Répression au lycée Louis Armand (Paris 15e)

Après deux jours de blocus, une quinzaine d’élèves du lycée ont passé le week-end du 4 et 5 mars au poste... pour rien pour la plupart. Quelques uns ont été jugés, d’autres attendent leur procès... Et pour les flics qui ont gazé les passants, insulté les gamins, matraqué à tour de bras, c’est pour quand ? Pendant ce temps-là, l’administration applique la double-peine...

Drame en deux actes

« Hier c’était chaud madame », ils m’ont tout raconté vendredi 3 mars au matin. La circulation était bloquée - par la police, les élèves ont balancé des bouteilles et cramé des poubelles et des matelas sur la grille... « C’est normal qu’ils paient » concluent certains collègues du lycée Louis Armand, lycée polyvalent, de niveau faible, honni par les voisins aisés de la rue Lecourbe qui trouvent vulgaire et déplaisant cette foule bigarrée et joyeusement bruyante dans leur quartier. Un blocage de lycée finalement assez classique, pas de blessé, pas de gros dégât, on aurait pu en rester là.

Mais grâce à une caméra située en face du lycée, le commissariat a repéré quelques "têtes". Et vendredi matin, alors que Stéphanie, Maël (prénoms changés) et quelques autres installent des matelas devant le lycée, tout va très vite : la police arrive et tape sans sommation. Un flic crâne rasé, une bombe lacrymo dans les mains, arrose tous ceux qui passent à sa portée. Les profs venus calmer le jeu se voit menacer de flashball à hauteur des yeux. « Monsieur, vous pouvez arrêter la lacrymo » se permet un jeune en baggy : « je te parlerai quand tu auras retiré ta jupe » lui répond l’abruti en uniforme, tandis qu’une gamine asthmatique est emmenée aux urgences. Ulysse, bon élève, calme, plutôt timide, de bonne réputation, n’y tient plus : il plaque au sol le gazeur en chef, pour arrêter le carnage. Il attend la date de son procès. Au commissariat, il paiera cher son acte de bravoure : étranglé et cogné devant ses camarades (mais loin de la caméra)...

Le rôle éducatif de la direction

Pendant ce temps-là, dans les couloirs repeints de l’administration, le proviseur, qui a porté plainte, aide les forces de l’ordre à identifier les élèves repérés la veille. Des élèves sont convoqués, dont Ulysse ; il s’apprête à se rendre au commissariat lorsqu’un flic lui tombe dessus et l’embarque.

Au retour du week-end au poste, Stéphanie et Maël, après plus de 60h de garde à vue, sont appelés par le proviseur qui leur signifie qu’ils vont subir un conseil de discipline en plus de leur procès, pour les même causes. On a bien tenté de lui faire valoir l’illégalité d’une telle mesure, il n’en démord pas. Ces gamins vont donc peut-être avoir droit à une exclusion (qu’on espère temporaire), en plus de leur peine à venir, par caprice de la direction...

On manquait de gardés à vue, alors...

En fin de matinée, le mouvement est terminé, les élèves les plus motivés sont au poste. Quelques uns sont retournés en cours, d’autres rentrent chez eux ou traînent sur le parvis. Le crâne rasé (visiblement une super star du commissariat du 15e) chope un jeune noir totalement étranger au mouvement, en disant « tu fais moins le malin maintenant ». Une petite dizaine de gosses (assez peu de blonds) seront embarqués comme ça, sans raison, et passeront entre 30 et 40h en garde à vue. Bon week-end les enfants.

Et maintenant...

À ce jour, Stéphanie attend son jugement pour "tentative d’incendie volontaire d’un établissement public" et "rassemblement armé" (ils avaient des briquets). Elle est mineure et n’a pas d’avocat. Maël et Sylvain (accusé d’outrage) ont trouvé un défenseur. Youssef (outrage aussi) a été condamné en comparution immédiate à une amende et des TIG ; il a juste 18 ans et passe son bac dans quelques mois. Quand à Ulysse le héros, il hésite à porter plainte pour les coups reçus, il a un peu peur. D’autres élèves n’ont pas osé se manifester auprès des enseignants, craignant une répression ou sentant bien l’inutilité de toute riposte, déjà blasés.

Difficile de mobiliser les enseignants du lycée, encore convaincus qu’on doit répondre à la violence policière en tendant l’autre joue. Quelques uns se bougent tout de même, proposent leurs témoignages, mobilisent les élèves, tentent de les soutenir et de les conseiller. On manque de juristes, de témoins extérieurs au lycée, de conseils. N’hésitez pas à prendre contact.

Une prof.

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