Annulation des partiels à l’université Paris 1 Panthéon Sorbonne

Comme dans beaucoup d’université en cette fin d’année, les étudiants et les étudiantes de Paris 1 ont décidé de faire annuler leurs partiels. C’est une manière pour eux de lutter contre la loi ORE mais aussi de réagir à la manière dont ils ont été traité durant l’occupation de Tolbiac.

« Les examens c’est dans une dizaine de jours, et je tiens à vous dire que les examens se passeront. Nous ferons tout pour qu’il se passe dans la sécurité, dans la sérénité, dans la dignité. Cela concerne notre mission, d’assurer aux étudiants des examens dans les meilleurs conditions possibles pour que les diplômes valorisent toutes celles et ceux qui auront bien voulu passer les examens » déclarait solennellement Georges Haddad ce 20 avril alors que l’occupation de Tolbiac venait d’être évacuée par les forces de l’ordre faisant subir aux occupants les violences dont nous les savons capables.

L’occupation démantelée ; la vie étudiante allait pouvoir reprendre son cours. Les étudiants allaient pouvoir réviser leurs bribes de cours, vivre à nouveau le stress habituel des examens et surtout composer dans la sécurité, la sérénité et la dignité.
L’université Paris 1 Panthéon Sorbonne prit effectivement des mesures radicales afin d’organiser des partiels sécurisés. L’administration ayant trop peur de laisser à nouveau rentrer ses propres étudiants dans le centre PMF et le rituel de l’examen ne pouvant revêtir tout le sens que lui donne l’université au sein de ces locaux qui avaient pendant de longues semaines été utilisés à d’autre fins qu’a l’évaluation et à la sélection, le choix fut fait de délocaliser les examens au centre d’examens de Rungis situé sur un RER C ne fonctionnant pas à plein régime… L’occasion pour nous de saluer nos amis cheminots… à qui on envoie de la force ! Le choix fut également fait d’entourer le centre historique de la Sorbonne de CRS armés de FAMAS qui fouillent les étudiants à l’entrée des bâtiments . L’occasion pour la présidence de l’université de manifester sa confiance aux membres de la fameuse communauté étudiante, si chère à Georges Haddad. À Rungis, il est arrivé aux étudiants et aux étudiantes de côtoyer les mêmes CRS, et parfois même d’expérimenter une nasse « soft » comme le 12 avril à l’occasion du partiel d’historiographie pour les L2 d’histoire. Belle démonstration de la part de l’université de la conception qu’elle se fait de la sécurité de la sérénité et de la dignité !

C’est l’UFR de géographie qui, le 2 mai, amorça une réponse au président de l’université et à tout ceux qui considéraient les partiels comme une étape obligatoire de la vie universitaire. Cet UFR déclara qu’il ne ferai pas passer d’examens à ses étudiants car il considérait tout simplement qu’ils n’avaient pas lieu d’être, certains TD n’ayant étant dispensés que trois ou quatre fois. Cette initiative fut suivie par les étudiants qui dans un grand nombre d’UFR décidèrent de refuser la tenue des partiels pour les mêmes motifs. Dans la grande majorité des cas le mode opératoire est simple, les étudiants ne voulant pas passer les partiels rentrent en dernier dans la salle et proposent un vote pour les annuler. Les scores sont sans appel, ils sont tous répertoriés sur ce site : https://educationidf.wordpress.com/2018/05/11/examens-que-se-passe-t-il-dans-les-facs/, des applaudissements se font entendre, de la musique aussi. On écrit alors sur sa copie la seule phrase « étudiant en grève ». On propose également des modes d’évaluation alternatif, un DM facultatif tenant lieu de partiel est pour l’instant la solution qui ressort le plus souvent.
Le terme de grève est important. Les étudiants sont en lutte, et ce depuis le projet de la loi ORE. L’annulation des partiels est intimement liée au projet de sélection généralisée du gouvernement. Le refus de composer est de fait un refus d’être sélectionné. Comme l’occupation de Tolbiac le refus de la tenue des examens est une manière de lutter contre la loi ORE, contre la sélection, et contre la vision de l’enseignement que le gouvernement nous impose.
Devant ce phénomène inattendu, l’administration ne réagit pas. Alors que les étudiants recevaient des dizaines de mails par semaine pendant l’occupation de Tolbiac, ils n’en ont reçu aucun de la part des UFR ou de la présidence. Les seules informations qui circulent sont celles échangées avec les professeurs qui la plupart du temps avouent ne pas savoir grand chose de plus que les étudiants sur la suite des événements. Ces professeurs pour certains, sont entrés en conflit direct avec la présidence, prenant des décisions courageuses et radicales comme celle de l’UFR de philosophie de ne pas sélectionner les lycéens qui lui valut une mise sous tutelle. Ce sont dans les conseils d’UFR que se prendront les décisions officielles, certaines ont déjà été prises, nous ne pouvons que les exhorter à entendre la voix de la communauté étudiante, celle-ci semble limpide.

La communauté étudiante dont parle Georges Haddad n’existe pas. De la même manière qu’il n’y avait pas de majorité silencieuse et intimidée souhaitant à tout prix reprendre les cours pendant l’occupation de Tolbiac. Le seul sentiment de commun qui peut émerger en ce temps de démembrement de l’enseignement supérieur c’est un sentiment d’urgence. C’est le sentiment qu’il n’y a pas de raison de continuer à aller à l’université si elle devient ce que le gouvernement souhaite qu’elle devienne. Ce sentiment est dur, et derrière l’enthousiasme des mouvements contestataires, il y a aussi de la crainte et du désœuvrement, même chez les militants et les militantes. Mais, de fait, c’est cette réalité qui fait la communauté étudiante, et plus largement la communauté universitaire, car tous les métiers sont menacés, du personnel de sécurité aux bibliothécaires en passant par les profs. Derrière l’annulation des partiels, qui n’a bien sûr pas seulement eu lieu à Paris 1 (Aix-Marseille, Lyon, Grenoble, Nantes, Paris VIII, Nanterre…), il y a une forme de réponse à ce qu’on cherche à faire de l’université et à ce qu’elle est déjà. On ne peut ici qu’y voir une volonté des étudiants et des étudiantes d’agir sur la vie universitaire et d’affirmer leur place au sein de cette institution. C’est enfin une manière pour les étudiants de faire accepter ce qu’il s’est passé cette année dans les universités de France. Trop souvent, en effet, avons-nous entendu dire que rien ne se passait à Tolbiac ou ailleurs car les partiels se dérouleraient « normalement ». Aujourd’hui il est probable qu’aucune matière fondamentale ne soit passée dans une grande partie des UFR de la fac. Alors une année universitaire normale … Nous n’en sommes pas si sûrs.

Les étudiants en période d’examens de Paris 1

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