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Mon arrestation lors de la manifestation du 1er mai

Témoignage d’une gardée à vue 24 heures pour s’être retrouvée au mauvais endroit (tête de cortège) et au mauvais moment lors de la manifestation du 1er mai à Paris.

Massives arrestations du premier mai
Dommages collatéraux !

La préfecture de Police se vante d’être parvenue à une arrestation massive de « Black Blocs » (109) responsables de saccages de biens matériels lors de la manifestation du 1er mai. Quel fabuleux coup de filet, médiatiquement idéal pour contrecarrer les diatribes politicardes portant sur le manque d’efficacité des forces de la police !

Dans cette masse d’interpellé.e.s, essentiellement des jeunes : étudiant.e.s et lycéen.n.e.s, et surtout beaucoup trop de mineur.e.s ! Et puis il y avait moi, 48 ans, mère de deux enfants, enseignante spécialisée, portant un sac à main dépourvu de tout objet : « arme par destination ». Pourquoi étais-je donc en début de cortège ? Je suis partie à pied de la Place d’Italie et pensais, naïvement, pouvoir retrouver mes proches à la Gare d’Austerlitz en remontant le flux des manifestants.

Comment la police a-t-elle procédé pour réussir une telle quantité d’interpellations ? Rien de plus simple : la nasse. Les CRS se postent en rangs bien serrés à chaque extrémité d’une voie ou d’un pont. Ici, en l’occurrence, les CRS, d’une manière peu courtoise, sont parvenus à nous concentrer dans la rue Buffon, la rue qui jouxte le Mac Do dévasté. Bien sûr, cette opération paraît d’autant plus justifiée qu’elle se situe sur le « lieu du crime », de longues minutes après la casse, de longues minutes qui laissent le temps aux « Black Blocs » de se disperser. Une fois nassé.e.s, le temps s’écoule joyeusement. Puis l’étau se resserre : les CRS nous encerclent véritablement. L’ordre nous est donné de nous asseoir, de livrer notre identité, de nous déplacer dans le Jardin des Plantes puis, bien plus tard, de monter dans un car de police. L’ambiance est festive et ludique : nous jouions à partir en colonie de vacances, juste pour de rire, parce que la jeunesse est imaginative, gaie et énergique ! Et c’est là, dans ce car, que nous apprenons que nous sommes tous en garde à vue. Même à ce moment précis, je me dis que je vais être relâchée très vite, que nous allons être tous relâché.e.s : cette « comédie policière » a assez duré !! Mais non. La procédure est lancée et les ordres s’éxécutent sans aucun discernement. Fouillé.e.s, privé.e.s de tout bien personnel (dont le téléphone), chaussures délacées (quelle drôle de sensation de marcher ainsi, pieds non tenus !), ceintures et soutien-gorges enlevés, placé.e.s en cellules non mixtes, majeur.e.s et mineur.e.s séparé.e.s. Lors du premier interrogatoire, nous apprenons le motif d’inculpation : « Participation à un groupement formé en vue de commettre des violences aux personnes ou des attentes aux biens ». Certain.e.s se voient même inculpé.e.s pour port d’armes. Le Commissartiat du 18e ne peut accueillir à lui seul les 283 interpellés et 109 gardés à vue. Nous sommes donc réparti.e.s sur différents commissariats, le transfert se fait en MENOTTES. Je ne peux réprimer une crise de fou rire tellement la situation me paraît invraisemblable ! Nous sommes 35 dans le commissariat du 13e arrondissement. Les mineur.e.s se retrouvent dans des cellules isolées, sans matelas ni couverture. Seulement sur un banc de béton. Nous sommes au nombre de 10 femmes majeures. Au fur et à mesure des heures qui s’écoulent, sans dormir, les néons régulièrement dans la gueule, sans repères temporels, l’ambiance s’alourdit. On me refuse de prévenir mon employeur, alors que c’est un de mes droits. En début d’après midi, aucune d’entre nous ne s’est entretenue avec l’avocat demandé. Nous sentons poindre le prolongement de la garde à vue et cette idée-là nous crispe. Je songe à mes deux enfants sans nouvelles de moi depuis la veille au soir. Je songe à mes élèves et à mes collègues qui ignorent la raison de mon absence. Alors, je cède : j’accepte l’audition avec l’officier de police sans l’avocate demandée. Je finis par donner mes empreintes, après un refus dans la matinée. Et pour clore, parce que les agents de police nous menacent d’infraction et de nuit suivante au dépôt, je donne mon ADN. Je le regrette amèrement désormais.
Me voilà donc libérée vers 17h30, plus de 24 heures après le début de la nasse.

Je pensais commémorer traditionnellement et pacifiquement la fête des travailleurs et j’ai subi une arrestation arbitaire (non fondée) et aléatoire (le hasard m’avait placée au mauvais endroit au mauvais moment). Je me suis trouvée confrontée à une manière de faire scandaleuse des policiers, faite de mensonges, de pressions, de non-respect des droits. Penser à ces rouages judiciaires qui ont déjà et peuvent encore broyer des individus me fait froid dans le dos.

Lors de mon audition, à la toute fin, je demande à l’officier : « Vous avez bien conscience que cette arrestation a pour but de faire du chiffre et d’être médiatisée ? » Voici sa réponse, à quelques mots près :
« - Le temps que les ordres de la police descendent sur le terrain, les « Black Blocs » étaient déjà partis. Sur le lieu du délit, les gens qui restent sont des dommages collatéraux. »

Je tiens à remercier tous ceux qui m’ont soutenue lors de cette épreuve : legal team qui m’a livré des conseils juridiques et tous les groupes de soutien devant les commissariats.

Une manifestante du 1er mai

P.-S.

Photo @Lameute

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