Un hiver de mobilisations à Lyon : chronique du mouvement d’occupation de l’université et de bâtiments vides

Depuis le Mardi 30 janvier le bâtiment A de Paris 8 est occupé pour prolonger le mouvement général contre les politiques migratoires racistes. À Lyon, un mouvement similaire d’occupation de l’université a eu lieu en novembre dernier et a abouti à l’ouverture d’un immeuble vide appartenant à la Métropole. Ce lieu appelé « Amphi Z » regroupe aujourd’hui près de 200 personnes. Parce que nos expériences nous rendent plus forts, une chronique récapitulative de ce mouvement de novembre à aujourd’hui vient d’être publiée sur Rebellyon.info.

[...] Mi-novembre 2017, dans le froid glacial de l’automne Lyonnais, les migrant-es qui dormaient devant la gare de la Part-Dieu ont été déplacé-es de leur lieu de vie précaire par la police. Cet événement, loin d’être exceptionnel, appartient plutôt à la routine stratégique de répression des personnes sans-abris à Lyon, comme le prouve l’expulsion la semaine dernière (février 2018) de l’esplanade Mandela qui abritait le campement de dizaines de familles albanaises. C’était loin d’être le premier événement de la sorte, mais peut-être était-ce celui de trop : les réseaux militants lyonnais ont manifesté leur colère et leur soutien aux personnes concernées, à travers des articles, des appels aux dons et à l’hébergement solidaire, et des rassemblements. Quelques étudiant-es engagé-es auprès des personnes migrantes ont alors eu l’idée de réquisitionner un amphithéâtre de la faculté de Bron afin de proposer un logement provisoire au chaud pour celles et ceux qui avaient été évacué-es, en attendant de trouver une solution plus pérenne. Dans les 48 heures qui ont suivi l’occupation, tractage dans la rue, bouche-à-oreille et communication par internet ont suffi à rendre publique cette occupation, et à lancer le début du mouvement [...]

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Plate-forme devant l’entrée de l’Amphi C occupé

« L’amphi C » était devenu un lieu d’hébergement pour une trentaine de personnes dont deux familles, comme un grand dortoir collectif où les dons rapides de matelas, couvertures, tapis de sol, ont permis aux occupant-es de s’installer rapidement. Divers-es sympathisant-es ont offert leurs plaques électriques, de la nourriture sèche contenue dans un immense placard devenu épicerie, et il a été immédiatement possible d’installer un grand buffet de cuisine en libre service sur une des ranges de « l’amphi ». L’accès à des sanitaires, à l’électricité et à un lieu chauffé était précieux, même si le manque d’intimité dans cette grande salle était forcément un problème, surtout pour les femmes et les enfants, et toutes les personnes qui désiraient dormir tôt : car les premières semaines, tant de monde circulait que l’ambiance festive faisait durer les nuits jusqu’au petit matin [...]

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La création de liens comme première arme politique

la présidence de Lyon 2 a soutenu la préfecture en menaçant de faire évacuer l’occupation par les forces de l’ordre, considérant que désormais, sa conscience était apaisée, puisque les personnes avaient eu le choix de faire autrement. Ce retournement brutal de la part de la présidente a poussé les militant-es à mobiliser tout leur réseau de plaidoyer, à grands renforts de lettres ouvertes et de communiqués, et leurs contacts, si bien que le vendredi où l’évacuation menaçait d’avoir lieu, plus de deux cent personnes sympathisantes ont rejoint les lieux tout l’après-midi pour soutenir les occupant-es au cas où. Les forces de l’ordre ne sont pas intervenues ce jour-là, puisqu’il faut un délai de plus de 48h avant leur arrivée [...]

Après cet événement, l’occupation à Lyon 2 s’est vue sans cesse menacée du spectre de l’expulsion : la présidence s’engageait régulièrement à repousser la date qui allait condamner toutes les personnes concernées à retourner à la rue, tout en maintenant clair son désir de les voir partir de l’Université, par la voie policière ou juridique. La peur des vacances de Noël était plus préoccupante encore, quand les étudiant-e-s allaient quitter Lyon pour rendre quelques jours dans leurs familles, abandonnant à leur sort les personnes qu’ils-elles soutenaient au quotidien. Tout le monde s’activait pour trouver une solution : les associations cherchaient des locaux vides, les collectifs intersquats ont fait des tentatives toutes les semaines, se heurtant à des échecs. Quand les militant-es français-es, en Assemblée Générale, voulaient discuter manifestations, actions, stratégie, les sans-papiers de l’amphi C les ramenaient à leur réalité, qui était la peur terrible du retour à la rue.

Finalement, au moment où la situation était la plus inquiétante et la plus tendue pour tout le monde, le collectif intersquat a réussi à ouvrir un nouveau squat dans une ancienne école de pompiers vide à Cusset, à Villeurbanne : soutenu-es par les autres militant-es de l’occupation pour passer les premiers jours réglementaires, ils-elles ont pu officialiser l’ouverture de ce lieu, une solution pérenne capable d’héberger tout le monde, seule source d’espoir pour l’avenir des sans-papiers après s’être heurtés à l’indifférence nette des autorités administratives. [...]

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Ouverture du squat « Amphi Z », décembre 2017

L’équilibre se construit peu à peu dans le quotidien aux squats de Cusset, tant et si bien qu’on croirait parfois voir y émerger des pistes pour une société durable de solidarité et d’auto-organisation collective dans les marges du monde néolibéral que sont tous ces lieux abandonnés. Les soirées éphémères à danser, à écouter de la musique, à cuisiner, à partager ensemble, mais surtout les projets de moyen-long terme de guérison, d’entraide, sont des étincelles apportées par le mouvement d’occupation depuis décembre, et qui ne sont pas prêtes de s’éteindre : on le voit chez tou-te-s ces militant-es qui ont abandonné leur « vie d’avant » pour rejoindre cette double vie à l’amphi C puis Z, où ils et elles expérimentent, loin du confort mou et de l’isolement quotidien, la diversité de l’accueil et le partage communautaire.

Mais ce tableau positif ne peut pas masquer le fait qu’il n’y a pas de perspective pour cette occupation, tout d’abord tant que le lieu n’a pas été pérennisé : il faut encore travailler à obtenir la permission de rester indéfiniment, afin que ce lieu devienne un centre pérenne comme les squats d’Athènes. Les menaces qui pèsent depuis le début du mois de février, à travers la multiplication des interventions policières, sur les squats nouvellement ouverts, sur les campements informels de la place Nelson Mandela, et sur les squats de militant-e-s indispensables à l’organisation du mouvement, ont de quoi nous inquiéter fortement. Ces agressions répétées confirment que le contexte politique local et national est de plus en plus hostile. Par ailleurs, pour les individus qui habitent l’amphi Z ou le deuxième squat, tant qu’il n’y a pas de papiers, tant que demeure la peur d’être arrêté-e et déporté-e à tout moment en Italie, ou dans son pays d’origine, il n’y a pas d’espoir.[...]

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Manifestation de janvier 2018 en soutien aux occupant.e.s de l’amphi Z

Lyon, Paris, Grenoble, Nantes, Calais, la Roya, Briançon, et toutes les villes et campagnes actives depuis longtemps, plus ou moins dans l’ombre : ces étincelles finiront-elles par déclencher une protestation nationale, voire européenne ? Du moins, elles travaillent à préparer le changement en profondeur, et le jour où l’opinion publique sera prête à écouter ce que disent ces voix, alors le feu prendra peut-être !

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