Paris-luttes.info, déjà 5 ans ! Et maintenant ?

L’automne dernier, le site Paris-luttes.info (PLI) a soufflé ses 5 bougies. Le moment pour le collectif d’animation du site de tirer un bilan de ces 5 premières années et d’ouvrir quelques perspectives pour la suite du projet.

Un outil collaboratif coopératif au service des luttes et des idées anti-autoritaires, ancré localement.

On ne le rappellera jamais assez, Paris Luttes Info est un site coopératif, local, appartenant avant tout à ses lecteurs-rices et contributeurs-rices. En effet, contrairement à d’autres sites du paysage révolutionnaire français, il n y a pas de comité de rédaction sur Paris-Luttes.info. Le site a été conçu pour permettre la plus large expression des personnes en lutte en Ile-de-France ainsi que la diffusion des idées anticapitalistes, anti-autoritaires et révolutionnaires. Les articles publiés reflètent donc les propositions d’articles des militant.e.s locaux ou des contributeurs et contributrices ponctuel.le.s et les thématiques qui les traversent. Ces positions sont par définitions variées, parfois antagonistes.

Si certains membres de l’équipe de modération peuvent parfois être, en leur nom, les auteurs de certains textes, l’immense majorité des articles sont proposés par d’autres individus ou collectifs qui s’approprient ainsi l’outil pour faire connaître leurs luttes, leurs analyses et leurs actions. Depuis 5 ans, ce sont ainsi plus de 4000 contributeurs-rices qui sont venu.e.s proposer au moins un article sur le site. Si ce chiffre est important, on s’est néanmoins rendu compte dès les premières années que c’était un peu tout le temps les mêmes qui écrivaient. Si des progrès de ce point de vue ont tout de même été constatés depuis le lancement du site, le projet gagnerait à voir encore se diversifier ses contributeurs-rices.
Pour cela, l’ancrage géographique local est un atout important pour favoriser les rencontres et les prises de paroles de celles et ceux qui n’y sont pas habitués. C’est notamment un des objectifs qui guida le collectif de contributeurs-rices de PLI durant l’année 2017, mais ce collectif n’est malheureusement aujourd’hui plus actif... Avis aux volontaires pour le relancer !

Une audience qui dépasse largement le milieu militant

Si le nombre de visites sur le site fluctue beaucoup en fonction de l’actualité sociale, globalement l’audience de PLI n’a cessé d’augmenter au cours de ces 5 dernières années, avec un tournant important constitué par le mouvement contre la loi Travail en 2016. Voici quelques chiffres qui bien que ne permettant pas une analyse qualitative, permettent de donner une idée de l’audience générale du site :

  • 15 000 : Le nombre moyen de visiteurs uniques par jour sur le site, cette moyenne varie bien évidemment selon les périodes passant de 7-8000 par exemple au moment du creux estival jusqu’à 25-30 000 en période de mouvement social
  • 450 000 : Le nombre moyen de visites mensuelles, à pondérer également en fonction de l’actualité sociale, les mois les plus « agités » ayant vu jusqu’à 1 million de visites !
  • Près de 9000 : Le nombre d’articles publiés sur le site depuis 5 ans, soit une moyenne de près de 5 articles par jour, rédigés par plus de 4000 contributeurs-rices
  • Plus de 400 000 : le nombre de visites de l’article le plus lu depuis le lancement du site. Outre ce « buzz » et quelques autres [1] , tous les articles publiés enregistrent au minimum plusieurs centaines de visites et très souvent plusieurs milliers.
  • 15 000 : Le nombre de followers du compte twitter @Paris_luttes
  • 27 000 : Le nombre d’abonné.e.s à la page facebook Paris-luttes.info

Il est bien sûr évident (bien que cela ne soit pas la norme) que nous nous refusons à donner de l’argent à Facebook pour nous offrir des likes...

Un espace de résistance autonome face aux géants capitalistes du web et au contrôle des États.

Ces derniers chiffres concernant la présence de PLI sur les réseaux sociaux méritent une importante précision : si cette présence permet d’augmenter l’audience du site, le projet de Paris-luttes est en revanche à l’exact opposé d’une simple page ou compte twitter militant.
Le site est en effet hébergé sur un serveur autonome permettant de relativement bien préserver l’anonymat des personnes venant publier. Aucune donnée personnelle n’est demandée ni conservée, encore moins monétisée. Au sein du réseau Mutu, l’infrastructure technique tout comme l’animation des sites repose uniquement sur l’action militante.
Si jamais facebook pour une raison ou pour une autre venait à supprimer notre page, le site continuerait toujours d’exister, les articles resteraient en ligne et les contributeurs-rices pourraient toujours venir publier.
Si l’État venait un jour à bloquer l’accès au site comme il avait menacé de le faire pour indymédia Nantes, le fait de ne pas dépendre d’une entreprise intermédiaire faciliterait grandement les moyens de contourner ce blocage. Certes les réseaux sociaux peuvent parfois efficacement être utilisés dans le cadre d’un mouvement social (on le voit avec les Gilets Jaunes) ou à des fins de propagande. Mais il nous semble néanmoins fondamental dans une perspective révolutionnaire de développer nos propres espaces numériques en toute autonomie !

Des perspectives, des limites et des questions...

Ces prochains mois et années, on aimerait donc bien sûr continuer à développer l’outil, toucher encore plus de monde, s’ouvrir à d’autres acteurs-rices et publics. On tient aussi énormément au réseau Mutu : on voudrait continuer à le voir s’étendre, que de nouveaux sites se créent, que ceux qui existent déjà continuent de voir les militants locaux s’en emparer et les faire vivre, que les révolutionnaires et toutes les personnes en lutte ne privilégient pas les réseaux sociaux au détriment de ces outils autonomes... Mais devant ces objectifs se dressent un certain nombre de limites auxquelles nous faisons actuellement face.

Ces limites sont principalement humaines ; la charge de travail assumée par le collectif est en effet très importante : en moyenne 35 à 60 articles sont publiés par semaine, 120 à 220 par mois, certains doivent passer très rapidement en fonction de l’actualité. Cela nécessite donc une disponibilité et une réactivité permanente pour faire tourner le site. Cette tache nécessite pas mal d’abnégation puisqu’il s’agit de faire abstraction de ses propres positions politiques pour analyser les articles et ne tenir compte que du fait qu’ils rentrent dans le texte d’intention du site ou non.
De plus, notre collectif peine depuis quelques mois à se renouveler et à trouver des gens assez disponibles pour le faire tourner en permanence. Cela a pu se ressentir parfois dans une modération plus lente, ou moins dans le dialogue. Cela génère une certaine frustration.

Nous aimerions bien pouvoir faire beaucoup plus et beaucoup mieux mais actuellement on n’a clairement pas les forces et on a même parfois du mal à assurer pour le site un fonctionnement « normal ». La modération n’est pas toujours satisfaisante, ça nous arrive de laisser certains mails sans réponse ou de ne pas donner suite à certaines demandes de prise de contact... Ces limites nous ont mené, pour la suite, à nous poser un certain nombre de questions.

Tout d’abord comment se renouveler ? Très concrètement, comment faire venir de nouvelles personnes dans notre collectif ?
Cette question est en lien direct avec celle de notre pseudonymat : il est nécessaire pour des raisons de sécurité, et des échanges de mails ne permettent pas souvent un niveau de confiance suffisant pour réellement faire venir des gens. En effet, rien ne remplace les rencontres physiques et les discussions. Comme on reste néanmoins actifs dans les luttes et qu’on ne passe pas non plus tout notre temps derrière des écrans, un certain nombre de militant-e-s nous connaissent. Notre pseudonymat en ligne ne fait pas non plus de nous une cellule clandestine.

Une autre question qui nous traverse est celle de l’implication du collectif dans la production de contenus : CR de manif, de comparutions immédiates ou de rendez-vous militants, suivis, production d’articles, compilations de rendez-vous militants pour une journée. Est-ce vraiment la place du collectif de modération et a-t-il les forces pour cela ?

Enfin, afin d’améliorer l’outil, demeure la question de la modération : comment l’améliorer ? La rendre plus compréhensible tout en restant efficace ? Comment mieux faire tourner la modération ?
Faut-il (et comment) renouveler la formule du site ? Le modèle Indymedia a été pensé en 1999, le modèle de Paris-Luttes, calqué sur les refléxions de Rebellyon.info a désormais plus de 10 ans. Faut-il le repenser face aux changements induits par la massification de l’utilisation des réseaux sociaux ? Faut-il pouvoir aller plus vite, ou au contraire mettre l’accent sur la réflexion et l’analyse ?
Doit-on inventer de nouvelles manières de recevoir l’info des militants : plus vite, moins lourde, moins complexe dans la proposition d’articles ou d’infos ? Et dans ce cas, comment poser les gardes-fous pour garantir une info vérifiée, cohérente et émanant bien du milieu militant tout en conservant au maximum l’anonymat de la publication afin de préserver les militants contre toute forme de répréssion ?
Comment éviter le trollage par des opposants politiques (on pense notamment à l’extrême droite très active et nocive sur le net) ?
Comment s’ouvrir plus et mieux à celle.u.x pour qui l’écrit ou même la prise de parole publique est un frein mais qui pour autant militent et ont besoin de faire connaitre leurs luttes ?

Comment mieux mettre en avant la diversité de nos milieux et permettre l’échange entre nos différents groupes autour de nos luttes ? Comment mieux diffuser les idées, propositions et analyses libertaires au-delà de notre propre sphère militante ?

Nous pouvons également ajouter que toutes ces questions restent sans réponse puisque nous disposons de très peu de retours. Nous vous invitons donc à nous contacter ou à écrire un texte pour ouvrir une discussion sur ce type de pratiques !
Et parce que ces réponses ne sont pas seulement les nôtres mais aussi les vôtres, nous vous invitons à continuer à partager vos impressions, vos comptes-rendus de manifestations, d’assemblées générales, de procès, vos analyses de la situation et vos rendez-vous militants. Tous ces textes qui ouvrent des brèches dans la pensée dominante et qui affutent le regard critique que nous portons sur le monde autoritaire ! Toutes ces brèches qui nous l’espérons, deviendront un jour une grosse fissure qui fera vaciller le vieux monde !

Paris Luttes appartient aux militant-e-s locaux, aux gens en lutte, à tou-te-s celles et ceux qui veulent faire tomber cette société. Le site ne peut vivre sans leur appropriation de l’outil ! On espère continuer à grandir et à faire grandir toutes les luttes en nous renouvelant au gré des besoins de la diffusion des idées libertaires.

Note

La fête à Mutu qui se tiendra le 16 mars à la Parole Errante sera bien sûr l’occasion de célébrer (avec un peu de retard) ce cinquième anniversaire, en compagnie des autres collectifs des sites membres du réseau !

Notes

[1Par exemple cet article et celui-ci qui ont chacun enregistré autour de 350 000 visites

Mots-clefs : médias libres

À lire également...