Stopextraditions : le 14 juin, journée de solidarité festive autour de Sonja Suder et Christian Gauger

Dans le cadre de l’offensive politique répressive contre toute contestation radicale, à l’échelle européenne, encadrée dans une philosophie de ’’société du contrôle et du châtiment infini’’, Sonja Suder et Christian Gauger avaient été extradés de France vers l’Allemagne en septembre 2011.

Le 12 novembre dernier, après lecture du verdict de leur procès, notre camarade Sonja Suder sortait libre du tribunal de Francfort. Christian Gauger, lui, avait été mis hors de la procédure en raison de son état de santé.

Le 14 juin ils viendront à notre rencontre à Paris et Montreuil. Présentation et programme par le collectif de lutte contre les extraditions politiques.

Citoyens allemands, Sonja Suder et Christian Gauger sont, dans les années 70, à Francfort. Ils se reconnaissent dans le puissant mouvement anticapitaliste qui secoue alors l’Allemagne et les grandes puissances « démocratiques ».

Programme de cette journée

  • A 12h : au 67 rue de la Mare (M° Pyrénées) à l’ancienne ’’Maison-abri’’, conçue comme espace de résistance active à leur extradition : Rencontre / aubade / casse-croûte / manif en musique jusqu’à « L’Espace Louise Michel » … rappel festif de moments forts des pratiques de solidarité concrète qui ont marqué la résistance aux tentatives d’extradition des camarades impliqués dans les mouvements anticapitalistes des années 70 en Italie, puis, avec Sonja et Christian, en Allemagne.
  • A 14h30 : départ collectif pour « Le Condensateur », 43 rue de Stalingrad à Montreuil (M° Mairie de Montreuil)
    Prendront la parole en ouverture Sonja, les avocats, français et allemands, d’elle et de Christian, Oreste, et quelques autres camarades des différents moments et phases de la longue bataille contre cette extradition puis contre la détention et le procès. Dans une autre salle seront présentés des documents visuels et sonores. Un débat pourra s’ouvrir concernant les théâtres présents/futurs de la lutte, dans un esprit de recherche commune... (Des intermèdes musicaux et une pause « café » sont envisagés).
  • Vers 19h, il faudra ’’lever les tentes’’…

Rappel sur l’histoire de Sonja et Christian

  • A l’automne 1978, alors que l’État allemand, pour démanteler les mouvements radicaux, pourchasse de nombreux activistes présumés, Sonja et Christian quittent l’Allemagne pour la France, assumant ensemble le difficile quotidien de leur vie d’exilés clandestins.
  • Arrêtés en 2000 suite à une demande d’extradition de l’Allemagne, il sont présentés devant la Cour d’Appel de la Chambre d’Instruction de Paris qui les déclare non extradables, les faits étant prescrits en droit français.
  • En novembre 2007, ils sont pourtant arrêtés, en réponse à une nouvelle demande d’extradition de l’Allemagne, et
  • le 14 septembre 2011 ils sont extradés. Cette scandaleuse extradition a été permise par la signature de nouveaux accords franco allemands… à effet rétroactif !

Soupçonnés d’avoir appartenu, il y a plus de 35 ans, aux RZ (Cellules Révolutionnaires), ils sont emprisonnés dès leur arrivée à Francfort, dans l’attente d’un procès
Quelques semaines plus tard, Christian est libéré, son état de santé ayant été reconnu incompatible avec une détention, mais Sonja reste emprisonnée (elle y sera maintenue 26 mois, jusqu’au verdict) : ses 80 ans ne la mettent pas à l’abri de la vengeance d’État !

Leur procès s’ouvre en septembre 2012

L’accusation tente d’établir leur participation à des actions contre le nucléaire, la gentrification, ainsi que contre le régime militaire argentin et l’apartheid d’Afrique du Sud. … cherchez où sont les crimes…
Elle repose exclusivement sur des « procès verbaux d’audition » de déclarations recueillies en 1978 auprès d’un militant, H. Feiling, alors qu’il était maintenu isolé de tous, à l’hôpital, après avoir perdu les deux yeux, les deux jambes et subi un traumatisme cérébral dans l’explosion accidentelle de l’engin qu’il destinait à une action de protestation devant l’ambassade d’Argentine [1].

Sonja, elle, est de plus accusée d’avoir participé à la logistique d’une action d’un commando germano /palestinien contre la conférence de l’OPEP à Vienne en 1975. L’accusation repose exclusivement sur les dénonciations d’un ex-militant, Hans Joachim Klein, qui avait rompu publiquement avec son passé militant et s’était lui aussi réfugié en France. Extradé vers l’Allemagne en 1999, il s’engage dans un système de délation-coopération (en droit allemand « témoin de la couronne ») ouvrant sur des possibilités d’allègement de peine (Il risquait la perpétuité pour sa participation avérée à la fusillade à Vienne qui fera trois morts, et sera condamné à 9 ans de prison, en fera 4 et sera définitivement gracié) . Ce dispositif est la pièce maîtresse d’une « justice d’urgence » que tous les Etas confrontés à la vague de contestation et de révoltes des années 70 introduiront sous des formes comparables dans le cours « ordinaire » de la justice.
Les déclarations de Klein au cours du procès de Sonja étaient tellement incohérentes que la Cour l’a finalement acquittée par rapport aux charges formulées contre elle sur ce point.

Pendant toute les années qu’a duré cette « affaire », une activité tenace d’agitation, d’action, de résistance est parvenue, en dépit de tant de silence des grands médias, à faire entendre la vérité sur cette vengeance d’État, en France et jusqu’au tribunal de Francfort (des centaines de fax ont été envoyés à la juge, des camarades ont très régulièrement fait le voyage pour faire face à la Cour, aux côtés de Sonja et Christian, et ont participé aux manifestations de protestation et de salut fraternel organisées par les soutiens allemands, en particulier devant la prison )

Tout l’historique et les infos sur notre site Stopextraditions.org et sur www.linter.over-blog.com
A consulter aussi, en allemand : rote-hilfe.de et verdammtlangquer.org.

Appel à la journée du 14 juin

Le 12 novembre dernier, après lecture du verdict, notre camarade Sonja Suder sortait libre du tribunal de Francfort. Christian Gauger, lui, avait été mis hors de la procédure en raison de son état de santé.

Cette liberté regagnée est de toute évidence une victoire, et en premier lieu, celle de Sonja et Christian, de leur ligne de conduite : ils on laissé leurs avocats défenseurs contester, réfuter l’accusation, en décortiquer tout élément constitutif, mais ils ont refusé le rôle de ’’témoins’’ dans leur procès, en gardant le silence.

Ce silence, c’est aussi le refus de rentrer dans la dialectique de l’innocence et de la culpabilité et d’entériner par là la coïncidence forcée entre « vérité judiciaire » et « vérité historique ». Leur refus de se laisser extorquer, même éventuellement une ’’confession d’innocence’’, constitue une trace, une ’idée directrice’ pour toute ligne de conduite processuelle.
Confrontés à la limpidité radicale de ce choix, et au refus de témoigner d’autres anciens militants convoqués par le Cour, tous les montages de l’accusation se sont progressivement « dissous ».
Ce verdict acquitte Sonja Suder par rapport aux charges formulées contre elle dans l’action contre l’OPEP en 1975 à Vienne, reconnaissant ainsi l’inanité des témoignages du « témoin de la couronne » H. J. Klein.

Néanmoins le tribunal a prononcé une peine de 3 ans et six mois, tentant ainsi de légitimer rétrospectivement l’extradition en 2011 de deux personnes qui, 10 ans auparavant, avaient été déclarées, par la même juridiction française et pour les mêmes « faits », non extradables.

En ce qui concerne notamment l’accusation de participation à des actions des Révolutionnerer Zellen (Cellules révolutionnaires), la sentence prétend entériner :

  • Les interrogatoires d’Hermann Feiling en 1978, qui ont reposé sur l’usage de procédés équivalant à la torture et se sont de plus déroulés dans des conditions illégales.
  • L’usage d’extraits de ces « témoignages », 35 ans après, contre la volonté de Feiling qui a toujours protesté contre le viol de sa liberté de conscience et de sa volonté que constituent ces « procès verbaux d’audition », et qui a refusé de venir témoigner, malgré les injonctions réitérées de la Cour.

Du même coup, le verdict essaie de masquer l’énorme abus de pouvoir de l’emprisonnement « en préventive » de Sonja pendant 26 mois.

La résistance à tout ce qui sous-tend ce procès, n’est donc pas terminée !

  • De leur côté, Sonja, Christian et leurs avocats poursuivent des démarches de nature judiciaire, visant une véritable déconstruction de toute la procédure, afin que son iniquité, son illégitimité, évidente à nos yeux, soit reconnue aussi dans son caractère de véritable forfaiture, c’est-à-dire de mépris flagrant même des « règles du jeu » exhibées par la Justice pénale comme élément de sa propre auto légitimation.
  • Pour notre part, nous continuons à faire connaître et à pilonner l’offensive politique répressive contre toute contestation radicale, à l’échelle européenne, encadrée dans une philosophie de ’’société du contrôle et du châtiment infini’’, que recouvrent cette extradition et ce procès.

Reste qu’aujourd’hui, les mandats d’arrêt contre eux ayant été levés, Sonja et Christian sont enfin libres de leurs mouvements et viendront à notre rencontre
le samedi 14 juin, pour une journée de solidarité festive.

Certains de leurs avocats et des camarades allemands du collectif de solidarité seront à leurs côtés pour échanger nos expériences et fêter ce retour à la liberté.

Notes

[1le choix de Buenos Aires pour la coupe du monde de football, dans l’Argentine de la sanguinaire dictature militaire, dans un stade tout proche d’un centre de détention où des centaines de personnes étaient torturées, assassinées, des enfants nouveaux-nés arrachés à leur mères, avait, à l’époque, suscité nombre de protestations dans le monde entier.

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