Retour sur l’acte VIII des Gilets jaunes à Paris

Le samedi 5 janvier 2019 a été marqué par un retour en force des Gilets jaunes à Paris, qui étaient restés relativement discrets avant le passage à la nouvelle année (plusieurs centaines de personnes en manifs sauvages le samedi 29 décembre, notamment devant les bâtiments de BFMTV et de France Télévisions, puis quelques centaines de personnes perdues au milieu des dizaines de milliers de touristes sur les Champs-Élysées le 31 décembre).

Si cet acte VIII a été marqué par le buzz autour du boxeur antiflic [1], il nous semble important de souligner que plusieurs moments, plusieurs ambiances, ont une fois de plus perturbé le rythme ronflant et marchand de ce samedi parisien. Voici donc un rappel de ces différents moments, le tout n’étant vraisemblablement pas exhaustif.

Scène 1 - Manif « déclarée » depuis les Champs Élysées jusqu’à la place de la Bourse

En fin de matinée, plusieurs centaines de personnes ont défilé calmement jusqu’à l’endroit prévu (place de la Bourse), et même plus loin, puisque la plupart des manifestant·e·s ont rejoint la place de l’Hôtel de Ville, où une autre manif de Gilets jaunes était annoncée, elle aussi « déclarée ». Bizarre cette manie de vouloir « déclarer » les manifs, ça ne nous protège en rien des violences policières, comme on le verra, et ça ne fait que donner des infos et des noms aux flics...

Au cours de cette manif du matin, on signalera divers slogans contre les médias mainstream lors du passage devant le siège de l’Agence France Presse (AFP).

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Paris, le 5 janvier 2019. LE slogan du mouvement des Gilets jaunes...

Scène 2 - Manif « déclarée » de l’Hôtel de Ville jusqu’à l’Assemblée Nationale

À partir de 14h, quelques milliers de personnes partent de l’Hôtel de Ville et traversent la Seine par l’île de la Cité (ce qui, pour une manif, est assez rare pour être signalé !). Arrivée dans le Ve arrondissement, la manif traverse tout le VIe sur les quais, puis le VIIe via le quai Voltaire puis le quai Anatole France. Quelques tags égayent le parcours ici et là.

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Bizarrement, la manif « déclarée » est bloquée par la police sur son trajet prévu. Juste à côté du Musée d’Orsay et du Palais de la Légion d’Honneur (beuark !), des policiers anti-émeute empêchent les manifestant·e·s de passer. Ça pousse un peu, et très vite, ça balance des grenades lacrymo dans tous les sens. Des gens se font tabasser par les flics, les esprits s’échauffent de plus en plus, des pierres volent sur les robocops, avec les lacrymos qui envahissent jusqu’au parvis du Musée d’Orsay, ça court dans tous les sens. Un aveugle en gilet jaune essaye de sortir des gaz lacrymogènes, un autre en fauteuil équipé d’un masque de protection ne lâche pas l’affaire, une femme au sol est frappée par un flic anti-émeute... de bien belles scènes pour « notre police républicaine » ! Alors de nombreux manifestant·e·s repoussent plusieurs flics anti-émeute sur la passerelle Léopold-Sédar-Senghor, le tout au milieu des gaz lacrymogènes. C’est là que l’épisode « boxeur » a lieu.

À cet endroit, les tirs de flashball et de grenades lacrymogènes se succèdent à un bon rythme. Les palets de lacrymo volent par dizaines, par centaines peut-être. En contrebas, une péniche prend feu, probablement à cause d’une grenade lacrymo mal envoyée par les flics (bon, c’est pas comme si on pouvait « bien » envoyer une grenade lacrymogène, ces grenades ne devraient tout simplement pas exister).

Au moins deux personnes sont salement blessées à la tête par des tirs de flashball. Au fur et à mesure, les gens refluent, et surtout, partent en manifs sauvages...

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Scène 3 - Manifs sauvages à travers le VIIe arrondissement

Au moins deux manifs sauvages sont parties du point d’affrontement de la fin de la manif précédente. Une d’entre elles a été particlulièrement animée. Une autre un peu moins. Il est bien possible qu’il y ait eu d’autres petits cortèges spontanés...

La plus marquante des manifs sauvages de l’après-midi est celle qui est passée par le boulevard Saint-Germain, où tout ce qui passait était transformé en barricades, parfois mis à feu (voitures, motos, scooters, poubelles, barrières Vauban, etc.).

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Lors de cette manif sauvage, un chariot élévateur a été emprunté pour la cause : c’est avec ce véhicule inhabituel qu’un Gilet jaune a défoncé la porte d’entrée du ministère chargé des relations avec le Parlement, rue de Grenelle. Dans la cour, au moins un véhicule a été dégradé, et dans la panique, le porte-parole du gouvernement, Benjamin Griveaux, qui se trouvait là, a dû être évacué du ministère [2]. Pourtant, personne n’est entré dans les bâtiments du Ministère. Mais quelque chose nous dit qu’ils ont raison d’avoir peur. Il y a dans l’air comme un parfum léger de 1789...

Le même chariot élévateur a d’ailleurs servi à détruire les vitrines d’au moins trois banques !

L’autre manif sauvage a pris un parcours légèrement différent, également à travers le VIIe arrondissement, se terminant sur le parc du Champ de Mars, après avoir semé sur son passage bon nombre de barricades également, parfois enflammées, ainsi que quelques tags (la totalité des graffitis aperçus ce jour-là avaient clairement une tonalité anarchiste, donc on ne devait pas être si peu nombreu·ses...).

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Scène 4 - Y a toujours du monde sur les Champs

En fin d’après-midi, à la tombée de la nuit, une sorte de manif sauvage réunissant quelques centaines de personnes avance assez calmement sur l’avenue des Champs-Élysées. Ça se masse en haut, face à l’Arc de Triomphe, protégé par tout un tas de flics anti-émeute, épaulés sur les côtés par des bandes assez effrayantes de bacqueux casqués (on notera la généralisation du masque chez les flics, bacqueux comme CRS, ce qui est une habitude assez récente qui donne un air de milice dictatoriale à cette bonne vieille police républicaine...).

Une barricade est mise en place et enflammée entre les manifestant·e·s et les flics, qui chargent à plusieurs reprises et noient de lacrymo le haut des Champs, dans l’objectif de disperser la foule, mais dans un premier temps ça ne fonctionne pas du tout, ça excite plutôt les manifestant·e·s qu’autre chose. Des gens affluent d’ailleurs de plus en plus, on commence à reconnaître de plus en plus de bouts de têtes.

Après quelques dizaines de minutes et plusieurs autres charges, le haut des Champs se vide peu à peu. Des petits groupes se retrouvent dans différentes rues adjacentes, d’autres se dispersent.

Scène 5 - C’est le feu rue Balzac, et ça repart en manif sauvage !

Dans la rue Balzac, tandis que ça continue de fritter sur les Champs, environ une centaine de personnes se retrouvent là pour échapper aux keufs et aux lacrymos. Des tags sont inscrits sur les murs, une Merco blanche rutilante se fait défoncer, puis incendier, ainsi qu’un scooter (deux autres voitures flamberont, a priori par contagion). C’est l’heure de partir en manif sauvage, sur des coins bien connus lors du mois de décembre : avenue de Friedland et boulevard Haussmann.

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La manif sauvage est très énergique, le pas est rapide, il n’y a pas trop le temps de s’attaquer à d’éventuelles cibles alentours. Pourtant, des panneaux de pub sont détournés ou brisés, ainsi que des abribus. Quelques poubelles et véhicules sont incendiés, notamment des « City-scooters ». Et bien sûr, des barricades sont placées sur la route pour ralentir les flics qui arrivent derrière.

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Sur le boulevard Haussmann, des véhicules de police, sirènes hurlantes, arrivent d’un coup depuis une rue sur la droite, et face au cortège. C’est chaud ! Et c’est l’heure de la dispersion. Les bacqueux entrent en piste, jouent du flashball et tentent d’interpeller ou de disperser les manifestant·e·s. Dans les rues du quartier, des poubelles et des véhicules crament ici et là tandis que le bruit des flashballs et des grenades résonne...

Vivement l’acte IX !

Ubik et Rubik

Notes

[1Voir par exemple les articles publiés sur le site de France Info puis d’Europe 1, et cette réflexion sur la violence sur Paris-Luttes.

[2Sa réaction au micro de BFMTV est d’ailleurs hilarante.

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