Récit à plusieurs voix d’une semaine de mobilisation lycéenne

Contre les expulsions de sans-papiers, des participants aux manifs parisiennes des lundi 4, mardi 5 et jeudi 7 novembre racontent ce qu’ils y ont vécu...

Lundi 4 novembre

Après les premières manifs des 17, 18 et 19 octobre [1], on pouvait craindre que les deux semaines de vacances tueraient le mouvement lycéen... Mais non !

Une manif était appelée [2] dès le lundi de rentrée, à 11h, place de la République. Les flics étaient en nombre et ont assez rapidement encerclé le groupe de quelques centaines de lycéen-ne-s prêt-e-s à partir en manif.

Bizarrement, les flics ont resseré la nasse pour pousser les manifestant-e-s rassemblé-e-s dans le métro... Une partie des manifestant-e-s a dès lors été « perdue », mais la plupart ont pris la ligne 9 en direction de Mairie de Montreuil. Le voyage a été enthousiaste et fort animé, avec slogans criés dans les couloirs et les rames de métro (« Première, deuxième, troisième générations, nous sommes tous des enfants d’immigrés », « Qui ne saute pas ne soutient pas ! » avec tout le monde qui saute dans le métro... impressionnant !). Des affiches publicitaires sont arrachées, des autocollants collés un peu partout.

Dans le métro, ça aurait été plus malin d’aller « loin », de sortir au moins après Nation, pour que les nombreux fourgons de flics présents autour de la place de la République n’aient pas le temps de nous rejoindre, mais allez savoir pourquoi, nous sommes sorti-e-s au métro Charonne, c’est-à-dire sur le boulevard Voltaire, véritable ligne droite depuis la place de la République. Vu que des flics en civil nous « accompagnaient » dans le métro, il était à peu près évident que les fourgons de flics essairaient de suivre par la route en suivant les indications de leurs collègues... Tout le monde s’est bien aperçu de ça à la sortie du métro, on a à peine eu le temps de sortir qu’un tas de gendarmes mobiles excités nous encerclaient à nouveau.

Le nombre de manifestant-e-s avait vraiment fondu, il ne restait qu’environ une centaine de personnes, mais toujours déterminées. Les flics nous ont contenu-e-s sur un trottoir du boulevard Voltaire et la manifestation a continué ainsi, sur le trottoir et encerclée par les gendarmes mobiles, escortée et suivie par une quinzaine de fourgons... Les slogans ont tout de même repris, quelques percées ont été tentées en vain, et tout cela s’est terminé place de la Nation, « dans le calme ».

Un tract a été distribué : « Finissons-en ».

Plusieurs lycées de Paris et de banlieue ont été bloqués dès la matinée.

Mardi 5 novembre

Alors que plusieurs lycées ont une nouvelle fois été bloqués dès le matin, les appels à manifestation se sont faits sur fond de récupération par la FIDL (Fédération indépendante et démocratique lycéenne). Alors qu’un premier appel à mainfester place de la Bastille à 12h, la FIDL a suivi les directives de la Préfecture de Police en appelant à manifester à 13h place de la République, tandis que des lycéen-ne-s indépendant-e-s (« contre les frontières, pour la liberté ») appelaient, dégoûté-e-s, à partir en manif depuis la place de la Nation dès 11h30. Cette confusion, ajoutée à la pluie qui n’a cessé de tomber, n’a pas vraiment aidé à passer une journée enthousiaste et offensive.

De plus, il y avait des flics de partout, des CRS et des flics en civil en très grand nombre. Sans même parler des lycéen-ne-s et autres pseudo gros bras des organisations « de gauche », tou-te-s muni-e-s de brassards de couleur rouge ou orange pour « assurer la sécurité »...

Malgré ce triste et imposant décor, quelques slogans énergiques étaient lancés entre la place de la République et la place de la Nation, la foule se comptant en centaines de personnes (environ 500 ?), avec bien sûr beaucoup de lycéen-ne-s, mais aussi pas mal d’adultes, dont un cortège de la CSP75 (Coordination 75 des Sans-Papiers) qui distribuait un texte intitulé « Nous, les sans-papiers, accusons ». Si la plupart des lycéen-ne-s présent-e-s étaient donc « indépendant-e-s », on pouvait remarquer la présence de la FIDL et des étudiant-e-s de l’UNEF (avec leurs autocollants habituels), de divers groupuscules marxistes et leurs éternels tracts, mais aussi des drapeaux noirs anarchistes.

À noter parmi les tracts distribués un étonnant roman-photo, intitulé « L’hiver sera chaud ».

Ces derniers jours, des collages d’affiches et des graffiti appelant à la grève, au blocage et au sabotage ont été faits sur et autour de plusieurs lycées parisiens. Il faudra sûrement encore plus d’agit-prop’ pour que le mouvement lycéen contre les expulsions de sans-papiers se maintienne et se développe encore...

Ailleurs, il semble qu’une chouette petite manif ait eu lieu à Rennes.

Mercredi 6 novembre

Un véhicule de la Croix-Rouge a été cramé dans le XXe arrondissement, contre « la machine à expulser » et en « solidarité avec les lycéen-ne-s en lutte contre TOUTES les expulsions ».

Jeudi 7 novembre

Troisième manif de la semaine !

Entre 11 heures et midi, nous sommes quelques centaines à nous retrouver sur la toute nouvelle place de la République (place tellement bien pensée qu’un attroupement n’entrave qu’à peine la marche de la ville, tout continue de rouler). Depuis la rentrée, le pouvoir souhaite tellement fort la fin de ce mouvement, que partout dans les médias, on ne cesse d’entendre, comme pour persuader tout le monde, que ça y est, les lycéens lâchent l’affaire. Ce matin donc, silence sur les blocages, silence sur cette manif.
Peut être bien qu’on aurait pu espérer être plus nombreux, mais les gens présents ont l’air motivé.

Le cortège s’élance sur le boulevard Voltaire en direction de Nation. Ca gueule, ça chante, ça s’agite, ça distribue quelques tracts. L’énergie semble présente, mais on se sent un peu à l’étroit ici. Les nombreux CRS se tiennent un peu à l’écart, mais des dizaines de flics en civil, bacqueux, et RGs nous suivent de chaque côté sur les trottoirs. Ils sont nombreux, visibles, et pas inquiétés. En tête de manif, des espèces de chefs autoproclamés ont constitué un service d’ordre qui contient la manif, lui dit d’avancer, de rester dans ses rangs, de pas dépasser, de bien se tenir. Quelques lycéens prennent même l’allure de flics : le talkie accroché à la ceinture, l’air fier et important, ils discutent avec des RG de la gestion de la manif. D’autres se font briefer par un vieux syndicaliste, qui d’un ton paternaliste donne des ordres sur comment faire, et désigne les méchants fouteurs de merde, de qui il faut se méfier.

Heureusement, en arrivant sur la place de la Nation, le service d’ordre se fait déborder.
Certains ont imaginé quitter le piège policier pour partir en action. L’idée semble excellente, mais manque de préparation et de discrétion. Très vite, les flics entendent qu’un blocage se prépare à gare du Lyon et s’organisent en conséquence ; tandis que bon nombre de lycéens restent à Nation sans avoir bien compris ce qu’il se passait.
À gare de Lyon, la centaine de lycéens est très vite encerclée et contenue par des CRS et des flics en civil, qui les escortent jusqu’au métro et les relâchent au compte-goutte. Pour autant, la situation dure longtemps, et crée un gros bordel dans la gare. Les manifestants sont motivés, ils gueulent, et provoquent les flics. De nombreux passants s’arrêtent pour observer, certains se solidarisent.

Que ce soit à la manif, ou au blocage de la gare, les flics ont tout fait pour contenir les débordements, et ils y sont en partie parvenus. Mais ce n’est pas sûr qu’ils aient brisé la motivation et la détermination des manifestants. Il nous reste maintenant à trouver comment être plus imaginatifs et plus réactifs.

Parmi les tracts diffés, il y avait le Quizz « Vanille, chocolat ou cocktail ? ».

(Un autre récit de la journée se trouve sur Paris-Luttes.Info.)

Rendez-vous la semaine prochaine !

Notes

[1Plus d’infos sur Indymedia-Paris ici et , ainsi que sur le blog Sans papiers ni frontières et sur Paris-Luttes.Info pour les quelques mots en post-scriptum concernant la manif du samedi 19.

[2Voir des appels sur Indymedia-Paris et Regard Noir.

Localisation : Paris

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