Paris Zone de Combat, nouveau webzine réactionnaire

Depuis quelques jours, une publication du nom de Paris Zone de Combat (Pazoc) inonde de spams les réseaux militants parisiens. Présentant une rhétorique mêlant références à Lénine et insurrectionnalisme, cette publication n’a pourtant rien de révolutionnaire, et les références réactionnaires voire carrément fascistes y pullulent en creux. Exemples.

Mise à jour 4 juillet : peu après la publication de cet article, La Horde a confirmé les liens entre Pazoc et Le Lys Noir, qui ne les cache plus.
Mise à jour 18 mai sur les origines de cette publication d’extrême droite.

Paris Zone de Combat se présente comme un webzine, disponible en PDF et sur Calaméo [1]. A première vue, il s’agit d’une énième publication insurrectionaliste, dont les références sont à mi-chemin entre autonomie et léninisme, et qui fantasme sur les Katangais (un groupsucule de Mai-68 dirigé par un ancien mercenaire), sur « la fière IRA » ou sur les « terreurs rouges », qualificatif y désignant les Brigades rouges et la Rote Armee Fraktion, avec comme arrière-plan une cible : Cop 21, la Conférence des Nations unies sur les changements climatiques qui doit se tenir au Bourget en fin d’année (et que Pazoc qualifie de « conférence mondialiste », suivant une rhétorique chère à l’extrême droite et aux conspirationnistes).

Une publication « anti-antifa »

Sur le fond, cette publication qui compte aujourd’hui trois numéros publiés en neuf jours (!!!) et qui reprend sans vraiment les sourcer des articles parus ailleurs (par exemple dans CQFD) fait également la promotion de la théorie du complot des « chemtrails ». Plus grave, un de ses leitmotive politiques est de prôner une alliance avec l’extrême droite pour renverser l’État, et de cracher sur les militants antifascistes comme ceux de la Horde, supposés alliés d’Ardisson ou de Bayrou et en « collusion avec Valls, les profs et les préfets... » (n°2) :

« Je suis complètement déboussolé ! Je n’arrive plus à coller les autocollants anti FN de la Horde avec la momie d’Iron Maiden dessus (j’adore ce groupe, même s’ils sont un peu cons). Passé 25 ans, je n’arrive plus à me forcer à haïr les petites vieilles qui votent pour la fille du Borgne, parce que je sais que c’est faute de mieux, et je sens que je ne pourrai jamais me rallier à des gens comme Ardisson ou Bayrou, mes affinités sont de classe. [...]

J’aimerai qu’un stratège de l’antifa réponde à mes questions : à quoi sert l’antifascisme aujourd’hui ? [...] Embourgeoisement, fatigue, grand vide, je sens tout ça chez les antifas et ça me fait bien chier.

Quant au site la Horde et aux antifas anars de centre-ville, il faudrait qu’ils arrêtent la capoeira et fassent leur autocritique : tout le monde les prend pour des moniteurs de colonie de vacances ! Il faudrait qu’ils dénoncent leur collusion avec Valls, les profs et les préfets… Ou peut-être qu’ils apprennent à regarder sans haine Amélie Poulain ? Qu’ils se prolétarisent ? »

On trouve d’ailleurs des références réactionnaires et même fascistes dès l’éditorial du premier numéro de Pazoc, qui commence par une citation de Michel Houellebecq (et une de Lénine pour faire bonne mesure) et se conclut par le slogan franquiste « Viva la muerte ». Dans le même texte, les auteurs écrivent d’ailleurs : « nous avons fait un rêve : poursuivre l’entreprise djiadiste (sic) et d’une bombe rayer de la carte les dirigeants du monde libre. » D’autre part, Pazoc y assume clairement une ligne nihiliste dépolitisée et dès lors forcément ouverte à tous les vents : « nous ne nous battons pas pour une idée à venir mais pour la ruine vienne hic et nunc dans le monde. »

Cette thèse d’une alliance avec les fafs est longuement développée dans le n°2 dans article intitulé « Les fachos sont-ils black Bloc compatibles ? » ( et sous-titré « Ce que peuvent nous apporter les fachos ? »), avec en sus une longue apologie du mercenaire Gaston Besson, qui aurait conseillé les black bloc à Gènes en 2001 et qui aujourd’hui combat en Ukraine dans un bataillon commandé par des néo-nazis… Un « homme en errance, pas forcément antipathique mais assis sur des contradictions majeures », selon les rédacteurs de Pazoc. Il s’agirait selon eux de profiter de la force de l’extrême droite, nombreuse aujourd’hui, pour l’envoyer se sacrifier « contre le système ». On voit déjà de là le tableau : l’extrême droite acceptant de jouer les martyrs pour les beaux yeux de quelques révolutionnaires d’extrême gauche…

« Cependant, s’il ne s’agit que d’illégalité, pourquoi interdire à certains « fachos utiles » le droit de se griller et de se compromettre à leur tour en multipliant, par leur seule participation, les zones de suspicion et de quadrillage nécessaires ? Les laisser en dehors du coup, ne serait-ce pas une erreur et une faute, puisqu’aussi bien, nous les laisserions alors non entamés et disponibles à leur mission éternelle, celle de se transformer toujours, en fin de compte, en nervis du Capital et de la bourgeoisie apeurée.

Aussi, rien que pour échapper davantage à toute forme de répression ultérieure en azimuthant réellement l’appareil de répression, un Black Bloc qui voudra franchir les lignes ne pourra plus être limité à un milieu uniquement anarchiste ou libertaire, trop policièrement ciblé, trop connu désormais, trop retapissé par les flics... Il est donc temps d’élargir le front.

Car le réservoir à l’extrème-droite n’est pas nul.[...]

L’exemple de Gaston Besson montre que l’extrême-droite peut au moins déposer quelques spécialistes militaire en dot, dans la corbeille de mariés de l’Insurrection. […] Les nihilistes d’extrême droite peuvent former une unité d’une utilité non négligeable.

La nécessité révolutionnaire impose de distinguer les ennemis et de n’avoir pas l’orgueil suicidaire de vaincre seul. La citadelle capitalistes internationale est tellement défendue que les seuls groupes progressistes ne peuvent espérer renverser l’État. Certains réactionnaires par nostalgie s’élèvent contre la méga-machine, se priver de cette force de frappe est une faute contre l’objectif d’une dictature du prolétariat. »

S’alimentant définitivement à tous les râteliers, Pazoc réagit en ces termes aux velléités écologistes de l’Eglise catholique, dans un "Appel aux Cathos" (n°1) : « Alors, si les cathos veulent nous rejoindre, pas de problème, les curetons ! On vous veut bien avec nous, mais juste pour détruire ! et pas de sermons après, hein ? »

Est-ce un hasard aussi si l’équipe de Pazoc prend dès son premier numéro le parti de PMO contre le blog féministe et antifasciste Lacets rouges et Vernis noir, l’un des premiers à avoir dénoncé les dérives du collectif grenoblois ?

« Comme les anarchistes font de mauvais policiers, c’est bien connu, nous ne prendrons pas à notre compte le réquisitoire de Lacets rouges et Vernis... Après tout le site PMO, même arrivé en son grand nulle part idéologique, est assez essentiel pour avoir le droit d’écrire ce qui lui chante, hein ? Vous ne trouvez pas ?

Et nous qui disons ici que nous devrions lancer toutes les racailles d’extrème-droite contre le système, que va penser de nous la nana solitaire de Lacets rouges et Vernis ? Va-t-elle nous étrangler avec ses lacets rouges ou bien nous défoncer le fion avec le bout de son vernis noir italien ? »

Des discours sexistes, homophobes et racistes

On ne s’étonnera pas du coup de trouver des formulations à connotations sexistes et homophobes dans leurs écrits, par exemple cet article intitulé « Mère nature : la pute préférée de la super classe mondiale » (n°1) ou cette phrase : « Mélenchon pour ne parler que de lui, est une diva guère bonne qu’à chialer devant les caméras quand il se prend pas des fessées en cascade par Le Pen, sa fille et ses amis » (n°1). Pazoc dénonce dans l’éditorial sus-cité du n°1 les « enculeries » de la « ploutocratie occidentale », tandis que dans l’article sur les fachos qui seraient « black bloc compatibles », l’auteur compare carrément la manifestation d’extrême droite Jour de Colère à une « gay pride fasciste ». Quant au PS, il est proposé « au hasard » de le rebaptiser « le parti qui vous encule » (n°1).

Sans surprise, la publication, qui va jusqu’à prôner un assaut conjoint antifas/banlieues/Front de gauche/Daesh (sic) sur le Bourget, affiche également son mépris raciste pour les habitants des banlieues populaires (bon à « sacrifier » eux aussi ?), qualifiés en conclusion de l’article sur les black blocs et les fachos de « sauvageons islamisés ou non du 93 ».

De même, dans une longue interview de Gilda, une ex-membre des Katangais de Mai-68 présentée comme « symbole sexuel de la Révolution », il est rendu un long hommage au leader de ce groupuscule, le mercenaire Jacky qui fut son compagnon, en dépit du racisme de ce dernier, pourtant reconnu par elle : « Jacky était épouvantablement raciste… C’était un révolutionnaire c’est certain, mais il parlait très mal des africains du Katanga… En ce temps là on pouvait être maoiste guevaristes et raciste (sic), cela ne changeait rien... » (n°1) Le racisme élevé au rang de valeur révolutionnaire, il fallait oser !

Un programme néopoujadiste

Une chose est certaine : les gens qui rédigent ce journal ne sauraient être qualifiés de « camarades ». Et à bien y regarder, leur programme n’a pas grand-chose de révolutionnaire et pourrait même très bien s’accommoder du capitalisme et de l’État. D’ailleurs, ne se propose-t-il pas de « contenter le peuple  » puis de « rassurer les TPE et la bourgeoisie » ?

A côté de quelques mesures sociales, on est donc peu étonnés d’y trouver des propositions relevant plus du néopoujadisme que d’autre chose, comme la suppression du contrôle technique automobile, l’abrogation du permis à points et des radars et la restitution des permis de conduire annulés ou encore l’accession à la propriété de tous les appartements HLM. Il y est également question de nationalisation des banques, ce qui entre en contradiction avec le programme prétendument anti-État du groupuscule qui produit ce webzine.

Et à dire vrai, s’il est parfois question dans leur publication de Capital ou de capitalisme, il est encore plus souvent question d’« oligarchie », de « ploutocratie occidentale », de « pouvoir mondial », de « méga-machine » ou de « système », autant de termes qui dépolitisent la lutte contre le capitalisme.

Une manip’ solidariste ?

Heureusement, ce journal, malgré une large diffusion par mail auprès des groupes militants libertaires et de gauche radicale parisiens, n’a pour le moment été repris par aucun site hormis Mai68.org, déjà connu pour sa ligne confusionniste. En revanche, l’un de ses seuls relais sur Internet est le compte Twitter @Solidariste : un indice sur l’origine de ce webzine ? En tout cas, son contenu colle assez bien avec la ligne de ce mouvement d’extrême droite promu entre autres par Serge Ayoub.

A noter que parmi les illustrations accompagnant ces tweets, on compte des images de promotion de la revue Rébellion, éditée par l’Organisation socialiste révolutionnaire européenne (OSRE), qui est justement proche des courants solidaristes, eurasistes et nationaux-bolcheviques et dont les couleurs sont le rouge et le noir. Or, l’OSRE possède une petite section à Paris, le Cercle Rébellion Paris-Banlieue (sic), qui diffuse sa revue dans quelques librairies parisiennes dont Facta (la librairie d’extrême droite gérée par Emmanuel Ratier), L’Harmattan, L’atelier (métro Jourdain) et Un Regard moderne (ces deux dernières étant pourtant connues pour diffuser d’ordinaire des journaux proches de nos courants comme Article 11, Z ou CQFD). Certains de ses membres ont aussi été aperçus tentant de diffuser des tracts en marge de manifestations contre le Tafta, qui est l’un de ses chevaux de bataille.

Le même compte @Solidariste a également relayé Pazoc auprès du Mouvement d’Action sociale (Mas), de Casapound, de Jean-Gilles Malliarakis (@insolentfr) et, justement, de la revue Rébellion.

Pour finir sur les liens probables de Pazoc avec l’extrême droite, soulignons que l’article consacré dans son troisième numéro à la Rote Armee Fraktion (qualifiée de « terreur rouge », une terminologie là encore chère à ce courant politique) est en bonne partie recopié d’un article de Robert Steuckers, militant d’extrême droite belge formé à l’école de la Nouvelle Droite [2].


Mise à jour, 18 mai 2015
 : Last but not least, un des groupes dont Pazoc fait la promotion est Le Lys noir, qui se définit comme « anarcho-royaliste ». Voici ce que Pazoc en dit :

Quant aux identitaires et aux anarcho-royalistes du Lys Noir qui contrôleraient une partie du service d’ordre de l’Action Française, l’intérêt pour le Bourget peut exister. Rappelons que ces deux organisations, attirées par les aspects réactionnaires de la Décroissance (et même la personnalité catholique de Vincent Cheynet) se sont mis depuis plusieurs années à inscrire la frugalité et « l’écologie profonde » dans leur catalogue idéologique initié par Alain De Benoist et les arnacoroyalistes qui semblent raffoler de la chose…

A noter que le Lys noir semble en effet apprécier le journal La Décroissance (dont Vincent Cheynet est un des responsables), qu’il qualifie de « camarades » sur Facebook pour avoir assuré, sous couvert de second degré, sa promotion dans une bande dessinée parue dans son numéro de décembre dernier.

D’autre part, la revue éponyme Lys noir présente pas mal de similitudes avec Pazoc : même type de mise en page, mêmes effets sur les encarts, utilisation de la police MarkerFelt dans les deux publications, même version de Quark Xpress… Quant au contenu, on y trouve la même ligne confusionniste, avec par exemple dans le numéro ayant suivi les attentats de janvier un long article sur Guy Debord, qui aurait été « anti-immigration » [3] Le dernier numéro du Lys noir appelle à « purger la pourriture des métropoles » (sont particulièrement visés les pauvres, les immigrés, les homosexuels et les «  bobos-gauchos ») sur le modèle des Khmers rouges et de leur « Roi rouge » (sic). Du Pazoc en plus radical, en somme ?

A noter enfin que Rodolphe Crevelle, fondateur du Lys noir, a dirigé aux législatives de 2012 une liste « anti-radars », thématique qu’on retrouve là aussi dans le programme de Pazoc.

Ornella Guyet (Confusionnisme.info)

Notes

[1Les PDF sont envoyés par e-mail par l’adresse pariszondedecombat[at]gmail.com, dont le pseudonyme est Adeline Briard (hasard ou non, il s’agit du nom d’un personnage de la série policière française « Cherif », qui figure une policière). Sur Calaméo, on trouve ces revues ici (lien désactivé) : fr.calameo.com/accounts/4326112

[2L’original ici : robertsteuckers.blogspot.fr/2013/12/la-raf-allemande-une-analyse.html

[3Mise à jour du 4 juillet : un lecteur nous signale que le texte de Debord intitulé "Notes sur la question des immigrés" datant de 1985 et repris par Le Mini Lys Noir n°26 n’est aucunement falsifié. Ce texte, qui dresse les contours de ce que pourrait être un discours raciste anti-migrants d’ultra-gauche, est lisible ici Du reste, ce genre de discours, quoique minoritaire, existe tout de même.

Mots-clefs : extrême-droite | antifa
Localisation : région parisienne

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