Le triangle de Gonesse contre le béton

Un groupe de personnes issu du collectif de contributeurs de Paris-luttes.info a décidé de s’attaquer au projet mégalomane d’Europacity. Ce premier retour d’une enquête au long cours est axé autour de la rencontre avec deux agriculteurs du Triangle de Gonesse.

Cet article a été publié le 15 février 2017.

À 20 km au nord de Paris, sur les dernières terres agricoles de la petite couronne d’Île de France, s’étendent les champs cultivés par Robin et son père Dominique. Ils comptent parmi les rares exploitants qui vivent encore de ce métier à Gonesse. Au fur et à mesure des années, ils ont vu les axes routiers, les centres commerciaux, les friches industrielles et les sinistres zones d’activités (Z.A.) grignoter les terres qui avaient été travaillées par cinq générations de leur famille. Seuls sont restés 700 hectares, étouffés entre l’A1, la D370 et le boulevard intercommunal : c’est ce qu’on appelle encore le Triangle de Gonesse. Aujourd’hui, ces terres sont menacées de disparition par Europacity, un des projets les plus aberrants d’un Grand Paris qui s’annonce dévastateur.

Par l’intermédiaire du Collectif Pour le Triangle de Gonesse (CPTG), nous avons rencontré ces deux agriculteurs qui travaillent dans une zone de champs complètement assiégée. De là, Robin et Dominique voient Gonesse et, lorsque la pollution et le climat le permettent, aperçoivent même Paris. Mais qui les voit, eux ?

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Aujourd’hui, personne ne voit plus passer les tracteurs dans le centre-ville de Gonesse. Les fermes et les entrepôts agricoles, autrefois au sein de la ville, sont maintenant transformés en « équipements culturels », ou à l’abri des regards à l’abord des aires cultivées. Peu d’automobilistes se rendront compte qu’ils traversent une zone agricole qui produit de l’oxygène et assez de blé pour fournir en baguettes 120 000 parisiens à l’année. Peu à peu, les agriculteurs de Gonesse sont devenus invisibles au reste de la population, cloisonnés, asphyxiés. Le maire et ceux qui défendent Europacity aimeraient maintenant les faire disparaître.

En septembre 2016, l’État a donné son feu vert à Europacity, gigantesque temple commercial et des loisirs consommables. Piste de ski, parc aquatique, magasins de luxe et grandes enseignes stéréotypées, gigantesque salle de spectacle ; la mégalomanie du groupe Auchan, à l’origine de l’idée, semble sans limites. L’avènement de « l’ère du Fun » - concept développé dans une publication faisant la promotion du projet - paraît d’ores et déjà impossible à arrêter. La marque de notre temps pour asseoir les projets les plus destructeurs, le Greenwashing, finira de vous séduire : potagers au bord des allées du centre commercial, ferme dite pédagogique, toits en verre, auto-production hypothétique d’énergie renouvelable. L’apparence de cette écologie moderne est sans faille, à un détail près : il faudra détruire la vie pour en produire une copie aseptisée.

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Pourtant il existe déjà 4 méga-centres commerciaux autour du Triangle : O’Parinor, Aéroville, Le Millénaire, Paris Nord 2. Certains sont d’ailleurs de moins en moins fréquentés, tellement l’offre commerciale dépasse la demande. Ces lieux ne sont pas que des espaces de boutiques et de supermarchés. Ils concentrent également des cinémas, des lieux de balade et de rencontre, des cafés et des restaurants. C’est un monde à part entière dans lequel une bonne partie de la population locale est obligée d’évoluer puisqu’il a contribué à tuer la vie en centre-ville, tout du moins ses commerces.

La friche de l’usine P.S.A. , à deux pas du triangle, juste de l’autre côté de l’A1, pourrait être réhabilitée pour ce projet. Mais il est, bien sûr, beaucoup plus rentable de bétonner des champs que de dépolluer et déconstruire des infrastructures industrielles. C’est ainsi qu’une constatation s’impose : Auchan bétonne les champs. Le paradoxe plairait sûrement à Usbek & Rica, le « magazine qui explore le futur » et qui éditorialise le magazine Play, brochure financée par le groupe Auchan et destinée à promouvoir Europacity.

Dans cette publication la crème des communicants liés à l’industrie numérique explore en détail « la nouvelle utopie urbaine » : Europa city ou « le spot du temps libre du Grand Paris ».

Les ambitions sont grandes : 3,1 milliards d’investissements, une alliance avec le géant chinois du tourisme « Wanda », 230 000 m² de commerces, 50 000 m² d’espaces « culturels », 20 000 m² de « restaurants » et 150 000 m² d’espaces de « loisirs » (dont un parc aquatique et une piste de ski). Les investisseurs tablent même sur une affluence de 31 millions de visiteurs annuels, ce qui représente deux fois le nombre des spectateurs d’Eurodisney.

Mais sous les slogans des boîtes de com’, c’est un désastre qui s’annonce. A la disparition de terres agricoles et la création d’emplois précaires s’ajoutera la mise en place d’un monde totalitaire et monstrueux. Un univers fermé, privatisé, payant, contrôlé, aseptisé.

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Nous refusons ce futur sous vide et c’est pourquoi nous nous opposons au projet d’Europacity comme à celui de l’aéroport de Notre Dame des Landes. Pour cela nous avons choisi d’entreprendre collectivement un travail d’enquête sur le terrain afin de mieux comprendre les enjeux et pour savoir comment et avec qui lutter. Nous appelons ceux qui lisent ce message à faire de même et à investir de plus en plus nombreux le territoire du Triangle de Gonesse.

Pour l’heure, nous vous laissons avec ce premier entretien réalisé collectivement : une rencontre avec Robin et Dominique Plet, agriculteurs depuis cinq générations sur le Triangle de Gonesse.

Un groupe de copains

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