Péril en la Radio France

Grève mercredi 11 février 2015 à Radio France...
Pourquoi ? Les enjeux et les inquiétudes.

À l’intérieur de la Maison ronde, l’inquiétude est palpable et largement partagée par beaucoup de salariés. Elle est alimentée par l’attitude de la direction qui pratique l’opacité dans ses choix, entretient un "dialogue social" clivé, et semble vouloir détruire à tout prix la culture et la mémoire de l’entreprise.

Nous sommes, nous salariés, submergés par les rumeurs les plus anxiogènes : disparition de Fip ou de France Musique, disparition d’un orchestre, plan social qui concernerait 300 à 400 personnes, externalisation de plusieurs services ...

Certaines sont plus que des rumeurs : le directeur de l’établissement n’a de cesse d’imposer la sous-traitance des services dont il a la charge, par exemple le service propreté (certes déjà partiellement externalisé) ou le service sécurité. En effet la décision a déjà été prise de reléguer les salariés du ménage au sous-sol et de confier le ménage des étages et bureaux à une société extérieure. Les personnels concernés, présents dans la maison depuis 20 ou 30 ans et que l’ensemble des salariés connaissent bien et apprécient, vivent cela comme une humiliation, à juste titre.

Le service sécurité, lui, s’est vu retirer une partie de ses prérogatives du jour au lendemain (au moment de la réouverture de la maison au public), au profit d’une entreprise privée qui fournit des hôtesses d’accueil non formées au contrôle et à la gestion des conflits et qui ne connaissent pas la maison. Des représentants de ces deux secteurs se sont d’ailleurs exprimés lors des AG qui se sont tenues le 11 janvier. Et ont suscité une grande émotion chez les salariés des autres services.

Parmi les actions de riposte imaginées, des pastilles sonores postées sur SoundCloud et fabriquées en douce, répondent au choix de la direction de "restructurer" l’organisation de la production radiophonique, rien que ça !

Cette nouvelle organisation impliquerait "la verticalisation" des réalisateurs, des assistants aux fictions, et des techniciens d’antenne, c’est-à-dire leur rattachement hiérarchique aux directions de chaînes. Il faut savoir que ces personnels appartiennent historiquement à des directions transversales qui les mettent à la disposition des chaînes.
Vu de l’extérieur le changement peut sembler anodin. Mais les personnels concernés, qui ne sont pas complétement abrutis, ont bien compris les implications de cette réforme :

  • Perte de leur liberté créative ;
  • Soumission éditoriale ;
  • "Porosité des métiers" (c’est le truc de la direction de vouloir que tout le monde empiète sur les tâches et métiers des uns et des autres) ;
  • Favoritisme et clientélisme ;
  • Individualisation ;
  • Disparition des savoir-faire Radio France ;
  • Formatage et uniformisation des antennes ;
  • Simplification des contenus ;
  • Fin de la mobilité interne (possibilité de travailler pour l’une ou l’autre chaîne)
  • Filialisation des chaînes ;
  • Disparition de chaînes facilitée (avec tous les salariés qui y sont rattachés) ;
    ...

Ces choix relèvent tout autant de la volonté de faire à plus ou moins court terme de notables économies sur la masse salariale, que d’une posture très tendance qui consiste à vouloir mettre les salariés au pas en les soumettant à des contraintes intenables en contradiction avec leur attachement à l’entreprise et à leurs métiers.

De nouvelles pratiques, très tendance elles aussi, on fait leur entrée à Radio France :
la privatisation d’espaces radiophoniques et musicaux au profit d’entreprises du CAC 40, et la location des halls pour des défilés haute-couture sont désormais monnaie courantes et perturbent les activités propres de la Radio. Des productions d’émissions sont reportées, des répétitions d’orchestre sont interrompues, pour laisser la place à Cap Gemini ou bien à LVMH.

Humiliant pour les salariés qui croient encore à leur mission de service public et qui voient leur liberté de circulation et leur activité entravées.

Voilà un tour d’horizon incomplet de ce qui se vit et de ce qui inquiète aujourd’hui à la radio publique. Incomplet car il conviendrait également de parler des travaux que nous subissons depuis des années (10 ans bientôt !), des malfaçons qui nous privent de lieux de travail appropriés, du bruit des marteaux-piqueurs dans lequel nous parvenons tant bien que mal à produire de belles émissions, du retard pris dans la progression de la "réhabilitation" ; et du dépassement du coût de cette "réhab" dont nous risquons, nous salariés, de faire les frais si nous ne nous battons pas.
Incomplet puisque ne sont pas mentionnés les inquiétudes de nos collègues des stations du réseau France Bleu, très menacé lui aussi, notamment par la disparition des micro-locales (petites entités de production radio de 5_6 salariés qui complètent le maillage du territoire français).

Bien à vous,

LeMeilleurDesOndes

P.-S.

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À bientôt.

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