Récit de la manif offensive et solidaire du jeudi 19 mai contre la loi Travail et son monde

Des dizaines de milliers de personnes ont manifesté entre Nation et place d’Italie contre la loi Travail et son passage en force au 49-3. Dans un contexte de répressions policières, judiciaires et "administratives", le cortège autonome de tête n’avait pour autant jamais été aussi fourni, et ce, toujours dans la détermination et l’entraide. Récit à chaud.

Mardi dernier, la manif du 17 mai avait déjà fait plaisir à vivre : une grande solidarité entre les manifestant-e-s en tête de cortège, malgré les moments tendus avec les flics et le SO intersyndical.

Aujourd’hui, c’était encore plus beau.

En arrivant à Nation, ça semblait pourtant loin d’être gagné : pas trop de monde, des contrôles de flics de partout, des flics de partout, et un dispositif pas très inspirant... On avait des tas de flics anti-émeute à l’avant, le cortège autonome en tête (quelques centaines de personnes, un peu avant 14h), et juste derrière, le service d’ordre intersyndical (SO), encore en nombre conséquent, suivi du "carré de tête" officiel/intersyndical. De quoi être salement pessimiste pour cette journée de manif.

Surtout qu’au beau milieu du SO, paradaient fièrement des flics en civil, et pas n’importe lesquels puisqu’on pouvait voir Lafon et ses sous-fifres.

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Sauf que... au final on était 100 000 selon la CGT, donc il y avait v’là le monde. Et quand la manif est partie sur le boulevard Diderot, en quelques minutes le cortège autonome de tête a atteint le millier de personnes, puis assez vite plusieurs milliers, jusqu’à atteindre facilement 10 000 personnes à mon avis (c’était pas trop possible de voir à la fois la tête et la queue du cortège tellement il y avait de monde, ça se trouve on était plus que ça). Et tout ça, encore une fois, dans une belle unité, un bel état d’esprit, plein de gens différent-e-s, avec tou-te-s l’objectif d’être ensemble dans un cortège offensif, sans étiquette mais avec des perspectives révolutionnaires.

Il y a plein de banderoles (parmi lesquelles "Soyons ingouvernables", "Tout le monde déteste le travail et sa police" et "On m’a ordonné de perdre mais j’ai choisi de mordre", citation d’une chanson de Casey - c’est cool, ça change du registre foireux Booba/PNL), plein de pancartes DIY, de slogans criés, le tout dans la joie et la bonne humeur. Très vite, sur le boulevard Diderot, des actions sont effectuées par plein de groupes différents : les pubs sont toutes arrachées et/ou taguées et/ou panneaux pétés (des gros panneaux 4x3 sont ouverts et leurs grandes affiches déchirées). Les banques, agences immobilères/d’intérim/de "gestion" et autres enseignes capitalistes sont également taguées et/ou vitrines pétées. On est tellement nombreux-euses et tout le monde est tellement complice de ce qu’il se passe que les flics et le SO sont à la ramasse : on ne les voit même pas !

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Parmi les nombreux tags inscrits au fil de la manif, une banque LCL voit ses planches de protection recouvertes de "Fin du capital" et "Nique l’argent", les panneaux de pub sont décorés par de nombreux "ACAB" et d’autres slogans hostiles aux pubs et au capitalisme, et plusieurs toilettes publiques sont taguées avec des trucs bien sentis (si ont peut dire) du genre "Aux chiottes l’État, les flics et les SO". Si plusieurs tags sont inscrits contre les flics et le SO, lors de la deuxième partie de manif les slogans des tags se diversifient. Sur le pont d’Austerlitz apparaît un "Flics : sautez ici", puis sur le boulevard de l’Hôpital, "Nos casseurs ont du talent", "Je pense donc je casse", "Nous ne sommes pas en marge", "Quelle révolution s’est faite sans casse ?", etc. Un sex-shop est même tagué : "Vive les plugs anals" (bon, en fait c’est "anaux" au pluriel, mais on va pas chipoter).

Quand des trucs sont pétés (toujours des cibles capitalistes évidentes), la foule soutient joyeusement, par des hourras et des slogans explicites : "Nous sommes tou-te-s des casseurs" et "Haaa / anti / anticapitaliste".

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Le long du boulevard de l’Hôpital, jusqu’à place d’Italie, quelques affrontements éclatent avec les CRS (qui tentent, généralement trop tard, de protéger des banques ou d’autres cibles - tel le comico du XIIIe). Les flics balancent des lacrymos et des grenades de désencerclement mais ne réussissent à aucun moment à couper la manif en deux. Il y toujours un effort de jonction entre les parties séparées momentanément. Caillasses et peinture sont jetées sur la flicaille. Ça tient bon ! Pas loin de ces points de "friction", des tags sont posés : "Atelier lacrymo n°361", "Atelier caillassage n°1312", "Qui sème le gaz récolte le pavé". La foule enchaîne et détourne ses propres slogans : "La police déteste tout le monde" !
 :)

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Les actions directes de "casse" ont été quasi permanentes le long de cette manif, avec la protection/complicité de tout le cortège de tête, qui comme je le disais était en nombre super imposant. Le seul hic, je crois, c’est les photographes et autres cameramen, qui eux aussi sont en nombre imposant. On sait très bien que leurs images, qu’ils le veuillent ou non, peuvent être utilisées par les flics et les juges par la suite, contre les personnes arrêtées. Alors faut pas s’étonner si quelques slogans comme "Tout le monde déteste les journalistes" ont fusé (surtout avec le décalage entre la chasse aux sorcières médiatico-politique contre les casseurs et la solidarité de fait au sein des manifestations). Plusieurs caméras se sont pris de la peinture là où il faut (France 3, notamment) et quelques "périscopeurs" se sont fait embrouiller. Cessez de prendre des images des actions en cours, prenez des images des tags et des vitres brisées, mais pas des gens - même masqué-e-s, merci.

Voilà, la manif s’est terminée comme prévu sur la place d’Italie. Mais là, malgré les prévisibles et désormais "traditionnels" affrontements avec les CRS, la place a vite été attaquée par la police (grenades de désencerclement, flash-ball, lacrymos) alors qu’il ne se passait rien et que les gens n’étaient pas encore tou-te-s arrivé-e-s. La place s’est finalement vidée peu à peu, comme souvent lors des fins de manif parisiennes.

Il y a dans ce mouvement de beaux moments de manifs, de luttes. Il manque encore un pallier (plusieurs, en fait) pour que le mouvement gagne vraiment en puissance et en menace pour le pouvoir. On a besoin de plus de grèves, de plus d’actions de blocage et autres. Mais que ces belles manifs continuent !

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