Spéculation, gentrification, métropolisation, touristification : la grande restructuration capitaliste des villes [Radio]

Une émission d’analyse critique des restructurations capitalistes des villes en termes de métropolisation, de gentrification ou encore de touristification, autour de Géographie de la domination. Capitalisme et production de l’espace (Amsterdam, 2018) et de Villes contestées. Pour une géographie critique de l’urbain (Amsterdam, 2014) – avec Cécile Gintrac, géographe et militante critique de l’urbain et des JO 2024 à Saint-Denis, préfacière de Géographie de la domination et codirectrice (avec Matthieu Giroud, décédé en 2015 au Bataclan) de Villes contestées.

1re partie

La première partie (40 minutes) comporte :

Une distinction entre géographie radicale (principalement marxiste) et géographie critique (féministe, postcoloniale, anarchiste, etc.) ;

Une analyse des racines économiques de la gentrification des quartiers populaires proches du centre-ville (notamment ceux de Marseille, de Seine–Saint-Denis et des villes étasuniennes) à partir de l’analyse de Neil Smith du différentiel de plus-value foncière (dont les conditions sont parfois créées par des investissements publics) ;

Une présentation du concept de « spatial fixe » de David Harvey, c’est-à-dire des investissements immobiles (généralement public) nécessaires à une fluidification du capitalisme : aéroports, gares, autoroutes, métropoles, etc. ;

Une discussion des théories d’Henri Lefebvre et notamment du « droit à la ville », valeur d’usage inestimable en termes d’anonymisation, de cosmopolitisme, de rencontres et de possibilité d’autotransformation et d’écartement des normes, mais également valeur d’échange objet des transformations du capitalisme (d’abord industriel, entraînant un éloignement des classes ouvrières des centres-villes, puis néo-libéral, entraînant une expulsion progressive des classes populaires du centre-ville) ;

Une analyse de la production capitaliste de l’espace comme dialectiquement différenciante et uniformisante : expansion impérialiste, transformation incessante d’un même espace (notamment urbain) en vue de sa rentabilisation maximale, rentes de monopole spatial (liée à un terroir vignoble, par exemple), accumulation de capital symbolique des villes pour attirer des capitaux ou encore valorisation du « patrimoine culturel » d’un espace donné (même populaire et/ou contestataire) ;

Une discussion des stratégies de lutte (et l’impératif de leur pluralité) face à l’urbanisme capitalisme, entre nécessité pragmatique de tenir compte des institutions et danger d’une institutionnalisation.

2e partie

La deuxième partie (40 minutes) comporte :

Une description des logiques de l’investissement immobilier (souvent spéculatif), avec l’exemple du Grand Paris ;

Une analyse intersectionnelle et située du développement inégal des villes, avec l’exemple des logements insalubres, des quartiers populaires jamais rénovés, du racisme environnemental et des investissements olympiques à Saint-Denis ;

Une discussion du rôle des municipalités (avec l’assistance de l’État) dans la création des conditions de valorisation du capital (notamment sous forme des « grands projets » et des grands événements sportifs ou même culturels), créant une concurrence interurbaine mondiale et inégale pour attirer (et concentrer) des capitaux ;

Une analyse du gouvernement des classes populaires et des racisé·e·s par l’espace : contrôles policiers dans certains endroits seulement, arrêtés municipaux anti-alcool dans certains quartiers uniquement.

Bonus

Un bonus (5 minutes) au sujet de la capacité des classes populaires (et notamment des femmes racisées) à transformer des contraintes spatiales (ségrégation et restriction spatiales) en espaces de solidarité, d’auto-organisation et de forte densité de liens sociaux.

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