Un nouveau monde ?

Leur faire peur

Que fait le pouvoir pour se rassurer, pour assurer sa sécurité, pour protéger le cadre dans lequel il nous a enfermés, pour pérenniser sa domination, pour faire semblant de s’intéresser au sort du peuple qu’il prétend représenter ? Il construit des murs, des catégories, des divisions, des cases, des milieux.

Leur faire peur

Que fait le pouvoir pour se rassurer, pour assurer sa sécurité, pour protéger le cadre dans lequel il nous a enfermés, pour pérenniser sa domination, pour faire semblant de s’intéresser au sort du peuple qu’il prétend représenter ? Il construit des murs, des catégories, des divisions, des cases, des milieux. Il violente le quotidien des individus, il les harcèle, il fabrique des désirs virtuels, il scolarise les rapports, se fait l’éducateur de la foule béate, parfois il la gronde, d’autres fois lui passe de la pommade sous la forme comique de promesses électorales auxquelles plus personne ne croit, il subventionne des projets socio-artistico-associatifs grâce aux miettes que les évadés fiscaux ont oubliées sur la table, il crée des synergies, libère des énergies, modernise, réforme nécessairement tout ce qu’il y a à réformer pour avoir l’air d’être occupé à la chose que les électeurs lui ont confiée. Il fabrique de la haine, du ressentiment, des jalousies, des concurrences entre les secteurs professionnels, entre les travailleurs ; l’ouvrier du privé se méfie du fonctionnaire ; l’intérimaire de l’intermittent ; le jeune du vieux ; le blanc du noir, etc etc.

Le capitalisme procède à l’implantation du racisme généralisé dans les esprits en faisant la promotion perpétuelle de la frontière. Le racisme en tant qu’unique rapport possible à l’autre.
Tant qu’il y a frontière entre les gens, le marché sauvage sans frontière, libre et non faussé, est tranquille, le monde consumériste serein, l’argent coule à flot et toujours de la même poche à la poche habituelle.
Le cadre capitaliste est celui d’une forteresse imprenable.
Alors il faut la contourner. Comment ? En brisant les frontières, résolument, définitivement. C’est cela qui fait peur au pouvoir, qui fera trembler le système, qui mettra l’État dans tous ses états, qui le fera se mélanger les pinceaux dans ses mensonges, ses répressions, ses allégations, ses morales à deux sous, ses rappels à l’ordre incessants, ses travailler plus pour gagner quoi et ses mon ennemi c’est la finance. Tant de bêtise qu’on croit rêver.

Il faut leur faire peur, mais mieux encore : il faut qu’ils s’en aillent. Tous. Qu’ils nous laissent enfin échanger notre politique à nous, dans le sens le plus noble, celui de l’organisation de notre vie, notre entente, notre parcours, notre quotidien, nos affaires. Tant que nous penserons que nous n’avons pas les compétences requises pour parler de politique, la cause sera perdue. Nous avons les compétences par le simple fait que nous sommes vivants, pensants, joyeux et passionnés par notre propre chemin, un chemin qui se multiplie à chaque croisement. C’est pour cela que les puissants aux mains sales, détenteurs d’un pouvoir illégitime par le fait que son socle est le mensonge éhonté de leurs projets iniques, s’arrogent le droit de tracer nos lignes : droites, sans intersection, isolées les unes des autres, avec au bout du tunnel, quoi ? un salaire ? une cafetière tactile ? des congés payés ? ça les arrange qu’on se contente de si peu ; le système de la survie perdure ainsi, sans vague, sans cri. Mais non ! Maintenant, c’est non !

Voici l’autre alternative à ce régime dictatorial et meurtrier qui, à l’échelle de la planète, laisse crever 1 enfant de faim toutes les 5 secondes et plonge 2 milliards d’humains dans la misère la plus dégradante : ouvrir nos portes et nos fenêtres, nos yeux et nos oreilles, pour voir et écouter celui que le système nous a interdit de fréquenter, c’est à dire l’autre, le voisin, celui qui bosse dans la boîte d’à côté, celui qui cherche du boulot, celui qui voyage contraint et forcé par les mécanismes guerriers des pervers avides de pétrole ou d’uranium, celui qu’on croyait ne pas pouvoir rencontrer car trop différent. Lorsque ce n’est plus la ressemblance qui rassemble, mais la différence... ça change la musique. Si les frontières tombent, le combat est gagné.

Le pouvoir doit être remplacé par l’amitié. Le pouvoir est maudit. Fuyez-le comme la peste ! Faites entrer l’amitié dans tous les rapports : entre les peuples, entre les travailleurs, entre professeurs et élèves, entre enfants et parents, ... faites de l’amitié la seule règle de vos rapports à l’autre ; quand vos ennemis de classe seront impuissants face à la force de votre combat pour l’amitié entre les peuples, face à l’énoncé des nouvelles règles non négociables pour l’équilibre et l’égalité des Humains entre eux, et que les anciennes règles ne seront plus que les papiers gras foulés aux pieds des révoltés à l’affût, face à notre détermination pour abattre le Dieu Pognon et sa vieille maîtresse Domination, les ennemis de classe n’auront plus aucune raison d’être ennemis ni d’être de classe.

« Industriels, Prince, Sénats, Périssez ! »écrivait Rimbaud. Mais oui, il faudra bien qu’un jour, nous les accompagnions aux lavabos pour qu’ils se lavent les mains du sang des crève-la-faim, des crève-la-faim assassinés chaque seconde sur l’autel de la libre circulation des marchandises, des guerres justes, et de la bonne santé des Bourses.
Ils ont maintenant du souci à se faire.
Et nous, nous avons beaucoup de travail, beaucoup de manifestations devant nous, beaucoup de grèves, beaucoup de débats, beaucoup de rêves et d’utopies réalisables, beaucoup d’amour et d’amitiés, et c’est cela qui fait le sel de la vie : construire le nouveau monde.

Olivier B.
64 mars 0001

Mots-clefs : luttes des classes

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