[Vidéo] Tentative d’expulsion du campement des réfugiés de Stalingrad - 9 mars 2016

Mercredi 9 mars au soir, le jour même où des dizaines de milliers de personnes défilaient contre une énième outrance de ce gouvernement, la police a tenté une nouvelle fois d’expulser le campement des réfugiés de Stalingrad, sans succès.

Début mars, une quarantaine d’exilés, surtout des Soudanais et des Erythréens, rejoint par plus d’une cinquantaine d’autres exilés, dont des exilés d’Afghanistan, du Pakistan et de Somalie, dorment sous le métro aérien de Stalingrad à Paris.

Plusieurs tentatives d’expulsions eurent lieu. Parfois avec des places en centre d’hébergement, mais le plus souvent sans, avec la même question sans cesse posée par les soutiens aux policiers qui doivent « disperser » : « où aller ? ». Où qu’ils aillent, les migrants subissent régulièrement le harcèlement policier qui vise à les dégager, ou au moins à les décourager de rester.

Mercredi 2 mars, aux alentours de 20h, une forte présence policière inquiète les personnes solidaires des réfugiés. Un texto tourne et une bonne dizaine sont là pour assister ceux qui ne céderont pas sur ce qu’il leur reste : être ensemble dans la rue plutôt que de se faire disperser et invisibiliser.

Les policiers emmènent les cartons qui forment un tas. Des militants entonnent des slogans tel que « Police partout, justice nulle part ». Avec leurs lampes de poche, les policiers m’empêchent de filmer. Certains sont masqués. La tension est palpable. Un soutien qui filme avec un téléphone se fait embrouiller par un policier.

Un défilé de forces de l’ordre traverse la soirée, avec notamment l’arrivée d’un policier armé du nouveau fusil d’assaut de la BAC, celui qui est censé servir à la riposte en cas de tuerie de masse. Une autre policière est là avec une mitraillette.

Les réfugiés restent assis et groupés. Ils ne bougeront pas malgré les sommations de l’officier de police. Celui-ci explique aux soutiens que les migrants n’ont qu’à aller dans la Creuse à pied, ou encore qu’il faut appeler le Grand-rabbin de Paris. Un subalterne tient un autre discours : « on en a rien à foutre des hébergements ». « On est pas là pour tricoter » rajoute celui qui exhibe le nouveau fusil d’assaut sur son torse. Les balles sont visibles à travers le chargeur.

Avec la rumeur d’une expulsion vient également celle de l’arrivée des bus. De nombreux réfugiés, la plupart afghans, convergent vers Stalingrad. A plusieurs reprises, les réfugiés venus après l’encerclement tentent de forcer la ligne de policiers pour espérer obtenir une place dans un bus, donc dans un centre d’hébergement. Ils sont désormais une bonne centaine et la demie-douzaine de policiers ne tient plus le rapport de force.

Lors de la dernière tentative de rentrer dans le périmètre marqué par des rubans de signalisation siglés « police nationale », les policiers n’agitent même plus leurs bombes à gaz lacrymogène mais se retirent vers leurs véhicules. Les réfugiés auront gagné la partie ce soir-là et la même partie sera rejouée le soir du 9 mars.

Cette fois-ci, les policiers chargent les migrants et personnes solidaires qui passent du pain dans la nasse. « Chef, on reçoit des projectiles » : il faut préciser qu’une baguette a emporté le couvre-chef d’un CRS, au milieu des rires. Une femme eu de multiples fractures lors de la bousculade qui suivit.

Une compagnie de CRS est présente, mais la détermination des réfugiés et de leurs soutiens annihile celle des policiers. Après avoir tenté de pousser la masse de personnes hors de la zone de campement, les policiers se retirent, restent présents mais en sous-effectifs par rapport au nombre de ceux qui refusent une expulsion sans hébergements pour tous.

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