Comment briser une nasse policière ? Compte-rendu partiel du rassemblement avec les migrants du 30 décembre

Compte-rendu du rassemblement avec les migrants du 30 décembre 2015 et analyse des stratégies policières à l’oeuvre et surtout de la vraie question : comment les déjouer ?

Encore une manif réprimée

La doctrine « un rassemblement= des arrestations » est à l’oeuvre à Paris. Hier, le rassemblement de solidarité avec les migrants n’a pas dérogé à cette règle instaurée par le préfet … Le rassemblement était fixé trop tôt. A 17h30 peu de gens peuvent venir.
Rien de surprenant donc quand j’arrive à 17h 45 environ de voir le rassemblement entouré par les flics. Ils ne sont pas très nombreux mais le rassemblement est plutôt maigre. Environ 70 ou 80 personnes sont déjà dans la nasse, principalement des migrants. Quelques gens sont autour et chantent en solidarité. Le tout juste devant le métro au centre de la place.
On écoute les flics qui parlent au Talkie Walkie et ils décident de « faire du brassage » avant d’embarquer les gens. Novice en expertise sur ce qu’est le « brassage », on attend de voir ce que ça donne. Ca arrive vite. Le « brassage » est donc une sorte de tri des manifestants afin de voir qui veut aller dans la nasse ou bien qui veut partir. En sortira la phrase de la soirée de la bouche des CRS présents : « soit vous êtes dedans, soit vous êtes dehors ». Les plus retors d’entre nous précisent à la gente policière qu’on est déjà dehors et qu’on est sur la voie publique, qu’aux dernières nouvelles, on avait le droit de flâner place de la Rép’. Ce à quoi le flic répond « tu ferais mieux de flâner plus loin sinon je te défonce ».

« tu ferais mieux de flâner plus loin sinon je te défonce »

Quel humour ce CRS. Autre CRS ridicule avec un mégaphone inutile à la main (aucune sommation ne sera jamais faite) explique que, si on reste on peut « avoir des problème » puisque « les gens ne comprennent que la violence ». Il doit pas comprendre grand-chose le pauvre type... Mis à part ces attaques verbales sans grand intérêt, les ordres sont clairs : « y aller doucement » dixit le supérieur de brigade. Il faut dire que de notre coté l’ambiance est vraiment tranquille. On chante, on tape dans ses mains. Mais on en a surtout marre d’être parqué comme des chiens dès qu’on a une revendication quelconque.

Pourquoi nous avoir parqué comme cela d’abord ? Le rassemblement aurait été moins visible si les flics avaient laissé faire. On aurait été 200 au milieu de Paris.
La préfecture a l’air d’avoir décidé de ne laisser aucune marge de manoeuvre au mouvement social, aucune soupape. Le but est de criminaliser, lasser les gens, faire en sorte que la moindre manif soit un calvaire et soit risquée d’un point de vue répressif. Un modèle à l’américaine somme toute (ou près de 25% des manifestations se terminent avec une arrestation). Il convient donc de résister à cela. Et hier soir, on a essayé de résister comme on pouvait, en étant ingénieux.

Tournez manèges

À partir d’un moment, on s’est aperçu qu’on était plus nombreux en dehors de la nasse que dedans. On s’est donc dit qu’il fallait faire quelque chose, qu’on avait un coup à jouer pour faire en sorte que nos camarades soient relâchés.
Alors, on fait un truc marrant : on tourne en cortège autour de la nasse policière en chantant et en claquant des mains. Dans la nasse, ils tournent aussi. Les flics sont carrément perdus.
C’est là que les manifestants ont un avantage stratégique. D’abord avant de réagir les flics ont une longue chaine d’ordre qui les contraint à attendre au bas mot 5 minutes malgré une situation compliquée (le chef local appelle un chef moins local qui appelle lui-même son chef... à bas la hiérarchie !). Ensuite, on a ce qu’ils n’ont pas : l’intelligence collective et l’inventivité. Comment voulez-vous qu’un mec muni d’un képi et défendant l’ordre établi fasse preuve d’inventivité ?
Alors comme prévu, les flics étaient super tendus parce qu’ils avaient en face d’eux une foule pacifique mais néanmoins déterminée et surtout des personnes qui prenaient plaisir à détourner leurs dispositif, à jouer avec. Dans un premier temps, ils se sont énervés, ils ont décidé de couper la ronde que les gens faisaient à l’extérieur en élargissant une partie de la nasse jusqu’à l’entrée du métro. A ce moment là, ils ont chopé deux ou trois personnes qu’ils ont dû identifier comme « meneurs » (compliqué d’imaginer un monde sans chef pour un bleu) pour les remettre « au chaud » dans la nasse.

Condé noyé...

Le résultat était que la nasse était plus grande et plus lache aussi. Après quelques tergiversations, on a décidé assez naturellement de reprendre notre ronde autour des flics et ainsi de faire un gros sandwich bleu. Pareil ça tourne en claquant des mains et en chantant, les flics sont tout perdus.
A ce moment là ce qu’on aurait pu faire (à voir pour la prochaine fois) c’est aller bloquer la circulation. Ca les aurait obligé à étaler leur dispositif, les faire chier et éventuellement les faire craquer. Les propositions dans ce sens n’ont malheureusement pas abouties. Les gens ont plutôt fait le choix de créer un point de fixation. C’est-à-dire de se coller à l’extérieur de la nasse et d’être le plus près possible des gens à l’intérieur. Ca faisait que les CRS étaient complètement au sein de la foule. A un moment on a cru que ça marcherait et que les flics lâcheraient la nasse. C’est mal connaître nos fameux pandores. De l’autre côté de la nasse, ils ont dépêchés quelques-uns de leur serviles toutous pour venir encercler les gens autour qui étaient à l’exterieur de la nasse. Du coup, il y a eu un mouvement de panique et un encerclement policier. En définitive une bonne partie des gens qui étaient initialement à l’extérieur se sont retrouvés dans la nasse. Résultat, il y avait moins de monde en dehors et plus de gens dedans. La marge de manœuvre était moindre. Dommage.
Résultat on a tenté de perturber la circulation mais nous n’étions vraiment pas assez nombreux.
Après la situation s’est stabilisée. Et malgré la motivation des gens à l’intérieur de la nasse il n’était plus vraiment possible de faire un truc.
Je suis parti au moment où les chefs des flics disaient dans son talki qu’ils avaient « enfin (sic) un dispositif cohérent » pour pouvoir embarquer tout le monde.
La bétaillère attendait tranquillement devant la rue du Temple.

En conclusion

Je pense que ce qui s’est joué hier était assez important. Depuis environ 5 ans, il n’est pas une manif qui termine sans nasse policière. Il devient urgent de contrer, par nos solidarités, nos envies et notre inventivité ces stratégies policières. Il s’agissait ici d’un embryon d’idée, qui finalement n’a pas payé, mais il est clair que nous devons continuer à aller dans ce sens, à user de la non violence quand il le faut, à faire preuve de fraternité et surtout à combattre les flics qui nous détruisent.

Un manifestant régulier.

Mots-clefs : migrants | nasses policières
Localisation : République

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