Stop au réglement Dublin !

Rassemblement devant la préfecture de police de Paris pour demander l’enregistrement immédiat par la France des demandes d’asile des exilés, ce vendredi 6 novembre. À l’appel des exilés du Lycée occupé expulsés depuis vendredi dernier.

Aujourd’hui, la priorité des exilés du lycée occupé Jean Quarré, victimes de la défaillance des pouvoirs publics qui ne fournissent pas un accueil
décent à tous les demandeurs d’asile comme aux personnes précaires en général, est celle d’un hébergement stable et convenable pour tous.

Mais un autre problème fait son apparition. Beaucoup d’exilés qui sont présents au lycée occupé sont placés par l’administration sous procédure dite « Dublin III », mécanisme basé sur le principe qu’une demande d’asile doit être examinée dans le premier pays européen dans laquelle la personne est arrivée. Les systèmes de fichages et de contrôles étant de plus en plus performant, la France essaye ainsi de renvoyer de nombreuses personnes vers ces pays et les empêche par conséquent de voir leur demande d’asile instruite en France. Ces exilés sont contraints d’attendre de nombreux mois (environ une année) avant de savoir si la France va les renvoyer vers ce pays « responsable » ou s’ils vont être autorisés à demander l’asile en France (en 2013, à Paris, sur 710 décisions Dublin, au final 7 personnes ont été renvoyées).

Après 20 ans d’application désastreuse de ce mécanisme et au moment où les États de l’Union européenne s’entendent pour « relocaliser » les exilés arrivés en Italie et en Grèce afin de « soulager » ces premiers pays d’accueil, la France continue à appliquer cette procédure inefficace, inéquitable et injuste à ceux qui sont déjà présents sur son territoire. Dès aujourd’hui, le règlement Dublin - qui a pour conséquence de laisser les personnes dans une situation d’attente interminable – ne doit plus être appliqué.
Les demandeurs d’asile doivent pouvoir déposer leur demande dans le pays de leur choix à l’intérieur de l’Union européenne.

Aujourd’hui nous demandons :
• Un hébergement immédiat et durable de tous les exilés présents au lycée, leur assurant un suivi juridique de leur demande d’asile ;
• L’enregistrement immédiat des demandes d’asile et l’annulation des procédures « Dublin » pour les habitants du lycée Jean Quarré et tous les exilés ;
• Des papiers pour résider, circuler et travailler librement.

Pour demander l’enregistrement immédiat par la France des demandes d’asile des exilés :
Rassemblement devant la préfecture de police de paris
vendredi 6 novembre à 14H
92 boulevard Ney, métro Porte de Clignancourt

Le rassemblement a été lancé par les migrants du lycée Jean Quarré et des personnes solidaires. Il est maintenant soutenu par de nombreux collectifs, syndicats et associations : Acort, APSR, Ardhis, Association IDEAL-92, Association des Marocains en France, Association des Tunisiens en France, ATMF, Centre Primo Levi, Cimade Ile de France, CISPM, CNT-éducation 75, CNT Santé Social et Collectivités Territoriales RP, CSP 75, Dom’Asile, Droits devant !!, Espace Fârâbî, Fasti, Gisti, IJAN, JRS France, LDH Fédération de Paris, Mouvement Utopia, Mrap, Solidaires Paris, Solidarité Jean Merlin, UJFP, Union syndicale Solidaires ; et Alternative libertaire, Ensemble !, NPA, Parti de Gauche)

L’appel au rassemblement était accompagné dans le numéro 2 du journal Merhaba de deux témoignages de migrants du lycée sur sur les conditions de la prise d’empreintes et le fichage dans le fichier Eurodac, et les intérêts économiques et politiques de l’Italie concernant le protocole Dublin :

Sur l’application du règlement Dublin en Italie

Beaucoup de migrants qui traversent la Méditerranée en passant par l’Italie souffrent de traitements inhumains de la part des pouvoirs italiens. En effet, il y a de la violence, la violence de la prise d’empreintes obligatoire. La plupart des migrants viennent en Italie comme un point de passage vers les autres pays européens comme la France, l’Allemagne, l’Angleterre, la Hollande, ce qui est un droit naturel pour tous les migrants mais les pouvoirs italiens les empêchent par la violence physique et la fermeture des frontières d’accéder à ces pays. Nous, nous sommes des migrants qui venons de pays en guerre et qui avons fui des pouvoirs autoritaires qui s’appuient sur de la ségrégation tribale, raciale, religieuse. Nous cherchons tout simplement un peu de liberté, de sécurité et d’humanité ici en Europe. Nous ne sommes pas vos ennemis, nous ne sommes pas des cafards, nous sommes des humains. Honte au pouvoir italien, honte à tous ceux qui ferment les frontières et surtout à l’Italie, qui utilise les réfugiés et les migrants comme de la monnaie vivante pour renflouer son PIB au lieu de s’intéresser à l’avenir de personnes qui ont subi les pires atrocités, dont les familles ont été assassinées, dont les villes ont été brûlées par les pouvoirs autoritaires.
Félicitations au royaume de Rome pour sa récolte annuelle d’émigration forcée en Occident. Nous, en tant que réfugiés, en tant que migrants, nous demandons à toutes les sortes de pouvoirs, aux Nations Unies, à la Croix Rouge internationale, et à toute autre association humanitaire et internationale, de briser les lois relatives aux prises d’empreintes en Italie et de revoir les accords de Dublin.

Les péripéties d’un migrant arrivé en Italie

À notre arrivée en Italie depuis la Libye, la police italienne nous a accueillis : on nous a fait monter dans des bus, en direction des commissariats de police. Le bus est rentré dans l’enceinte du commissariat. Ils ont fermé les portes extérieures du bâtiment et on a cru voir de nombreux policiers répartis autour du commissariat. Ils nous ont ordonné d’entrer à l’intérieur d’un bureau, un par un. On demandait à chacun de mettre sa main sur l’appareil de prise d’empreintes. Quand on se refusait à cet acte, on nous frappait avec un bâton électrique, partout sur nos corps.
Moi, je fais partie de ceux qui ont été frappés jusqu’au sang. J’ai saigné de l’oreille et cela a provoqué une déficience au niveau de l’oreille droite. Quand je suis allé voir un médecin à la Croix Rouge italienne à Rome, ils m’ont assuré que c’était une opération très délicate et qu’ils ne pouvaient pas me faire admettre dans un hôpital public, les procédures d’admission étant très complexes et très longues pour un non-italien.
Je porte encore les séquelles de ces événements au niveau de mon oreille droite, même une fois arrivé en France et jusqu’à l’heure actuelle, je souffre encore.

Plus de 500 millions d’euros ont été accordés pour la période 2014-2020 à l’Italie pour gérer le flux de migrants. Viennent s’y ajouter régulièrement des aides dites exceptionnelles et d’urgence, telle par exemple celle de 13,7 millions accordée en février 2015.
l’Italie reçoit en outre 500 euros par migrant relocalisé dans un autre pays de l’UE à partir du tri effectué dans l’un de ses centres d’enregistrement et d’identification (hotspot).

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