Francfort : Documentaire « Pour la défense des émeutiers »

Documentaire « POUR LAFENSE DES ÉMEUTIERS » Francfort - Action BCE, par DOC du réel, le 18 mars 2015, 16mins22

18 mars 2015 à Francfort (Allemagne) : Sur la journée d’action transnationale initiée par le réseau Blockupy contre l’inauguration de la Banque Centrale Européenne / 16mins22 de Camille Robert / Texte Voix-off : collectif

Documentaire en ligne

Les journalistes, en caniches de garde n’ont pas cessé d’utiliser le mot : émeute, pour qualifier les évènements de Francfort du 18 mars 2015.

« Émeutes devant la BCE : Francfort sous le choc » (Le Point)
« A Francfort, l’inauguration de la BCE tourne à l’émeute » (L’express)
« Violentes émeutes à Francfort pour l’inauguration du siège de la BCE » (Valeurs actuelles)
« Francfort - L’inauguration de la BCE vire à l’émeute » (Paris Match)
« L’inauguration du siège de la BCE à Francfort vire à l’émeute » (Metro News)
« Scènes d’émeutes devant le nouveau siège de la BCE à Francfort » (France TV info)
« Economie | Euro-émeute à Francfort » (DNA)
« Euro-émeute à Francfort » (Le Progrès)
« Emeute autour du nouveau siège de la BCE à Francfort » (NationsPresse.info)

Emeute. n. f. (ancien participe passé d’émouvoir) : "Soulèvement populaire, généralement spontané et non organisé, pouvant prendre la forme d’un simple rassemblement tumultueux accompagné de cris et de bagarres."

Une « émeute » serait la manifestation spontanée d’une colère dominée par le sentiment d’injustice, une réaction émotive non élaborée émanant d’une foule.
Pouvait-on véritablement parler d’émeute et d’émeutiers dans le cas de Francfort ?

De l’inexactitude et du mensonge journalistique généralisé :
A l’image, dans ce documentaire, l’espace, Francfort, les forces déployées : près de 10 000 policiers mobilisés, des checkpoints, des zones militaires, des barbelés, des ponts bloqués. De l’autre côté, des militants sous contrôle, des fouilles, un « sit-in » de pacifistes encerclé.

Si tout le monde reconnaît que Francfort était assiégé (par des militants anticapitalistes et des policiers), la « violence révolutionnaire » reste innommée. Des citoyens aux militants, des partis politiques, en passant par les associations, les faits de violence sont condamnés par la majorité. Mais de quelle violence parle-t-on ? Ce refus de la violence n’est-il pas trop global pour ne pas être le résultat d’un conditionnement en particulier ?

L’action internationale du 18 mars initiée par le collectif « Blockupy », avait pour but de perturber l’inauguration de la Banque Centrale Européenne. Certains militants, plus offensifs, ont effectivement tenté de dépasser la « zone rouge » et les checkpoints policiers. Grâce la mobilisation de tous les indignés de cette « glorieuse » inauguration ; et grâce à tous les moyens de lutte utilisés, l’opération Blockupy de Francfort peut être considérer comme une réussite.
En effet, une vingtaine de personnes se sont finalement rendues à l’inauguration au lieu de la centaine de personne annoncée. Aucun des présidents de pays européen ne s’est déplacé : La « Troika » et la BCE ont perdu ce jour-là, la légitimité et le prestige qu’elles voulaient imposer.

Réflexions sur la violence de Yannis Youlountas :
réalisateur du film : « Ne vivons plus comme des esclaves »
extrait de l’article : « Définir la révolution »

« La violence n’est jamais une fin en soi pour les anarchistes, en Grèce comme ailleurs. Ce débat sur la violence ne concerne que les moyens de sortir de la situation actuelle, c’est-à-dire de mettre fin à des rapports de domination particulièrement violents et meurtriers à tous les niveaux, depuis la violence institutionnelle de l’État qui perpétue et défend arme au poing un ordre social au service des plus riches, jusqu’aux violences quotidiennes générées par le machisme, le racisme, l’homophobie et l’anthropocentrisme. Si certains considèrent vraiment la violence comme une fin en soi, c’est-à-dire s’ils souhaitent une société violente, dans ce cas-là, effectivement, ils n’ont rien à faire avec nous, puisqu’il s’agirait par conséquent d’une société autoritaire voire fasciste.

Par contre, deux questions agitent partout le débat sur la violence parmi les moyens de lutter. D’abord, la violence est-elle légitime ? Ensuite, est-elle efficace ? La première question se pose beaucoup moins en Grèce qu’en France. La légitimité de recourir à des moyens violents pour détruire un rapport de force inégalitaire qui est extrêmement violent et dévastateur ne souffre d’aucune hésitation pour la plupart des compagnons d’Héraklion à Thessalonique. Il s’agit de légitime défense, tout simplement. Par contre, il y a débat quant à l’efficacité de cette option. Durant les années 2000, le mouvement antiautoritaire (AK), composé d’anarchistes et d’antiautoritaires a parfois utilisé la violence, puis il a choisi d’y renoncer. Certains mouvements anarchistes en Grèce ne se gênent pas pour continuer à battre le pavé avec des sacs entiers de cocktails Molotov et d’éclats de marbre, pendant que des groupuscules caressent même l’espoir d’atteindre physiquement les hauts-responsables. A l’inverse, d’autres groupes libertaires refusent toute forme de violence, mais usent souvent de violences verbales quand il s’agit de qualifier leurs homologues de hooligans et de sous-estimer exagérément leur nombre et leur impact durant les nuits d’émeutes à Exarcheia ou ailleurs. Car même chez les non-violents, il existe des rapports de force et des coups en douce dignes de ceux qu’ils prétendent infréquentables. Bref, la violence divise parfois, mais heureusement assez peu. Car on ne sait jamais, en réalité, ce qui va faire changer le cours des choses. Chacun s’exerce, agit là où il peut, selon ses convictions, et cherche le point de rupture qui va peut-être faire basculer une situation.

On peut observer, par exemple, que sur le Testet, c’est finalement suite à un rapport de force violent que la situation a été retournée et que les travaux ont été suspendus sine die. Plus précisément, c’est parce qu’il y a eu des combats plus intenses qu’à l’accoutumée, avec des conséquences dramatiques, que s’est démasqué le pouvoir dans sa toute-puissance et sa violence démesurée. Je ne dis pas que la violence est une solution pour autant, mais je dis simplement que, selon les territoires et les époques, des façons d’agir très diverses ont permis de retourner les situations. On ne peut pas balayer d’un revers de la main toute l’histoire des luttes sociales et des combats pour la liberté. De plus, la violence matérielle (briser les vitres d’une banque, chose courante en Grèce et en Espagne) n’a rien à voir avec la violence physique sur autrui. Chaque degré porte une signification très différente, contrairement à ce que prétend le pouvoir qui entretient volontairement la confusion, tout en s’octroyant le droit de violenter quotidiennement de ses bras armés les populations soumises qu’il a symboliquement amputées ».

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