Récit de plusieurs occupants du lycée Victor Hugo

Des lycéens d’Île-de-France ont occupé le lycée Victor Hugo le 17 mai au soir avant de se faire déloger par une cinquantaine de CRS. Une occupation contre Parcoursup et la loi ORE, une occupation qui se veut en soutien aux autres secteurs mobilisés.

Ce jeudi 17 mai, des lycéen.ne.s et étudiant.e.s se sont donné rendez-vous à partir de 17h30 aux abords du lycée Victor Hugo situé dans le 3e arrondissement de Paris. Entre 60 et 80 lycéen.ne.s se réunissent et forment alors un cortège plein d’envies et de désirs. Certain.e.s sont venu.e.s avec de la nourriture et des boissons, d’autres avec des bombes de peinture, feutres, ou tout ce qui pourrait servir à réanimer le lycée, à lui redonner de la vie… C’est sous un soleil qui réchauffe nos cœurs qu’on se dit ensemble qu’aujourd’hui tout est possible, que tout est à faire.

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Ainsi lorsque le signal est donné une cinquantaine de lycéen.ne.s pénètrent dans l’enceinte du lycée. L’administration du lycée semble dans la panique totale ; devant la vigoureuse masse qui avance, elle ne peut que nous laisser faire. L’effervescence se dirige vers le troisième et quatrième étage où nous nous saisissons de nos tables marquées par l’ennui d’un système scolaire archaïque. Ces tables accompagnées de matelas, de chaises, et d’objets superflus nous permettent d’élever une dizaine de barricades. Tout le monde participe, les lycéen.ne.s forment alors des chaînes dans les couloirs, se passant les divers matériaux : ça chante, ça court, ça monte et ça descend, ça crie de joie.

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Puis l’euphorie redescend lorsque nous avons l’agréable visite du rectorat et de ses suiveurs vers 18h, se présentant un à un face à nos barricades en indiquant leurs noms et leurs fonctions. Évidemment, nous ne sommes pas dans une logique de négociation, nous les avons tout de même reçus deux heures plus tard afin de leur annoncer : « Oui messieurs les conseillers du recteur, l’occupation est illimitée ».

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L’ensemble des occupants se retrouve ensuite dans le G3, gymnase devenu le cœur de l’occupation. Des chaises sont installées en cercle pour tenir une assemblée générale où nous revenons sur le fait que cette occupation lycéenne s’inscrit dans une lutte contre Parcoursup, la loi ORE et toutes les réformes du gouvernement qui oppressent une partie de la population. Nous rédigeons par la suite un communiqué où nous réaffirmons notre soutien à tous les secteurs en lutte. Parallèlement de nombreux.ses lycéen.ne.s distribuent à boire et à manger, tandis que d’autres de manière spontanée écrivent des slogans, dessinent des caricatures, déploient des banderoles, débattent calmement ou rient aux éclats, chantent, dansent. À travers cette occupation, nous nous réapproprions notre espace d’étude quotidien, espace où les lycéen.ne.s se rencontrent, se croisent, travaillent mais où l’aiguisement d’un point de vue critique sur le monde qui nous entoure n’a pas sa place.

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À partir de 20h nous sommes mis au courant que l’administration n’a plus aucun pouvoir sur l’établissement et que le ministère de l’intérieur et la préfecture décident maintenant de la suite des événements. Très vite, des lycéen.nes situé.E.s à l’extérieur nous préviennent de la venue de 25 camions de CRS en direction du lycée occupé. Le mot d’ordre est clair : fini les discussions, place à la riposte ! Nous nous mettons alors tou.te.s en action afin de défendre cette occupation - toute fraîche mais si belle, de défendre nos idées, ce pour quoi nous luttons, ce qui nous a poussé à agir aujourd’hui. Les couloirs deviennent des no man’s land, les portes et escaliers sont entièrement bloqués. Puis à 21h45 une cinquantaine de CRS envahissent le lycée, en prenant la cour, les escaliers et les différents étages. Face à nos barricades, plus de 30 minutes leur sont nécessaires. Ils ne se contentent pas de les démonter, ils détruisent tables, chaises, ventilateur et portes. Nous sentons que le moment est venu, nous entrevoyons alors des casques, boucliers, matraques tandis que, sous des chants révolutionnaires, nous nous mettons en chaîne. L’ordre est donné : « Dégagez-les ! ». Un à un, nous nous faisons déloger, certain.e.s, résistants, sont menacé.e.s, traîné.e.s, étranglé.e.s.

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Certes nous nous sommes fait évacuer au bout de 5h, mais nous sommes tous déterminés à poursuivre cet élan tant ce qui est né aujourd’hui était fort et intense : nous avons tissé des liens entre nous, des liens qu’ils ne pourront pas détruire, nous avons fait des rencontres, appris à mieux nous connaître, à mieux nous organiser, à résister, à refuser l’ordre établi. Que ces initiatives se multiplient, que les occupations fleurissent, que les masses s’organisent face aux politiques ultra-libérales et face à la violence du système capitaliste.

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