Prison Strike : esclavage made in USA

Petit récit d’une manifestation aux USA en soutien aux prisonnier-e-s en grève, pour comprendre qui sont les exploiteurs et comment les combattre.

Aujourd’hui, c’est un samedi ensoleillé à la Bay Area, capitale mondiale du libre marché et de l’auto-entrepreneuriat, ainsi qu’actuelle maison des plus grosses boîtes au monde.
Aujourd’hui, c’est le 10 septembre 2016, et un mouvement de grève dans les prisons américaines a déjà éclaté.
Avec des camarades de la Bay Area, aujourd’hui, c’est jour de manifestation dans le centre ville d’Oakland en soutien aux prisonniers et prisonnières en lutte.

Environs 300 personnes sont présentes à cette manifestation. « Ça fait un moment qu’on est plus descendus dans la rue », raconte un camarade. Le but principale du cortège, explique-t-il, sera de parcourir la ville à la « rencontre » des boîtes qui exploitent le travail des prisonniers et des prisonnières.
« Abolish Amerikkkan Plantations », « Abolition des plantations amerikkkaines », dira une banderole en tête de manif : « kkk » est un jeu de mot avec le Ku Klux Klan, pour souligner le racisme d’État ; « plantation » veut rappeler que l’esclavage des noirs dans les plantations américaines se perpétue aujourd’hui avec l’exploitation des femmes et des hommes dans les prisons.

Quelque prise de parole des camarades de l’IWOC et le cortège démarre : « Prisons are for burning ! », « Feu aux prisons », on entend gueuler.
Sans la présence des flics, on s’arrête d’abord devant UPS, United Parcel Service. À chaque pause devant les boîtes, des camarades prennent la parole, d’autres font de jolis tags par-ci et par-là.

Il faut savoir qu’aujourd’hui il y a trois manières d’exploiter la force de travail dans les prisons aux USA :

  1. les boites utilisent directement le travail des prisonnier-e-s pour la manufacture et les services ;
  2. les boites sous-traitent le travail des prisonnier-e-s à d’autres boites plus petites ;
  3. les boites soutiennent l’esclavage des prisonnier-e-s à travers du support financier aux boites directement impliquées.
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Deuxième arrêt : AT&T, grosse boite de téléphonie américaine.
Cette boîte est particulièrement symbolique, puisque elle a réussi à priver les travailleurs de leurs forces syndicales, à économiser beaucoup d’argent et à exploiter le travail des prisonniers, tout cela en une seule fois. Au fait AT&T sous-traite des emplois de télémarketing à d’autres entreprises qui ont accès à de la main-d’œuvre pratiquement gratuite, en profitant en particulier du système pénitentiaire. La société prévoit ainsi de licencier des milliers d’opérateurs téléphoniques, qui en effet sont aujourd’hui les seules à être syndiqués. Les prisonnier-e-s, bien sûr, ils-elles n’ont aucun moyen de choisir les travaux auxquels ils sont affecté-e-s : le payement prévu est de 2 dollars par jour.
Voici donc un joli tag pour AT&T, la manifestation continue.

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Bank of America, le colosse banquier aux USA.
Au cri de « A-Anti-Anticapitalista » on se rapproche du grand bâtiment vitré. Quelques prises de parole, et les vitrines sont complètement recouvertes de tags, le logo de la banque arraché du mur.
Et là, bien sûr, les flics n’ont pas aimé : faisant semblant de vouloir charger, enfin ils laissent repartir le cortège, pour ensuite le suivre et y rentrer pour chopper des manifestant-e-s. 3 personnes sont arrêtées.
Et pourtant le cortège continue, déterminé sur son chemin, même si les « pigs » ne laissent plus circuler librement. Plusieurs camionnettes rejoignent tendues la tête de la manif.

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Direction donc l’objectif final : le Glenn Dyer Jail.
Les « jails », différemment des « prisons », sont une sorte de « mini-prison » où sont retenu-e-s tous ceux et celles condamnés à une peine de courte durée. À Oakland, en Californie, dans la Glenn Dyer Jail sont enfermé-e-s prisonniers et prisonnières effectuant une peine maximale d’une année. Banderoles et pancartes à la main, les pétards des camarades font du bruit devant la « jail », en espérant que les enfermé-e-s puissent entendre.
Au cri de « Everybody hates the police ! » (ça fait chaud au cœur d’entendre le « Tout le monde déteste la police ! » exporté partout !) on retourne enfin au centre ville, où le IWOC donne RDV le 20 septembre, toujours à Oakland, pour continuer à organiser le Prison Strike (la grève des prisons).

Qui sont les exploiteurs ?

Voici une liste des principales boîtes qui exploitent le travail des prisonniers et des prisonnières, recensée par l’IWOC. Ces boites sont aujourd’hui la cible de plusieurs actions en soutien à la grève dans les prisons.

Telecommunications :
AT&T, Motorola, Verizon

Banques :
Bank of America

Fast-food :
McDonald’s, Starbucks, Wendy’s

Pétrole :
Chevron, ExxonMobil, Shell

Construction :
Caterpillar, John Deere

Science et Technologies :
Abbott Laboratories, Bayer, Microsoft, Nintendo, Procter and Gamble

Autres :
Autozone, ConAgra Foods, Costco Wholesale, International Paper, Johnson and Johnson, Koch Industries, Mary Kay, Pepsi, Sears Holding, State Fram Insurance, United Continental Holdings, UPS, Wal-Mart Stores

C’est quoi l’IWOC ?

L’IWOC-Incarcerated Workers Organizing Committee est une organisation qui naît de l’IWW-Industrial Workers of the World. Le IWOC fonctionne de liaison et de support aux prisonnier-e-s pour s’organiser, se syndiquer et construire des ponts solides avec les travailleurs-euses à l’extérieur.
L’IWOK pense que la prison est une grande entreprise qui fait de l’argent avec l’exploitation du peuple et elle doit être combatte par la participation consciente des prisonnier-e-s et de la classe ouvrière à l’extérieur, par le biais de l’entraide, de la solidarité et l’établissement de relations de travail qui transcendent les murs des prisons. Cette organisation est née notamment quand des prisonniers sont allés demander de l’aide de l’IWW pour la construction d’un syndicat. L’IWOC a ainsi pris la cause et aide aujourd’hui les prisonnier-e-s dans chaque établissement à s’organiser et construire des sections syndicales par eux-mêmes.

Texte d’intention de l’IWOC du 31 juillet 2014 :

  1. Poursuivre les objectifs révolutionnaires des personnes incarcérées et de l’IWW par l’organisation d’un syndicat à l’échelle mondiale pour l’émancipation du système pénitentiaire.
  2. Renforcer la solidarité de classe entre les membres de la classe ouvrière, en connectant la lutte des gens en prison et dans les centres de détention pour migrants et mineurs avec la lutte des travailleurs au niveau local et mondial.
  3. Soutenir stratégiquement et tactiquement les prisonnier-e-s, intégrant une analyse de la suprématie blanche, du patriarcat, de la culture de la prison et du capitalisme.
  4. Lutter activement pour mettre fin à la criminalisation, l’exploitation et l’asservissement de la classe ouvrière, qui cible de façon disproportionnée les noirs, les migrants, les personnes à faibles revenus, les LGBTQ, les jeunes, les dissidents et ceux qui ont une maladie mentale.
  5. Amplifier les voix de la classe ouvrière en prison, en particulier de ceux et celles qui participent à l’action collective ou qui mettent leur propre vie en danger pour améliorer les conditions de tou-te-s.

P.-S.

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