Suites sans fin des manifs pour Rémi Fraisse

Cet article pose simplement une question : comment faire pour rester soudé-e-s ? Comment poser notre rapport à la justice dans le temps ? Comment « s’organiser » vraiment ?

Le 29 octobre 2014, on était quelques centaines à manifester casqué-e-s devant l’Hôtel de Ville de Paris, en hommage à Rémi Fraisse et contre les violences de l’État. La manifestation n’est pas allée très loin, en vérité elle n’a pas fait cent mètres sur la rue de Rivoli, avant d’être interceptée devant le temple de la consommation du BHV.

L’expérience de la répression policière, surtout quand elle prend la forme d’une arrestation préventive de plusieurs dizaines de personnes, est souvent vécue comme une défaite. Pour autant, le geste qui consiste à poser un rassemblement illégal sur la principale place de la capitale, prenant les formes d’une contestation radicale des violences d’État, avec casques et fumigènes, n’est pas anodin. En ces temps sécuritaire, ça ressemble plutôt à une victoire.

Suite à cette manifestation, au delà des dizaines de contrôles d’identité, près d’une trentaine de personnes ont été placées en garde-à-vue, puis trois sont passées en procès, avant d’être condamnées le 21 novembre à :

  • 4 mois avec sursis et 200 euros d’amende ferme (pour outrage, peinture au sol et refus de signalétique)
  • 1000 euros d’amende avec sursis (jet de projectiles : canettes essentiellement, et crachats)
  • 700 euros d’amende avec sursis (jets de projectile : canettes essentiellement)

La personne concernée par la première condamnation a fait appel de la décision, appel qui a été audiencé le 8 avril 2015. Personne ne l’a su. Mais suite à une demande de renvoi, l’audience en appel se tiendra finalement le 12 janvier 2016 à 13h30 à la chambre 8 pôle 2 du TGI de Paris.

On a largement le temps d’oublier...

Ces affaires qui s’étirent en longueur nous rappellent combien la solidarité est un exercice complexe, et combien le suivi des manifestations est crucial. Elles mettent en lumière aussi notre difficulté à maintenir des mobilisations sur le long terme, à garder le cap malgré les périodes de vacances et les aléas de l’actualité, mais aussi et surtout notre manque de force collective face à la machine judiciaire. Car les délais, si souvent ils nous soulagent parce qu’ils permettent de gagner du temps sur les procédures, font aussi partie de cet arsenal répressif qui se joue de nos faiblesses.

Plus les audiences viennent tard, plus on oublie, moins on a de soutien. Par conséquent, c’est ensuite aux inculpé-e-s elleux mêmes de se muer en « responsable communication » pour rappeler qu’elle/ils existent, pour « recréer l’événement » autour de leur affaire, rafraîchir les mémoires des copains et copines qui sont, fort heureusement, passé-e-s à autre chose. Or ça va quand on est libres, mais quand on est en prison, ça rend les choses plus douloureuses : dans les premiers temps, on reçoit des lettres, des ami-e-s s’occupent de nous depuis dehors, puis peu à peu on est oublié-e-s. Celleux qui pensent à nous s’interrogent : « il ou elle est sorti-e ou est encore en taule ? »

Suite à la manifestation interdite du 2 novembre (ici et ) pour Rémi Fraisse, une personne est partie en prison pour un mois, une autre a pris 8 mois de prison ferme avant de faire appel (son audience en appel a également été reportée). Où en sont-elles aujourd’hui ? Qui fait le lien entre elles et celleux qui se soucient de leur sort ?

Ces questions restent sans réponse.

Alors que l’État s’apprête à adopter sa « loi sur le renseignement », qui permettra à la police française de donner une nouvelle vie aux bonnes vieilles méthodes de la Stasi, il est plus qu’urgent de trouver des stratégies de veille antisécuritaire, qui permettraient de se tenir au courant, de rester réactif et de concrétiser notre solidarité au delà de l’actualité et de l’urgence.

On criait tou-te-s « on n’oublie pas, on ne pardonne pas », mais qui sera encore là dans un an ?

Localisation : 1er arrondissement

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