Ce que vous faites réellement lorsque vous accusez les casseurs d’être des policiers

Texte datant de 2015 et qui nous éclaire, durant le mouvement des gilets jaunes sur des rumeurs qui germent ici et là.

Certaines tendances politiques ont pour fâcheuse habitude de propager des thèses paranoïaques dès qu’une situation échappe à leurs contrôles.

Certaines tendances politiques ont pour fâcheuse habitude de propager des thèses paranoïaques dès qu’une situation échappe à leurs contrôles.

Ces derniers jours, réitérant une mascarade qu’ils nous ont déjà servi, c’est Mélenchon puis Olivier Besancenot qui ont pris la parole pour stigmatiser, dénigrer, et amalgamer les casseurs à leurs propres ennemis : les flics.

JLM a posté, le lendemain de la mort de Rémi Fraisse, un statut Facebook accusant les militants qui ont directement affronté la police sur la Zad d’être des clochards avinés et puants, d’extrême droite, et probablement payés par l’État ou les pro-barrage du Testet pour « décrédibiliser » le mouvement d’opposition et d’occupation...

Une semaine après, c’est à Besancenot de relayer cette rumeur pendant le journal de bfmtv


Il y montre des photos tirées d’une manifestation à Nantes

où l’on voit des policiers en civil, cagoulés. Selon lui, ils y sont pour « organiser directement ou indirectement des violences urbaines » ; et il réclame une commission d’enquête sur les casseurs.

Pourtant, qu’est ce qu’un casseur ? un-e individu-e qui casse. Pas un style vestimentaire, n’en déplaise à certains. Ni un équipement, n’en déplaise à d’autres.

Est-ce que porter une cagoule fait de toi un casseur ?

Est-ce que casser des vitrines, des banques,...fait de toi un flic ? Avec toutes ces accusations, tout cet amalgame entre policiers et casseurs ; est-ce qu’on ne risque pas de priver les militants/manifestants de choisir leurs modes d’actions ?

C’est pourquoi nous nous demandons :

Quelles preuves nous ont été données ?

Y-a-t-il des vidéos, des photos de flics en train de casser ?

Aucune...Concrètement à l’heure actuelle aucune image (photos ou vidéos) montrant des policiers en train de casser quoi que ce soit n’a été publiée. Donc, sur quoi se basent ces accusations ? Les seules images qui ont été présentées sont des photos d’individus comme à Nantes, clairement identifiables comme policiers, grâce à leurs brassards ou bien au groupe au milieu duquel ils se trouvent (s’ils ne portent pas leurs brassards).

Existe-t-il des photos/vidéos de ces mêmes personnes tour à tour en train de casser, puis en train de discuter tranquillement avec des policiers ?

Les médias seraient-ils complices de ces exactions en coupant au montage les vidéos, ou en dissimulant des photos ?

Les journaflics ont-ils pour habitude de laisser filer un scandale ou un titre accrocheur ?

Et quand bien même, en admettant qu’ils puissent marcher main dans la main avec la police : pourquoi, à l’heure des smartphones et du cop watching, n’y a-t-il personne pour nous amener des preuves concrètes sur l’existence de tels agents provocateurs ?

On vous laisse répondre vous mêmes à ces questions.

En 2010, à Paris, Mélenchon accusait déjà des casseurs d’être des flics.

Grâce à Youtube - terreau fertile des paranoïas contemporaines, et qui donne l’impression que l’on a tout vu sans jamais rien voir - Jean-Luc Mélenchon, ex-coprésident et actuel militant du Parti de gauche, a cru voir dans une vidéo de Reuters sur la manifestation du 16 octobre 2010 des flics casser une banque et malmener un citoyen qui venait les en empêcher.


Policier en casseur la vidéo polémique
Il accusait celui que les médias ont appelé le « ninja » et d’autres manifestants autour d’être des policiers-casseurs, déguisés. Cette accusation a déclenché une polémique qui a enflé autour du « ninja » et à l’égard des casseurs en général.

Mais le 28 octobre, le ninja a été identifié et interpellé par la police -lassée de la polémique- puis jugé et condamné à 1 an de prison, dont 6 mois fermes.

Et ce n’est pas Mélenchon, porteur de ces accusations, qui a purgé la peine de ce camarade, qui n’est pas policier.

Y-a-t-il déjà eu des flics parmi les casseurs ?

Aujourd’hui, on peut affirmer que la police a déjà infiltré et infiltre peut être encore les milieux militants, comme le montre le témoignage du 23 janvier 1982 On m’appelait l’étudiant, recueilli par Georges Marion pour le Nouvel Observateur ; ainsi que le cas de Marc Kennedy, en Europe.

On ne nie donc pas que des policiers puissent être infiltrés dans des réseaux militants, en tant que militants actifs : comme les deux cas cités précédemment, on les considère comme nos ami-e-s, et ils gagnent notre confiance en nous imitant.

Parmi ceux-là il peut y avoir des casseurs, mais on ne l’apprendra peut-être jamais.

Pendant les manifestations, il y a aussi des anonymes, flics de la bac ou RG, qui viennent en tant qu’observateurs ou poukaves ; et rejoignent les lignes de CRS après nous avoir brièvement fait croire qu’ils venaient participer à la manif, dans son cadre légal.

Pourquoi les flics casseraient-ils ?

Est-ce qu’il est possible qu’un commissaire/préfet/ministre de l’Intérieur donne l’ordre à ses policiers de détruire des centre-ville, dans le seul but de « décrédibiliser » un mouvement ?

Est-il possible que le pouvoir - alors même qu’il est renseigné sur l’existence de militant-e-s « agité-e-s » qui lui en veulent au point d’adopter des modes d’actions illégaux/offensifs - décide de les aider en brisant plus de vitrines ?

On pourrait imaginer que la police choisisse ce mode d’action (les flics « déguisés » en casseurs qui poussent au Crime...) pour justifier la répression des manifestations.

Mais, apparemment, il n’y a pas besoin de ça pour justifier la répression à Paris : les militants n’ont même pas eu le temps de rêver à une émeute qu’ils étaient déjà entassé-e-s dans des fourgons.

Alors, est-ce que pendant un rassemblement/une manifestation, les énervé-e-s qui se (re)connaissent ont besoin d’inconnus pour les exciter contre le Capital, l’État, et ses sbires ?

Il faut croire que pour Olivier et Jean-Luc, les gens ont si peu de raisons d’être en colère qu’il est improbable qu’ils choisissent des actions offensives pour manifester leur mécontentement...sans y être poussés par les keufs.

Sous-entendraient-ils que Rémi aurait couru vers le conflit, non pas à la vue de militants affrontant des gendarmes mobiles, mais engrainé par un policier « déguisé en casseur » ? D’ailleurs, on aimerait bien connaître les chiffres des flics « déguisés en casseur » mutilés par les armes de leurs collègues.lolilol...

On se demandera également combien de flics ont bien pu participé -en tant que casseurs- au lancement des émeutes de 2005 en france, après la mort de Zyed et Bouna... Besancenot et Mélenchon ont-ils accusé la police d’infiltrer les rangs des émeutiers, à ces moments-là ?

Quels effets ont ces accusations sur nos luttes et sur nos vies ?

Nous avons décidé de réagir en écrivant ce texte parce que ces accusations sans fondement mènent à un amalgame entre les flics et les casseurs. Cet amalgame est dangereux dans la mesure où il nous dépossède des modes d’actions que l’on peut choisir pour s’exprimer, pour être entendus. Celles et ceux qui auront décidé de s’attaquer directement, frontalement, aux symboles du pouvoir se verront accusés soit d’être des flics manipulateurs, soit d’être des suiveurs qui se laissent influencer par des flics.

Porter ces accusations publiquement et sans éléments de preuve, en tant que militants, c’est se désolidariser de ceux et celles qui choisissent des modes d’action dits « violents », parce qu’illégaux : attaque de la propriété privée, réponses aux charges et provocations de la police, sabotage des outils de production, fauchage de champs OGM, occupations de lieux, manifestations sauvages...

C’est les mettre en danger pendant leurs actions, parce qu’en plus de la police, d’autres militants peuvent se retourner contre eux (par peur que ce soit des flics ou qu’ils « décrédibilisent le mouvement »).

Mais c’est aussi les mettre en danger parce que cette absence de soutien les isole et rend plus dure la répression à leur égard.


Solidarité entre tous les opprimé-e-s !
A bas les chefs, à bas les flics, à bas l’état !

signé : anti-shmitts gang

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