« Ce serait pas le parfum des flammes ? »

Petite analyses de la façon dont la nouvelle réforme de l’université va accentuer le contrôle social et la sélection à la fac et au lycée.

« Ce serait pas le parfum des flammes ? »

Le 30 octobre, le gouvernement a balancé les grandes idées de la réforme de l’université. Réforme qui doit entrer en vigueur d’ici la rentrée 2018. L’année prochaine quoi. L’idée de cette nouvelle réforme c’est de transformer l’université en une entreprise à accès limité, qui ne bénéficierait qu’aux bourges, ce qui par contrecoup va transformer le Lycée en une arène où vont devoir se départager les « ceux qui peuvent y aller » et les « ceux qui sont dans la merde ».

Revenons d’abord un peu sur le fond de cette réforme (dont on aura toutes les précisions le 22 novembre et notre avis que ça va être miam-mioum tout plein). Le K O est prévu en trois coups

* Premier coup : la sélection

Sans l’assumer ouvertement le gouvernement va instaurer, avec cette réforme, une sélection généralisée à l’université. Pour y parvenir, deux étapes. La première consiste à autoriser les filières dites en tensions (genre staps, psycho, socio, droit, médecine, des petites filières quoi !) à demander des profils aux lycéens qui voudraient les intégrer. Ceux qui voudront être sélectionnés, en plus d’avoir leur bac, devront montrer par exemple des capacités scientifiques ou justifier d’avoir fréquenté un club de sport, voire, qui sait, une association humanitaire. Mais après tout les gens de 17 piges sont libres hein, les critères des universités seront « explicites » et puis comme « nul n’est censé ignorer la loi... ».

On suppose déjà que ce sont les classes sociales les plus élevées qui vont s’en sortir. Ce sera à qui a la thune et le temps pour faire faire de l’aquaponey, ou autres activités valorisables, à ses bambins. On imagine aussi comment des générations de lycéens et lycéennes vont devoir bouffer ces stratégies parentales toujours plus pesantes pour être sûrs d’intégrer droit ou médecine et faire plaisir à papa et maman.

La deuxième étape de la sélection généralisée sera réalisée par les facs elles-mêmes. Les universités, grâce à leur magnifique autonomie gagnée ces dernières années (Fioraso et LRU ouais ouais !) ont désormais le droit de fixer le nombre de places qu’elles ouvrent dans une filière. Elles n’ont pas d’obligations, pour cela, de se caler sur la réalité de la demande des lycéens. Les deux autres éléments qui entrent dans cette équation magique qui se prépare sont : l’augmentation du nombre de bacheliers à venir et la baisse des dotations de l’État aux universités. On ne doute pas qu’on va très vite voir la plupart des filières de la fac devenir des « filières en tensions ». Et voilou on aura la sélection partout.

* Second coup : le lycée comme agence de recrutement

Désormais les profs de terminales vont avoir un rôle majeur quant aux possibilités des élèves d’intégrer telles ou telles filières à la fac, voire même sur la possibilité d’intégrer la fac tout court. Au conseil de classe du premier semestre il feront des « suggestions » aux élèves, et au conseil de classe du second trimestre il donneront leur avis, transmis ensuite à l’université. L’argument c’est « ah non mais l’orientation c’est du sérieux hein, c’est le choix pour toute une vie alors on peut pas faire ça à la légère juste quand on a son bac ». La réalité c’est que les profs de terminales vont pouvoir faire du chantage aux élèves et les tenir. Va faire le blocus de ton bahut et ensuite demander socio, va dire à un de tes profs que c’est un con (parce que c’est un con) puis tenter droit, ou plus simplement va glander, sécher et fumer des pétards au fond de la cour alors que désormais ce que pensent tes profs de lycée va jouer sur ta possibilité de faire des études. Tu te tiens parce que sinon tu sais que t’auras pas ta recommandation pour l’université. Le contrôle social s’affine en prenant un des derniers espaces où le zbeul et les attitudes déviantes existent.

Troisième coup : les bourses

Le moins clair de leur coup mais peut être le plus vicieux. Il semblerait que se profile un « contrat de réussite pédagogique » qui engagera les élèves avec l’université. On en sait pas beaucoup plus. Est-ce que, si ce contrat n’est pas rempli, les étudiants ne pourront pas se représenter dans la même filière ? Peut-être. Par contre ce que l’on sait déjà c’est que les aides sociales seront peut-être conditionnées au fait de remplir ce contrat. C’est donc la fin du « tu te pointes au exams, tu signes, t’as tes bourses ! » Parce que fliquer les chômeurs et les gens qui touchent le RSA ça suffit pas, faut aussi emmerder ceux qui profitent de leurs bourses pour se faire deux trois années tranquilles aux frais de la princesse.

Bilan et allumettes

Le moins qu’on puisse dire c’est que ça ne sent pas très bon. Les quelques coins de tranquillité en termes de thunes et de temps qu’offrait le système scolaire français vont être bousillés. On va casser les niches à glandes. Là où on se planquait bien au chaud pour réfléchir, foutre le bordel, s’organiser et s’aimer.

Du coup va falloir se battre, refoutre le feu à la rue. Qu’on aime ou n’aime pas le Lycée et l’Université, qu’on en soit usager ou non ne compte pas. Il s’agit pas de défendre le modèle éducatif républicain mais de maintenir les espaces où la contestation peut naître assez facilement, où la répression financière et sociale ont encore du mal à s’abattre contre ceux qui foutent le zbeul.

Déjà avec le Processus de Bologne et les LRU l’université comme espace d’organisation et d’agitation a pas mal perdu de sa réalité. Si on laisse cette réforme passer ce sera encore un peu plus dur de faire prendre des luttes sur des bases lycéennes ou étudiantes.

De notre avis il y a de l’essence partout en ce moment mais le feu démarre assez mal. Pourtant il n’est pas impossible qu’un mouvement de lycéen puisse se mettre en place. Ce qu’il faut dire c’est qu’il y a 700 000 lycéens qui passent leur bac cette année et qu’ils vont se faire avoir par la réforme, qu’ils ne vont pas connaître l’ambiance tranquilou-pilou où tu glandes dans ton canapé ou dans un parc en faisant semblant de passer ta licence mais avec la certitude que les bourses tomberont.

Suffisant comme raison pour reprendre la rue, non ?

La seconde ligne

P.-S.

Le dressage à la discipline du travail, la production de travail vivant au moyen de travail vivant (la formation), voilà un enjeu central qui dépasse sans doute la production/reproduction des « bourges », y compris dans « le supérieur » (2 millions d’« étudiants »...). Ci-dessous, une échéance immédiate et des approches complémentaires.

Tract du Collectif d’Action Autonome Paris Banlieue (CAAPB) sur la réforme des universités à venir, La prochaine assemblée aura lieu mardi 14 novembre à 18h30 au CICP, 21ter rue Voltaire, métro Rue-des-Boulets ou Nation.

Proposition d’enquête-action dans et contre l’emploi précaire à destination des AG de lutte comme des isolés appelés à les rejoindre, 2016.

Dix Thèses sur l’Université Productive, Cristal qui songe, 1997.

Etudiants, si vous saviez, Cash, 1987.

L’école, atelier de la société-usine, L’école-en-lutte, 1973.

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