Analyse de la manif du 1er mai 2021 du point de vue de la Défense Collective Paris Banlieues

Samedi dernier, contrairement à ce qu’on aurait pu craindre en cette période de quasi arrêt des manifs d’ampleur, plusieurs dizaines de miliers de personnes se retrouvent à Paris pour la manif du 1er mai.

Les départs communs sont dès le début encadrés par la police qui, comme presque systématiquement depuis les Gilets Jaunes, organise des nasses mobiles, c’est-à-dire encadre les cortèges avec des lignes de keufs serrées. Ils procèdent à de nombreuses fouilles et à des arrestations préventives.

Il leur a cependant été difficile de contrôler toutes les personnes qui rejoignaient les différents cortèges une fois ceux-ci en route, ce qui a permis de ne pas se faire confisquer le matériel de protection de plus en plus nécessaire face à la répression. En effet, on a pu constater que les réflexes de défense individuelle se généralisent bien au-delà du cortège de tête.

Pour de plus en plus de gens, partir en manif c’est faire face au risque de subir la violence de l’État devenue systématique. On ne peut qu’encourager les gens à continuer à prendre des précautions et à répandre ces pratiques d’autodéfense. On vous conseille de privilégier le masque de plongée souple trouvable chez décathlon qui englobe l’arcade sourcilière. En plus de protéger des gazs, il peut vous éviter de perdre un oeil car il absorbe mieux le choc, contrairement à des lunettes de piscine qui, si elles reçoivent un LBD, peuvent vous exploser l’arcade. N’oubliez pas non plus de sortir masqué.e.s, comme nous le conseille vivement le gouvernement (masque de respiration type ffp2 et ffp3 trouvable en magasin de bricolage plutôt que masques en tissus qui laissent passer les gazs). Enfin, big up aux copaines qui ont regardé la météo et ont ramené suffisamment de parapluies pour affronter le mauvais temps et accessoirement, nous protéger des méchants lol. Jusqu’à maintenant, les parapluies n’ont jamais été utilisés à charge dans les procès et ils sont efficaces à la fois pour protéger notre anonymat et faire office de bouclier quand les flics canardent à distance. Ils sont cependant peu utiles dépliés dans les moments de violence rapprochée, car ils sont fragiles et nous empêchent d’avoir de la visibilité. Dans ce cas il vaut mieux les replier et faire face tous.tes ensemble. Se protéger individuellement, c’est permettre la défense collective en tenant la rue.

Plusieurs cortèges rejoignent l’appel intersyndical à République, qui commence sa marche vers Nation à 14h. Dès le début, la manif était chaude et beaucoup de gens étaient anonymisés pour contrer l’identification des keufs. Des tensions se font sentir en tête de cortège. Des camarades déploient une banderole. Elle leur est immédiatement arrachée, dès la première charge. Encore une fois, on remarque que les banderoles sont prises pour cible. Il est d’autant plus difficile de les défendre lorsqu’elles sont grandes et isolées mais elles nous permettent tout de même de porter un message et de nous protéger des flics. Ainsi nous nous demandons si les banderoles provoquent plus la charge qu’elles n’en protègent. Quand nous confectionnons et amenons une banderole — qui plus est renforcée — il nous semble indispensable de se préparer en amont et de s’organiser en nombre sur place pour la défendre puisqu’il est évident qu’elle sera une cible, et en conséquence les camarades qui la portent ou qui se trouvent à proximité. Il est également possible de concevoir que des banderoles petites, maniables, et nombreuses, peuvent être utiles pour multiplier des points de repli et des zones de défense collective.

Lors de ce 1er mai, les flics ont renouvelé la méthode Lallement, déjà expérimentée le 12 décembre (voici l’analyse de manif qu’on avait écrite à ce moment-là) qui consiste à multiplier les charges inattendues très tôt dans la manif et à rester le plus possible au contact du cortège. Dans des moments pendant lesquels le niveau de conflictualité ne semble même pas particulièrement élevé, le cortège est coupé en plusieurs parties. La tête de manif est d’abord séparée du reste au niveau du SO de la CGT qui, toujours aussi bon élève, laisse le champ libre aux forces de l’ordre pour isoler une bonne partie des manifestant.e.s. Commence alors une série de balayages avec la technique « essuie-glace » à base de charges rapides, de coups de matraques et d’arrestations. Dans un premier temps, les CRS forment une ligne qui encadre les trottoirs et enferment la manif. Postées aux croisements, les compagnies de BRAV (Brigades de Répression de l’Action Violente), reconnaissables à leurs casques de moto noirs ou blancs, de courts boucliers, et portant parfois des brassards oranges, effectuent ensuite des percées par les flancs et en diagonale de façon particulièrement violente. Enfin, les CSI (Compagnies de Sécurisation et d’Intervention), identifiables par les lignes bleues sur leur casque, rabattent la foule sur les côtés et subdivisent la manif à coups de matraque.

Il nous semble essentiel d’identifier et de comprendre le fonctionnement des différentes unités de police afin d’anticiper les tactiques qui visent à casser les élans de débordement et les stratégies de défense collective du cortège. D’ailleurs, si vous voulez plus d’infos sur le sujet, on vous conseille le site Maintien de l’ordre qui permet d’identifier chaque unité et explique leur histoire.

Après les nasses, au niveau de Saint Ambroise, soit à peine un tiers du trajet, la manif reste bloquée. S’engage alors un bras de fer de plusieurs heures entre les shtars et les manifestant.e.s qui successivement gagnent puis perdent du terrain, mais réussisent à maintenir un rapport de force pendant plus d’une demi-heure. Les flics font des tentatives — ratées — de protéger les banques. Des pluies de projectiles s’abattent par moments sur les forces de l’ordre mais le cortège semble manquer de ressources à de nombreuses reprises. Quelques feux d’artifices et pétards font reculer les flics, et certains d’entre eux tombent à terre pendant les mouvements de foule et les charges.

Après un long moment de confrontation, les keufs segmentent à nouveau le cortège au niveau de l’église. Jusqu’ici disposés en ligne de chaque côté de la place, ils font une percée dans le cortège formant une double ligne, l’une faisant face au cortège de tête, l’autre faisant face au reste de la manif. Ils laissent alors les bords de la rue aux manifestant.e.s, comme en attestent les oeuvres de réaménagement de l’espace urbain qui ont fleuri au passage.

Avec toutes ces subdivisions, on constate que l’attention du dispositif de maintien de l’ordre est presque exclusivement portée sur la tête du cortège où se concentre toute la conflictualité avec les keufs. On a ainsi été supris.e.s de trouver des segments entiers de rue libres de tout contrôle des flics. Peut-être faut-il repenser notre répartition au sein de la manif et multiplier les points de fixation où se déployer tout au long de la marche.

On a également remarqué l’apparition d’un « Blok de Protection » (voir FaceBook, groupe que nous ne connaissions pas, formé selon elleux pour la manif du 12 Décembre dernier) composé d’hommes cis et d’une femme blanc.he.s avec des brassards « Blok 2 Protection ». Qui, sous prétexte de faire baisser le niveau de violence, forment une ligne bras dessus, bras dessous pour empêcher les « débordements » et dégradations matérielles et ont ainsi fait obstacle à la diversité des tactiques et des moyens d’action. Nous pensons qu’il est possible d’organiser une défense qui ne prenne pas la forme d’un service d’ordre viriliste qui reproduit la police à l’intérieur du cortège. Ceux qui choisissent de maintenir l’ordre, c’est-à-dire d’encadrer nos manifs, semblent vouloir les cantonner à des marches convenables sur le milieu de la route. Ils choisissent d’empêcher toute action, qu’elle soit de blocage économique ou de casse, qui engendre des notes de frais salées aux entreprises qui font tourner ce monde capitaliste, raciste et sexiste. Ils cherchent à pacifier nos rages, oubliant au passage qu’un rapport de force ne s’établit jamais en restant tranquillement à sa place. Ils négocient et abandonnent la rue dès qu’ils peuvent ramasser des miettes pour leur propre corporation. Toutes ces personnes prennent le parti de l’ordre et ne doivent pas s’étonner d’être traités comme tel. La rue est aussi et surtout à celleux qui la tiennent et sont prêt.e.s à la défendre ensemble contre le maintien de l’ordre établi, quel que soit le corps qui l’organise.

La lutte est d’autant plus forte et belle qu’elle est diverse et subversive.

Et, n’oubliez pas de parler de ce que vous avez vu et vécu à vos camarades, vos potes, vos proches, ne restez pas seul.e.s après des manifs comme celle-ci. Ensemble on est plus fort.e.s.

Note

Pour nous rejoindre, RDV à notre réunion ouverte et publique tous les dimanche 16h30 au 23 rue du docteur potain (dans la petite ruelle), dans le 20e, métro Télégraphe.

Pour nous contacter : defensecollective-pb@riseup.net
Notre blog : https://defensecollectiveparisbanlieues.noblogs.org
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Twitter : defensecopb

Localisation : Paris

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