Invitation à une inter-fac autonome

Les administrations et présidences des facs ont tout fait pour que la rentrée se passe sous le signe du retour à la normale. Grand bien leur fasse.

Les administrations et présidences des facs ont tout fait pour que la rentrée se passe sous le signe du retour à la normale. Grand bien leur fasse. Pour notre part, nous n’oublions pas les nouvelles trajectoires militantes et les alliances qui se sont nouées au cours des derniers mois.

En ce temps de rentrée, il nous semble donc nécessaire de nous retrouver et d’inventer les multiples manières de prolonger les dynamiques lancées par le - trop court - printemps 2018.

Pendant le mouvement, les structures majoritaires de coordination (CNE, CRE, et autres assemblées convoquées pour décider la date de la prochaine assemblée) réservées aux pseudo militants spécialisés, ont laissé de côté toute une part d’expérimentations collectives, de capacités d’auto-organisation, d’inventivité politique qui nous semble fondamentale. Il nous manque donc un espace de coordination inter-fac autonome ouvert à toutes et à tous. Un espace pour nous construire politiquement et collectivement, échanger sur nos pratiques, pour monter des actions en autonomie et s’organiser sur le temps long afin de ne plus être pris de court par les attaques capitalistes, libérales et autoritaires qui s’intensifient plus que jamais.

On voudrait donc tendre vers une forme d’organisation dans laquelle chacun-e puisse se sentir investie, puisse proposer des choses et en contredire d’autres. Que la lutte soit auto-gestionnaire dans ses perspectives comme dans ses pratiques. On a bon espoir de ressentir à nouveau la puissance collective d’une assemblée en refusant de sortir esseulé-e-s, affaibli-e-s et désespéré-e-s, comme c’est trop souvent le cas, d’AG procédurières et virilo-martiales.

Le mouvement de 2018 a eu pour effet d’engager celles et ceux qui y ont participé dans un processus de politisation et d’expérimentation quotidienne, en interrogeant parfois jusqu’aux dimensions les plus personnelles de nos vies. Dans le sillage de ces occupations, nos désirs révolutionnaires devraient pouvoir se diffuser partout : dans nos rapports à la bouffe, au logement, au travail, à nos relations (et au cul), à la rue, à l’argent, à la fête, à la « culture » … L’université n’est pas un îlot encore protégé dans un océan capitaliste. Tout nous concerne donc directement, et en aucun cas nos actions et nos envies devraient se borner au cadre restrictif des « questions universitaires » (ce que souhaiteraient les profs, les bureaucrates et les flics).

Bien sûr on ne pense pas que tout viendra des facs, mais on ne compte pas pour autant les « déserter ». On a bien vu que des universités occupées et ouvertes pouvaient servir de lieu d’organisation et de rencontres politiques. En revanche, nos manquements lors du dernier mouvement doivent nous pousser à une certaine modestie : l’identification à la figure abstraite de « l’étudiant-e » nous a trop souvent coupé-e-s de certaines dynamiques sociales, faisant de nous le seul sujet de notre lutte. Par exemple, dans le cadre de la mobilisation contre Parcoursup, les principaux concerné-e-s (les lycéen-e-s non-blanc-ches des filières professionnelles et technologiques, vivant dans certaines zones périurbaines) étaient dans nos discours comme dans nos lieux de vies aux abonnés absents.

Il s’agirait donc de détruire cette figure abstraite et ainsi de conjurer le risque de l’auto-marginalisation des groupes étudiants. L’idée serait d’entretenir a minima de véritables alliances avec les lycéen-n-es, et donc particulièrement celleux de banlieues et de lycées professionnels, touché-e-s de plein fouet par la sélection sociale et la disciplinarisation quotidienne, et quasiment absent-e-s de la première vague de contestation de Parcoursup (raison pour laquelle ça n’a pas entièrement pris). Avec les secteurs en luttes, certains avec lesquels des liens et des pratiques communes existent déjà et ne demandent qu’à être actualisés. Avec les exilé-e-s qui ont fait beaucoup bouger les lignes d’un militantisme étudiant traditionnel, souvent blanc, sur les questions propres aux politiques migratoires et au racisme en France et dont les occupations de facs avec leurs soutiens ont été parmi les moments les plus forts de début 2018.

Enfin, la remise en cause de la figure de « l’étudiant.e » doit nous faire prendre acte de la diversité de nos identifications et de nos trajectoires sociales ainsi que des rapports de dominations qui se déploient jusque dans nos mouvements contestataires. Organisons-nous, en tenant compte de nos différentes expériences du monde social, car ce n’est que de cette façon que nous serons à la hauteur de notre désir de foutre le feu.

Nous nous convions donc à la première assemblée interfac autonome qui aura lieu à l’EHESS au 96 bd Raspail vendredi 12 octobre à 18h30 <3

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