Libérons-nous du travail

Qu’est ce que le temps et qu’est-ce que le travail sans le temps de travail ? En effet, le temps-de-travail est une donnée déterminante du capitalisme, ce sans quoi il ne serait pas. Il est à la source de tous les processus de développement de celui-ci, notamment celui de l’auto-valorisation. Si aujourd’hui la problématique fondamentale est celle de la transition du prolétariat au précariat, décapitaliser nos vies, c’est transgresser le temps-de-travail.

"L’auto-valorisation de soi, stade suprême de l’aliénation capitaliste

Par la mécanisation, l’automatisation et surtout la numérisation des outils de travail et des processus de production en général, la restructuration du Capital s’opère par une mutation en profondeur de la réalité du travail. Nous entrons en ce sens dans l’ère de l’exclusion du travail-salarié, dans un processus d’ « expulsion » des conditions classiques d’exploitation. Nous sommes désormais moins prolétaires que précaires, et le précariat est à interroger comme catégorie de sous-prolétariat qui tend à se généraliser. A la différence du « lumpen-prolétariat » pensé par Marx comme « soupape » à même de « flexibiliser » ledit coût du travail pour le patronat et réserve de force de travail, le précariat désignerait une nouvelle condition générale du capitalisme post-moderne. En effet, il s’agit moins de vendre sa force de travail pour se faire exploiter que de s’auto-exploiter. C’est ce qu’on commence à appeler « l’ubérisation » de la société, produit de la désintégration du statu quo de la réalité du travail salarié jusque-là.

Désormais, l’aliénation est paroxysmique : la novlangue néolibérale nous prêche l’auto-entrepreneuriat à tout va, visant à fusionner « temps de loisir » et « temps de travail » et ainsi à fabriquer et généraliser l’Individu-Entreprise. Le développement des réseaux sociaux de « loisir » (Facebook, twitter, instagram, Tumblr…) et autres réseaux de communication de « loisir » (Whatsapp, skype, Facebook Messenger….), ainsi que les réseaux de « rencontre » (Tinder, Badoo, Meetic…) et réseaux de gaming (steam), ont les mêmes fonctions que les réseaux sociaux « professionnels » (Linkedin, Meetup…) : l’auto-valorisation de soi par la marchandisation des « qualités » personnelles et la virtualisation des interactions humaines. Parce que l’individu s’objective et se réalise dans le monde par son activité productive, la logique totalitaire du capital a pu s’emparer de l’intégralité de nos vies dans ses parcelles les plus intimes. Désormais, l’auto-objectivation marchande de soi par le développement de la capacité de l’individu à l’auto-valorisation capitaliste de ses centres d’intérêt, de ses désirs, de ses « valeurs » et autres « qualités » ou « signes de personnalité », annihile toute singularité vivante au profit d’un Soi-Marchandise anonyme et totalement soumis aux lois du Capital.

Toutes les sphères de la société comme tous les aspects du social aujourd’hui alimentent l’atomisation individuelle, renforcée de manière inédite par la numérisation quasi systématique des interactions humaines, elle-même régie par le sacro-saint principe d’auto-valorisation de soi. La « société start-up », avec ou sans Macron qui incarne un tel processus, est désormais une réalité. Or, nous sommes moins « notre propre patron » que notre propre produit, notre propre marchandise. Car il ne s’agit plus de vendre strictement sa force de travail mais la totalité de soi comme marchandise et/ou service ; au point que la force de travail désigne désormais l’intégrité de l’individu et en ce sens concerne notre intimité même. Plus aucun aspect de nos vies n’échappe au processus totalisant de l’auto-valorisation. Si Facebook est gratuit, c’est parce que nous en sommes le produit.

D’innombrables sites de services professionnels se développent ainsi, où l’on est simultanément employeur et employé, où l’on doit auto-évaluer notre valeur/horaire selon des « compétences » que nous avons préalablement extrait par nous-mêmes de notre intimité personnelle à partir de l’objectivation marchande de nos plaisirs et désirs.

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