Communiqué de l’Assemblée Générale de l’EHESS du 10 avril 2018

Suite à l’expulsion ignominieuse des habitants de la ZAD et la destruction de leurs lieux de vie à Notre-Dame-des-Landes, nous avons décidé l’occupation de l’EHESS.

Au delà de l’expulsion de la ZAD, le climat général des derniers mois exigeait une action forte et collective d’opposition. Chasse à l’homme menée à l’égard des exilé.e.s par Collomb et ses petites mains répressives, violences policières subies par les étudiant.e.s à travers le pays depuis le début de l’année et mépris du gouvernement à l’égard des cheminot.e.s et des fonctionnaires, voilà le désastre humain et social face auquel nous nous dressons aujourd’hui. En effet, pendant que les cheminot.e.s apprenaient les vertus du dialogue social sur un mode oscillant périodiquement entre « vos gueules » et « cause toujours », les présidents de plusieurs facs aidaient des milices fascistes à déloger leurs étudiants ou envoyaient directement les CRS comme à Nanterre, Lille, Toulouse...
Pour tenter de détourner la contestation qui gronde, le gouvernement n’a pas trouvé meilleure réponse que d’envoyer 2500 gendarmes casqués et grenadés pour déloger les quelques centaines d’habitant.e.s de la ZAD, ces dernier.e.s ayant choisi de répondre collectivement plutôt qu’individuellement, de construire de nouvelles formes de vie et d’autres régimes de désir plutôt que de « régulariser ». Pour faire bonne figure, certains des lieux de vie qui avaient engagé des négociations avec le gouvernement ont même été rasés. Comme d’habitude : multiplier les fronts pour diviser les luttes ; la stratégie est connue. Face aux attaques d’un gouvernement où le dégoût le dispute au stupide, seules la cohésion et la solidarité peuvent nous offrir des chances de victoire. Dont acte.
Le 10 avril, les étudiants de l’EHESS ont décidé d’occuper l’École en soutien à la ZAD et plus largement à l’ensemble des mouvements de dissidence sociale auxquels nous souscrivons pleinement. Mis en place dès 8h30, le blocage a permis à une journée de discussion d’avoir lieu, de s’interroger sur les envies et la pertinence stratégique d’agir à partir du 6e arrondissement parisien. Il est rapidement apparu que nous souhaitions utiliser les lieux comme base logistique pour organiser des départs vers la ZAD, départs qui ont commencé dès aujourd’hui. Parallèlement, il nous importait de se réapproprier et de repolitiser ce « haut lieu de la pensée critique » qui peine étrangement à quitter ses amphis. Face au sentiment d’impuissance collective, nous voulions nous servir des locaux pour trois jours de discussions et de réflexion sur la ZAD ainsi que le reste des mouvements sociaux qui agitent le pays. Il va sans dire, que ce faisant, nous ouvrons l’École à qui souhaite l’utiliser comme base organisationnelle et logistique.
Toutes ces décisions ont été répétées et entérinées par l’AG organisée hier à 14 heures, le tout étant par la suite accepté – document signé à l’appui – par la présidence de l’École à 16h30.
Plusieurs activités auront lieu durant cette occupation : discussions et cartographies sur et de la ZAD ; séminaires autogérés avec étudiant.e.s et professeur.e.s ; rédaction de textes sur la séquence de lutte actuelle ; cantines sauvages ; ateliers musicaux ; discussions avec le personnel de l’école et différentes composantes de la lutte ; organisation d’actions hors les murs pour réveiller le quartier. Le programme est ouvert à toutes et tous, nous invitons les personnes inspiré.e.s à venir l’élaborer sur place.

Plus qu’une simple opposition à la politique gouvernementale, il nous importe de pouvoir créer. À travers la ZAD cet État s’attaque avant tout à la potentialité d’espaces aux temporalités altérées, d’autres formes de vie, et d’expérimentations sans cesse renouvelées.
Plutôt que de se soumettre aux affects tristes, nous désirons renforcer les amitiés qui nous lient, façonner des sensibilités politiques communes, et qui sait, mettre en place les fragments communautaires à partir desquels une sécession sera possible.

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