Arpajon (91) : des policiers tabassent Raymond Gûreme, 89 ans, tsigane rescapé des camps

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Mardi 23 septembre, Raymond Gûreme, ancien déporté, a été agressé et tabassé par la police chez lui, raconte Essonne Info :

Que s’est-il passé ce 23 septembre ? Selon les affirmations de Raymond Gûreme, l’un des policiers présents s’en serait pris à lui après un échange verbal. Il décrit comment l’agent l’aurait fait sortir de force de sa caravane, puis, passablement énervé, l’aurait roué de coups.

Les choses semblent ensuite avoir dégénéré, comme le montre une vidéo tournée par un téléphone que garde sa famille. Plusieurs de ses enfants, qui vivent au même endroit, interviennent pour le défendre. En s’opposant aux forces de police, certains ont été embarqués, et sont passés en comparution immédiate. Bilan : deux mois de prison ferme pour outrage pour l’un, quatre mois avec sursis et 110 heures de Travaux d’intérêts généraux pour l’autre.

Notons que pour EssonneInfo, les choses dégénèrent seulement après que le vieux Tzigane ait été "roué de coups" dans sa caravane.

Bien évidemment,

Le rapport de la police d’Arpajon relate « des jets de projectiles sur les policiers ». S’en sont suivies les interpellations de trois personnes, « André, Kendji et Marie-Rose Gurême ».

Raymond Gûreme a depuis porté plainte auprès de la police des polices (IGPN).

Une page Facebook a été montée en soutien. Elle relaie la vidéo de Jean-Baptiste Pellerin, l’un de ses amis, dans laquelle Raymond Gûreme explique ce qu’il a vécu.


Il était autour de 15h30. Je me reposais dans ma camping. J’ai entendu crier. Je me lève pour voir ce qui se passe. C’est alors que la porte s’ouvre. Un flic entre chez moi, la matraque en l’air. Il avait la trentaine. Je ne l’avais jamais vu sur mon terrain. Il était baraqué, les cheveux blonds coupés en brosse et avait de grandes oreilles. Je n’étais pas très réveillé, c’était comme un cauchemar. Il me repousse vers le fond de la caravane. Je lui dis "pourquoi tu viens chez moi ?" Il me répond pas. Je laisse pas tomber et le questionne encore : "t’as un mandat pour perquisitionner ?". Il me dit : "on n’en a pas besoin, on n’est pas en Amérique ici". Je lui dis : "moi non plus je suis pas en Amérique et ma caravane non plus alors sors de chez moi". Il a crié "Ferme ta gueule" plusieurs fois et puis c’est comme s’il avait pété les plombs, il a commencé à me taper dessus avec la matraque, une matraque en fer, télescopique. Ca faisait très mal et puis, comme j’ai que la peau sur les os, ça résonnait comme une grosse caisse. Il y a un policier plus âgé qui lui a crié "attention, vas-y doucement c’est un vieux !", mais le jeune flic qui s’acharnait sur moi ne l’a pas écouté et l’autre a paru avoir peur et s’est mis en retrait. J’avais très mal partout mais le pire, c’est quand il a tapé sur l’arrière de l’épaule, presque derrière le cou. Ca m’a comme paralysé. C’est à ce moment là que ça m’a fait repenser au trajet de la gare de Brétigny au camp de Linas-Montlhéry (dans l’ancienne Seine-et-Oise, aujourd’hui en Essonne) que des policiers français nous ont forcés à faire à pied à coups de matraque et de crosse quand j’avais 15 ans – le 27 novembre 1940. J’ai revu le visage de mes parents et de mes frères et soeurs frappés comme moi, sans raison, par la police française. On en a pris tellement des coups ce jour-là ! On les comptait même plus. A la fin, tu ne sens plus rien tellement la douleur est forte. Et ça recommence, 74 ans après, alors que j’ai presque 90 ans, j’ai été frappé sans raison par un policier français. [1]

Le site Dépêches Tsiganes rappelle qui est Raymond :

Son énergie et son humour vous saisissent au cœur dès le premier abord. A 89 ans, Raymond Gurême incarne la « résistance d’hier et d’aujourd’hui » selon la formule trouvée par les organisateurs du rassemblement annuel des Glières, qu’il ne manquerait pour rien au monde. Engagement, générosité, révolte contre l’injustice sont les ingrédients de sa longévité, obtenue contre vents et marées.

Dans un autre article, Isabelle Lignier, l’auteure précise que la police n’a pas l’intention d’en rester là avec Raymond et sa famille : "Depuis mardi 23 septembre, j’ai pu constater que des voitures de police passent régulièrement, au ralenti, devant chez Raymond Gurême."

Notes

[1Dans un précédent article, Maurice Rajsfus, l’un des survivants de la rafle du Vel’ d’hiv’, revenait en ces termes sur cet épisode de son histoire, de notre histoire : « il faut que cette mémoire soit constructive, et qu’on n’oublie pas que depuis, même s’il n’y plus Auschwitz au bout du voyage, il y a des hommes politiques, des gouvernements, des pouvoirs qui continuent à exclure, à marginaliser, à expulser. » Il posait également la question de la continuité des pratiques policières de Vichy à nos jours.

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