« Une grève sans caisse de grève, c’est comme du camping sans tente » : entretien avec les postier.es du 92

Comment tenir une grève plus de 9 mois ? Avec 150 salarié.es en grève reconductible ? Et non seulement en militant dans sa boite, mais aussi en soutenant d’autres luttes ? Réponse dans cet entretien avec les postie.ères du 92 ! Récit d’une lutte acharnée contre la répression antisyndicale et les réformes gestionnaires des services postaux.

Depuis plus de neuf mois, les salarié·es de La Poste Hauts-de-Seine sont en grève. De la répression à l’encontre d’un militant syndical à l’organisation du travail, en passant par le contenu même du travail et la critique de la précarité, ce combat englobe de nombreuses dimensions des luttes actuelles. Et au-delà d’une lutte sectorielle, les grévistes de La Poste construisent non seulement du lien avec d’autres secteurs combatifs mais également avec des luttes qui dépassent la question du travail. Comment tenir aussi longtemps dans sa boite, sans y rester cantonner ? Comment faire dialoguer sa grève avec le mouvement social ?

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Plateforme d’Enquête Militante (PEM) : Comment a commencé votre lutte ? Qu’est-ce que vous a poussé.es à vous mettre en grève ? Comment s’est-elle passée la première période de ce combat ? Et quelles ont été les évolutions principales depuis le printemps dernier ?

Brahim Ibrahimi : Le point de départ de la grève, c’est l’autorisation donnée le samedi 24 mars 2018 par Muriel Pénicaud, ministre du Travail, au licenciement de Gaël, qui est le secrétaire de SUD Poste 92. Dès le lundi 26 mars, 150 postières et postiers du 92 sont en grève. Le soir du 26 mars, 500 personnes se réunissent devant le Ministère du Travail, avec la participation de représentantes et représentants de nombreuses forces syndicales et politiques, dont Jean-Luc Mélenchon de la France Insoumise. De janvier à mars 2018, à l’approche de la menace du licenciement de Gaël, nous avons mené une campagne très large en défense de Gaël, grâce à laquelle nous avons reçu le soutien de très nombreuses personnalités du mouvement ouvrier et du mouvement social, comme Elie Domota de l’Union Générale des Travailleurs de Guadeloupe et du LKP, des députés du PCF et de la France Insoumise, d’une membre de la direction de la CGT… Comment expliquer que 150 personnes se mettent en grève pour défendre un représentant syndical… et être encore en grève 9 mois après ? Notre organisation syndicale a une particularité : en pleine grève, nous venons d’obtenir dans notre département quasiment le score le plus élevé aux élections professionnelles, toutes organisations et tous départements confondus, tout en défendant une orientation radicale, qui remet explicitement en cause le pouvoir de direction de l’employeur. Nous sommes à la fois très majoritaires et très radicaux. Les liens de solidarité tissés au fil des multiples conflits que nous avons menés depuis 2009 sont une des explications de l’ampleur et de la durée de la grève.

Gaël fait l’objet d’un acharnement inouï : la procédure qui aboutit à son licenciement a commencé en 2010, son licenciement a été refusé à de multiples reprises par les tribunaux, par l’Inspection du Travail qui le déclare en situation de « discrimination syndicale » et même par Xavier Bertrand, le ministre du travail de Sarkozy ! La Poste a fait systématiquement appel et a fini par avoir gain de cause huit ans après grâce à la complaisance de Pénicaud. La Poste est aujourd’hui une des entreprises les plus répressives du pays : le simple fait de prendre la parole devant ses collègues est fortement réprimé. La Poste a infligé 14 ans de mises à pied cumulées aux représentants syndicaux de Région Parisienne depuis 2010. A lui seul, Olivier Rosay (militant SUD à Paris) a écopé de 7 ans de mise à pied !

Gaël Quirante : La grève a été reconduite en Assemblée Générale, et à partir du deuxième jour de la lutte, toutes les revendications liées aux conditions de travail ont été mises sur la table par les grévistes. L’objectif de la grève devient double : à la fois obtenir ma ré-intégration et s’opposer aux nouvelles réorganisations qui démultiplient la charge de travail et qui coupent le lien auparavant fort entre factrices-facteurs et la population. Avec l’instauration de la « pause méridienne », il s’agit d’un quasi doublement de la journée de travail, et d’un triplement de la charge de travail (distribution des colis et de la publicité en plus du courrier). Résultat : plus de temps pour soi, et plus de temps pour les autres. Le contact quotidien avec les usagers disparaît faute de temps, sous pression des cadences qui s’accélèrent… sauf quand ce contact est monnayé ! Le service « Veiller sur mes parents » est à ce titre emblématique : quiconque paie la Poste x euros par mois aura droit à une visite chronométrée à 6 minutes ( !) du facteur auprès d’une personne âgée de sa famille. La question de la précarité est également essentielle : l’embauche en CDI des précaires (en particulier les intérimaires) constitue un des objectifs-clé de la grève. Pour faire face au retard de courrier accumulé depuis le début de la grève, 40 intérimaires ont été embauchés en CDI depuis le début de la grève : c’est un acquis dont nous sommes fiers.

Xavier Chiarelli : 150 grévistes, c’est à la fois peu et beaucoup. C’est le triple du volume moyen de grévistes lors des conflits des dernières années à La Poste. Elle regroupe 20% des factrices et facteurs du département et touche plusieurs centres postaux, alors que la grande majorité des conflits à La Poste touche un seul établissement à la fois. La grève est majoritaire à Boulogne-Billancourt, Levallois, Asnières, Gennevilliers et Neuilly.

La grève nationale des cheminots et des étudiants entre avril et juin derniers a ouvert une situation où un affrontement d’ampleur avec le gouvernement Macron devenait possible. C’est aussi le moment où 3 autres grèves reconductibles ont lieu en même temps que celle du 92 à La Poste, dans le 13, le 35 et le 33, des grèves animées par des équipes militantes SUD-PTT avec une orientation similaire à la nôtre.

Avec la fin de la grève des cheminots et des autres grèves postales au début de l’été, nous nous retrouvons donc isolés. La direction qui avait à ce moment-là entrouvert une fenêtre de négociation, referme les vannes fin juillet. Nous faisons le choix en AG de nous préparer à passer la période estivale en grève, en nous donnant l’objectif de tenter d’étendre la grève à la rentrée scolaire et de, si possible, renouer les liens avec d’autres secteurs mobilisés. C’est ce que nous avons fait !

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PEM : Votre grève dure désormais depuis presque huit mois et compte 150 salarié.es dans le seul département du 92 : comment faites-vous pour reproduire si longtemps votre lutte à une telle échelle ? Comment faites-vous pour récolter l’argent nécessaire pour soutenir votre grève et qu’est-ce que cela implique en termes de rencontres, d’emploi du temps et de dépense d’énergie ? Mais aussi, sur quels relais juridiques vous vous appuyez pour concrétiser votre droit de grève ? Et de quelle manière la Loi Travail et les ordonnances ont-elles changé le cadre normatif et les rapports de force qui en découlent ?

Xavier : Dans notre grève, on a coutume de dire : « faire grève sans caisse de grève, c’est comme faire du camping sans avoir de tente ». Collecter de l’argent en permanence est tout simplement vital quand on touche habituellement des salaires de 1300 euros en moyenne… mais lors de cette grève, La Poste a dès le premier mois mis toutes les paies à 0 euros. Donc pour pouvoir tenir, nous organisons des collectes dans les manifestations, nous prenons contact par téléphone, mails, Facebook avec des centaines d’organisations syndicales, politiques, associatives… afin de solliciter des dons. C’est un travail qui est effectué par les grévistes eux-mêmes et pas seulement par les militants syndicaux. Sans cette participation active, il serait impossible de maintenir à l’ensemble des grévistes de quoi tenir… Une précision : nous sommes nous-mêmes grévistes en tant que permanents syndicaux. Nous reversons notre salaire à la caisse de grève, qui est ensuite répartie égalitairement entre tous les grévistes. Comme ça, nous vivons la même chose que les grévistes, aussi bien la participation aux actions, aux prises de décision en AG… que la perte financière due à la grève.

Gaël : Concernant la question de l’utilisation de la loi et du droit de grève et plus largement notre rapport au travail institutionnel et juridique dans le cadre du conflit : avant de faire quelque chose, nous ne nous demandons pas « A-t-on le droit de le faire ? ». Nous essayons de « forcer le destin » et de faire avancer le droit. La question de mon licenciement en est un bon exemple. A vrai dire, cela fait plusieurs années que nous nous préparons à cette possibilité. Notre syndicat a décidé plusieurs mois avant la grève de se préparer à maintenir mon intervention dans les centres postaux même si je suis licencié. Nous avons commencé à mettre en avant auprès de nos collègues de travail une idée simple : ce n’est pas au patron de décider qui a le droit de représenter les travailleurs. Et donc, que même si je suis licencié, je dois pouvoir continuer à mener mon activité militante. Nous avons décidé de maintenir mon intervention coûte que coûte. Je peux vous dire que quand nous avons expliqué ça, il n’y avait pas grand monde pour nous suivre dans les milieux militants, même très proches… Et pourtant, la grève a obtenu une avancée absolument essentielle : la Poste m’a attaqué en justice pour tenter de m’interdire l’accès aux centres postaux vu que j’avais été licencié. A deux reprises, les tribunaux ont débouté La Poste en estimant que dans mon activité militante, j’étais soumis aux mêmes règles et que j’avais les mêmes droits qu’un représentant syndical appartenant à La Poste, à partir du moment où mon organisation syndicale me confie le mandat de délégué syndical. Si cette jurisprudence est confirmée, cela constituera un point d’appui pour les militants dans les autres entreprises : quel intérêt pour un patron à licencier un représentant syndical si celui-ci peut continuer à intervenir dans l’entreprise ? En un sens, ma ré-intégration est à moitié gagnée : il fait toujours partie de l’entreprise… en tant que représentant syndical !

Brahim : La Loi Travail n’a pas directement bouleversé les règles en vigueur à La Poste. C’est dû au statut particulier de l’entreprise : c’est une société privée mais détenue pour l’instant majoritairement par l’État et encore partiellement régie par les règles de la fonction publique, où la Loi Travail ne s’applique pas. Mais l’adoption de la Loi Travail, ses lois et Ordonnance Macron ont donné confiance à la direction de La Poste pour lancer sa nouvelle offensive, précisément celle contre laquelle nous nous battons dans cette grève, à savoir les « réorganisations innovantes », où on demande aux facteurs de ne plus seulement distribuer le courrier, mais aussi les colis, d’effectuer les « nouveaux services » qui n’ont rien à voir avec leur métier… Le seul aspect où la Loi Travail s’applique à La Poste, c’est sur la réduction des droits des CHSCT : il est plus difficile qu’auparavant de « bloquer » institutionnellement les projet patronaux par le biais de ces institutions.

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PEM : Par ailleurs, vous avez noué des liens avec d’autres postiers en lutte ou, plus globalement, avec d’autres secteurs du monde du travail qui se bagarrent pour améliorer leurs conditions de travail. Pourquoi cela vous apparaît-il si important ?

Brahim : En mars et avril, 4 grèves d’ampleur départementales ont touché La Poste simultanément : les Bouches-du-Rhône (région de Marseille, deuxième ville française), la Gironde (région de Bordeaux, 5e ville), l’Ille-et-Vilaine (région de Rennes, 10e ville française) et le 92. Ce sont des camarades de SUD qui ont dirigé tous ces conflits, avec la même détermination à mener des grèves qui dépassent l’émiettement centre par centre. Nous avons bien sûr établi des liens entre nous, participé mutuellement aux rassemblements des uns et des autres, organisé plusieurs conférence téléphoniques… Mais l’une de nos limites, c’est que nous n’avons pas réussi à dépasser le stade de grèves menées indépendamment les unes des autres et d’aller vers une généralisation de la grève au-delà de ces 4 départements à ce moment-là.

Gaël : Depuis le début de notre grève, nous avons systématiquement cherché à établir des liens avec les autres secteurs du monde du travail : les cheminots [1], Goodyear, les salariés de la logistique avec nos camarades de la CGT Geodis Calberson (filiale de la SNCF) [2], les camarades de Monoprix [3], de New Look dans le commerce, de PSA dans l’automobile... Nous nous efforçons là encore de participer aux actions conjointes avec d’autres secteurs avec le maximum de nos forces en tant que grévistes, pas seulement les délégués syndicaux. Pour nous la convergence des luttes, ce n’est pas un supplément d’âme, c’est essentiel dans le rapport de forces. Pour donner un exemple, nous avons mené une autre longue grève en 2014 (174 jours) contre la précarité et contre les restructurations. Nous avons établi à cette occasion une alliance forte avec la mobilisation des intermittents du spectacle et des précaires. Nous avons par exemple été invités à une audience de négociation concernant le statut des intermittents et des chômeurs avec la Direction Générale du Travail : imaginez la tête des hauts représentants de l’État quand les représentants syndicaux des intermittents du spectacle leur ont expliqué qu’un postier en grève participait à la réunion ! Les intermittents et précaires ont joué un rôle décisif pour faire basculer le conflit de 2014 vers la victoire, quand elles et ils ont décidé en juillet 2014 de bloquer pour le compte des postiers grévistes la Plateforme Colis de Gennevilliers, un centre stratégique. Quelques jours plus tard, le protocole de fin de conflit était signé… C’est en passant par des expériences de ce type que nos camarades et nous-mêmes nous avons vu que l’action conjointe de plusieurs secteurs influait directement sur le type de rapport de forces que tu es capable d’imposer dans ta propre entreprise et bien évidemment sur l’impact que tu peux avoir comme secteur sur la situation plus générale.

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PEM : Lors du printemps dernier vous êtes entrés en contact avec plusieurs composantes du mouvement social : étudiants, collectifs antiracistes, groupes autonomes, etc. Quels sont les enjeux liés à ces rapports ?

Xavier : Il y a tout d’abord un enjeu immédiat lié à la grève elle-même : là encore, regrouper les grèves et les différents mouvements sociaux, les différents fronts de lutte nous renforce mutuellement. Par exemple, notre action conjointe avec le Comité Adama le 5 juillet dernier pour appeler ensemble à la manifestation du 21 juillet était évidemment une volonté de notre part d’appuyer une lutte d’une importance toute particulière [4]. En plus de ça, la prise de position nette contre les violences policières que nous avons rendue publique à ce moment-là, et la lutte contre les violences policières exercées contre Nordine un des grévistes précisément à l’occasion de cette action ont donné une visibilité renforcée à la grève. Prendre position, « faire de la politique », ça ne divise pas, ça n’affaiblit pas la lutte, ça la renforce !

Brahim : Nous avons aussi prêté main forte aux étudiants de Nanterre, en les aidant à bloquer les examens que leur direction voulait organiser malgré le vote de la grève dans des AG massives. Nous avons montré que nous étions prêts à la hauteur de nos forces à prendre la défense de toutes celles et ceux qui sont attaqués. Et on nous l’a bien rendu. Nous sommes fermement convaincus que le mouvement ouvrier doit prendre position sur tous les sujets qui touchent la population, comme la question du racisme, du sexisme, de l’homophobie…

PEM : En 2016 et en 2018, on a justement eu deux mobilisations contre les réformes gouvernementales, qui, à partir du monde du travail, touchent un spectre très large des rapports sociaux existants. Quels ont été d’après vous les points forts et les points faibles de ce cycle de lutte ? Comment vous envisagez votre place dans les mouvements sociaux contemporains ? La mobilisation du printemps dernier a été décisive pour votre combat et vous avez joué à votre tour un rôle important…

Gaël : La particularité de la période actuelle, c’est que depuis au moins le mouvement contre « la Loi travail et son monde » de 2016, des tas de gens issus de traditions militantes très différentes, ou qui ne militaient pas auparavant ont commencé à se retrouver à lutter et à travailler ensemble : des équipes militantes de la CGT issues du mouvement ouvrier traditionnel comme la CGT Goodyear ou Info Com CGT, des jeunes venant des mouvances autonomes ou libertaires, des militants trotskystes, des militants de forces politiques comme la France Insoumise... se sont retrouvés en 2016 et en 2018 à pousser dans le sens de la généralisation de la grève, à organiser des cortèges communs où les bannières étaient mélangées dans les manifs en défiance de la répression policière, à bloquer ensemble des entreprises touchées par des mouvements de grève... Cette « avant-garde militante large » a commencé à trouver petit à petit un langage militant commun à partir d’expériences communes.

Xavier : L’une des manifestations de ce nouvel état d’esprit, c’est la formation du Front Social, une coordination de syndicats dont le nôtre, de fronts de lutte, de militants politiques qui ont été capables d’organiser des manifestations pendant les élections présidentielles et le lendemain même de l’élection de Macron, et qui continuent à tenter de regrouper les luttes. Des luttes qui sont bien plus nombreuses que ce qu’on croit mais pour l’instant très dispersées.

PEM : A cet égard, quels sont les rapports que vous entretenez avec le syndicat, tant à niveau sectoriel, avec la fédération de Sud PTT ? Quels sont leur rôle et leur importance ? En quoi et comment vous soutiennent-ils ? Est-ce qu’il y a des frictions ?

Brahim : Le problème numéro un des luttes à La Poste, c’est leur émiettement. Il s’agit probablement d’une des grandes entreprises où le degré de conflictualité est le plus élevé en France… mais les grèves sont pour l’essentiel menées établissement par établissement et même site par site, service par service. L’une des raisons, c’est que la direction met en œuvre ses réorganisations de manière délibérément échelonnée. Précisément pour empêcher une réaction collective et générale.

Mais il faut bien admettre que pour l’instant, on ne voit aucune initiative de la part d’une quelconque fédération syndicale pour tenter d’unifier les luttes existantes et de les étendre, de préparer les conditions pour une mobilisation nationale. On ne prétend pas que c’est facile à faire mais il y a quand même une sacrée urgence : 2 suicides viennent d’avoir lieu en moins d’un mois à La Poste, 50 suicides avaient été dénombrés en 2016, plusieurs dizaines d’autres depuis 2012… et personne aujourd’hui n’appelle à la grève ! Qu’est-ce qu’on attend ?

Gaël : Nous sommes en période d’élections professionnelles : nos fédérations syndicales sont capables à cette occasion de sortir du matériel national, en couleur, des tracts, des affiches, des brochures… C’est bien évidemment légitime et même indispensable mais pourquoi ne pas déployer les mêmes efforts pour appeler à une grève ? Ne serait-ce que d’une journée, en convoquant partout des AG et en y proposant la reconduction de la grève ? C’est précisément sur cette question du type d’initiatives à prendre à l’échelle nationale contre la stratégie de la direction, sur la nécessité d’élaborer un plan de bataille national qu’il y a débat au sein du mouvement syndical et au sein de notre fédération syndicale SUD-PTT, qui est la plus combative et la plus impliquée dans le soutien aux grèves.

Xavier : Les mobilisations en cours des postières et postiers du Canada et de Belgique sont à ce titre un réel exemple pour nous car elles ont été organisées à l’échelle de tout un État. Espérons que la victoire de notre grève constituera un encouragement à les imiter !

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PEM : Revenons enfin sur votre grève : quel est le rapport de forces à l’heure actuelle ? Quelles sont les perspectives de lutte ?

Gaël : La Poste vient d’essuyer plusieurs revers en peu de temps : notre résultat électoral est un vrai coup de massue, les cadres ont poussé un maximum de collègues à voter en pensant faire baisser notre score… et résultat nous avons augmenté de 4% pour atteindre 51,86%, avec plus de 86% de participation, le taux le plus élevé au niveau national ! Mon 3e passage au tribunal le 13 décembre dernier devait pour La Poste servir à restreindre mon intervention syndicale… mais il risque au final de tourner en défaveur de La Poste, vu que la juge, plutôt que répondre favorablement à ses arguments a proposé une médiation entre les grévistes et la direction. La direction a été également contrainte d’annuler de nouveaux projets de restructurations en décembre de peur que les centres postaux concernés ne rejoignent la grève. La Poste vient même d’être condamnée à payer de lourdes amendes car elle est incapable de justifier le calcul de la charge de travail des facteurs. D’après nos calculs, entre les embauches de salariés en CDI pour tenter de réduire les retards de livraison de courrier, les vigiles et les huissiers présents tous les jours dans les centres, les condamnations au tribunal, les frais d’avocat, le coût des réclamations sous l’impact de la grève, les restructurations que La Poste n’a pas pu mettre en œuvre… notre grève leur a coûté au bas mot 5,5 millions d’euros.

Avec la crise politique et les mobilisations sociales autour des Gilets Jaunes, nous allons mener une politique de regroupement de tous les secteurs militants avec qui nous avons été en contact depuis le début de notre grève. Nous proposons une journée de grève et de manifestation commune dès la rentrée de janvier.

Dans ce contexte, pas étonnant que La Poste montre des signes de faiblesse et vienne de nous annoncer qu’elle compte nous faire des propositions. Dans l’attente de voir si elle décide d’ouvrir de réelles négociations, nous restons déterminés et mobilisés, y compris pendant les fêtes de fin d’année !

P.-S.

Entretien initialement publié par la Plateforme d’Enquêtes Militantes : http://www.platenqmil.com/blog/2019/01/02/faire-greve-sans-caisse-de-greve-cest-comme-faire-du-camping-sans-avoir-de-tente--entretien-avec-les-postieeres-du-92

La Plateforme d’Enquêtes Militantes est un collectif de co-recherche et d’intervention dans les luttes
Site : platenqmil.com
Facebook : @platenqmil
Mail : pem-site@riseup.net

Notes

[1Voir par exemple l’envahissement de la Station F, un « incubateur de start-up » qui symbolise le pouvoir macronien.

[2Un blocage important de la plateforme Geodis Gennevilliers a rassemblé de nombreux militant·es, dont des postier·es, en avril 2018.

[3De nombreux rassemblement ont eu lieu devant des Monoprix de la région parisienne, pour faire pression sur les patrons.

[4Sur les « alliances » qui se sont constituées lors de ces moments, voir notamment la rencontre du 20 octobre 2018 tenue à La Parole Errante.

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