Sur le mouvement contre la loi travail, une lutte en turn-over

Dans la France post-fordiste, les luttes de grande ampleur étaient menées par les fonctionnaires, ou a minima conjointement avec eux. Après 1968, les mouvements sociaux finissent par s’inscrire dans le principe de grève par procuration : le public fait grève, le privé suit comme il peut. Cela durera jusqu’en 2010, quand les fonctionnaires abandonnent les rênes des mouvements ; c’est alors qu’un autre schéma s’esquisse. Texte tiré du site Swaggcocos.

La loi travail vient lourdement appuyer et confirmer la fin des mouvements du public : la mobilisation tient uniquement sur le privé, car lui seul est concerné par la loi, et lui seul mène des grèves reconductibles. Ainsi, l’ancrage des mouvements du privé est assez inédit dans le paysage des mouvements sociaux français post-crise, ce qui contrebalance les cartes de la lutte des classes et la vision qu’on se fait d’un mouvement social.
La loi travail est une attaque générale contre le droit du travail et le salaire direct : d’un côté elle baisse le salaire via les heures supplémentaires moins payées, de l’autre elle supprime le droit du travail collectif pour le segmenter par entreprise et l’individualiser. Et à cela s’ajoute une baisse générale du droit des salariés en termes de santé au travail, de la représentation des salarié-e-s, etc.

Ce mouvement très particulier, caractérisé par la désynchronisation de ses composantes, se déroule en 3 phases. Il survient début mars, sur une manif appelée d’abord par des syndicats de base, en avance de 3 semaines sur le programme des centrales syndicales.
Après un mois de manifestations très tendues et de grèves trop perlées, de tentatives infructueuses de blocages de facs et d’occupation, c’est finalement « Nuit debout » qui prend le relais « soirée » des manifs. Il connaît un grand et long succès dans les centres urbains des métropoles, en touchant des sympathisants de gauche qui s’inscrivent peu dans les luttes liées au travail.
Fin mai, alors que le mouvement semblait s’étioler, il entre dans sa 3e phase : celle des grèves. Après deux mois d’une absence notable, la CGT apparaît subitement fin mai pour lancer les grèves notamment dans le secteur stratégique de l’énergie : les 12 raffineries du pays sont bloquées, ainsi que les dépôts pétroliers. Toujours dans l’énergie, 19 centrales nucléaires votent la grève. Du coté des transports, les routiers mèneront une grève d’une semaine ainsi que de nombreux blocages, avant de voir leurs revendications reconnues par le gouvernement. Fin mai, ce sont les éboueurs qui se mettent à leur tour en grève.

La loi El Khomri, qui existe déjà empiriquement pour une grande partie du prolétariat, vient d’une part formaliser et légaliser les conditions de travail de millions de prolétaires et d’autre part étendre cette précarité déjà structurelle aux autres.

Le tertiaire, à l’opposé de l’industrie et de l’agriculture, est le seul secteur dont l’augmentation de la productivité ne repose pas sur l’accroissement du capital fixe (machines, technologie, etc…). Les patrons des entreprises de services, ne pouvant augmenter les cadences avec des machines, s’emploient alors à faire reposer la productivité uniquement sur la force de travail humaine. Certains emplois sont soumis à une telle densification du travail à effectuer pour chaque heure que les nouvelles cadences sont tout simplement impossibles à effectuer dans le temps imparti. Si les travailleuses et travailleurs concernés dépassent ce temps de travail, ils ne seront pas payés, ce qui revient à un renversement du paradigme du salariat* : certains ne sont plus payés à l’heure, mais à la tâche. C’est le cas des femmes de chambres de grands hôtels ou des postiers, deux secteurs dont certains bastions furent en grève reconductible durant le mouvement.
Leurs luttes, inscrites dans l’agenda de la restructuration, témoignent que l’objectif du patronat est de resserrer l’étau sur l’emploi tertiaire, en tirant sur la plus-value absolue : allonger et densifier le temps de travail sans le payer plus.

Beaucoup ont pu relever la faiblesse numérique du mouvement, qui comprend des manifestations d’en général un demi-million de personnes. Or, cette faiblesse est à relativiser, en considérant la structure de l’emploi ainsi que la composition du mouvement.

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