018.

Publiez !

Comment publier sur Paris-luttes.info ?

Paris-luttes.info est ouvert à la publication. La proposition d'article se fait à travers l’interface privée du site. Quelques infos rapides pour comprendre comment y accéder et procéder !
Si vous rencontrez le moindre problème, n’hésitez pas à nous le faire savoir
via le mail paris-luttes-infos chez riseup.net

}