Réouverture de la Santé : réflexions ouvertes sur un lieu fermé

Quelques réflexions de militantEs anticarcéraux sur la réouverture de la prison de la Santé et le discours politique et médiatique qui l’accompagne.

Si vous êtes un·e habitant·e du quartier Saint-Jacques à Paris, la réouverture de la prison de la Santé ne vous a sans doute pas échappée. Le 12 janvier dernier, place de l’Ile de Sein, à proximité de la prison se tenait un rassemblement d’une centaine de personnes protestant contre sa remise en service et contre tous les lieux d’enfermement. Pourquoi s’opposer à cette réouverture et, a fortiori, à l’emprisonnement lui-même ? Avec ce livret, nous espérons apporter quelques éléments à cette réflexion et soulever les questions que posent la rénovation de la Santé, sa réouverture et le discours qui l’accompagne.

Livret réouverture de la Santé

Actuellement, les projets de construction de prisons vont bon train : le gouvernement vient de faire voter à l’Assemblée Nationale un budget de 625 millions d’euros pour la construction de nouvelles places de prison qui, selon l’objectif annoncé, devraient atteindre le nombre de 7000 d’ici à 2022. Dans ce contexte, nous ne pouvons ni ne devons faire l’économie d’une réflexion approfondie - que ce soit ou non en tant que riverain·es - sur ce que signifie la réouverture de la Santé aujourd’hui. Nous nous devons de nous interroger sur la “qualité” de symbole qu’on lui prête, sur la façon dont elle est mythifiée et romantisée dans les discours alors même qu’il s’agit avant tout - et peut-être uniquement - d’un lieu d’enfermement. Passé le vernis du roman historique, on en arrive à questionner ce que signifie la modernisation de la Santé, l’économie qui la sous-tend, la surveillance qui en est la règle et les efforts déployés pour la faire entrer dans le giron du patrimoine culturel parisien, voire français.

La construction de places de prison supplémentaires n’est pas une réponse efficace à la surpopulation carcérale comme l’a montré le temps : les chiffres montrent que plus on construit, plus on incarcère, à taux de criminalité stable voire diminuant. Il est donc plus que nécessaire de s’interroger sur les logiques qui président au discours favorable qui entoure actuellement le développement des prisons et leurs rénovations, quand bien même elles seraient porteuses d’une supposée modernité. Les effets dévastateurs du système carcéral sont quasiment absents du débat public, il est urgent de les placer au centre de nos réflexions.

Mots-clefs : anti-carcéral | prison

À lire également...