Pour les lycéens du 93, un Grand Débat sous surveillance

Les élèves mobilisés contre la Réforme du Lycée et ParcourSup du lycée Mozart du Blanc-Mesnil (Seine-Saint-Denis) ont pu organiser, après plusieurs demandes, un débat sur les réformes à venir, entre élèves, profs et parents. Surprise, la direction a convié 3 « spécialistes de la question » (et deux d’entre elles étaient en charge de la mise en place des réformes)... le gouvernement aurait-il peur des lycéens qui s’organisent ?

Communiqué des lycéennes et lycéens mobilisés du lycée Mozart

En ce mardi 15 janvier, le Mouvement Lycéen a organisé une réunion portant sur les réformes assez floues du lycée. Les élèves, les parents d’élèves ainsi que les professeurs y étaient conviés, des membres de l’académie chargés de la mise en place de ces dites réformes étaient également présents, soit une directrice académique adjointe de notre département, une proviseure du groupe d’appui départemental des établissements pour
la mise en place de la réforme et une inspectrice IEN. Leur présence n’étant pas prévue, la direction du débat a été modifiée : nous avions la possibilité d’avoir des réponses de la part de l’Académie.

Nous avons d’abord appuyé sur la méconnaissance du contenu de ce "nouveau bac 2021" dont les premières épreuves auront lieu en janvier 2020, soit dans tout juste un an.
Les professeurs ne savent pas comment préparer leurs élèves, comment nous préparer, alors comment compter sur une "meilleure réussite" ? Un bac dont les épreuves ne seront plus nationales mais dont des "séries d’épreuves ponctuelles" (combien d’épreuves ? À quel moment de l’année ?), correspondant à 30% de la note, seront locales, avec des sujets choisis dans une banque de données, mais choisis selon l’envie des enseignants locaux : on ne peut donc pas nous affirmer que le bac ne deviendra pas un bac, signé 93 dans notre cas, et qu’il sera toujours égalitaire.
De plus, 10% de la note seront basés sur les bulletins trimestriels, ce qui ne laisse pas de marge d’erreur, pas de marge de progression possible, "l’erreur est la condition même de l’apprentissage" : faire prendre des points de retard à un élève qui a des difficultés ou en pleine progression ne l’avantage pas, loin de là, comme on veut nous le faire croire.
La question de "l’oral final" se pose également : en quoi consiste-t-il concrètement ? Il est basé sur une ou deux matières de spécialité, mais comment le préparer correctement quand nous ne connaissons pas encore le contenu de ces spécialités mêmes ?

Les spécialités sont au coeur des débats : les spécialités proposées sont-elles garanties ? Sous quels critères y sommes-nous admis ? Comment choisir une spécialité dont nous n’avons que le titre, et rien de son contenu ?
Par ailleurs, ces spécialités laisseront peu de choix dans les études supérieures, malgré que l’on nous a soutenu le contraire : on nous a dit qu’avec des spécialités comme géopolitique et mathématiques, on pourrait faire des études de médecine. Comment ?
Mis à part, une "solution" évoquée telle que la mise en place de modules supplémentaires pour remettre à niveau les élèves dans les disciplines nécessaires. On déplore déjà actuellement des emplois du temps trop chargés, et très compliqués à mettre en place. Comment organiser de telles choses avec, de surcroît, 2.600 postes de
professeurs supprimés dans le secondaire ?

Nous avions beaucoup de questions, et nous en conservons tout autant. Ces réformes sont précipitées et très floues à tous les niveaux : comment ce nouveau modèle pourrait-il être mieux que celui actuel déjà critiquable ?
Le Mouvement Lycéen du lycée Mozart, qui vous invite à les rejoindre.

Le lycée Mozart expérimente « Le Grand Débat »

Communiqué de l’assemblée générale du lycée (profs)

Les lycéens mobilisés contre la Réforme du Lycée et Parcoursup avaient demandé à plusieurs reprises l’autorisation d’organiser une réunion rassemblant élèves, professeurs et parents d’élèves afin d’échanger sur ces questions qui nous préoccupent tous. Leur détermination a contraint la direction à leur accorder ce temps de réunion le mardi 15 janvier de 18h à 20h.

Cependant, le jour même, la direction a convoqué certains élèves organisateurs afin de leur signifier qu’elle avait pris la décision d’écourter cette réunion (fin à 19h30) et d’inviter 3 « personnes qualifiées » afin d’assurer la « neutralité » des débats et la « pluralité » des opinions. Ces trois personnes étaient la directrice académique adjointe chargée de l’application de la réforme, une proviseure membre du « groupe d’appui départemental des établissements pour la mise en place de la réforme » et une inspectrice (dont nous ne savons rien car elle n’a pas du tout pris la parole durant la réunion). Dans ces conditions, la réunion souhaitée par les élèves n’a pu avoir lieu : qu’en est-il du droit des élèves de se réunir et d’échanger selon les modalités qu’ils souhaitent ?

Dans les faits, cette réunion ainsi transformée a permis à tous de poser à ces « personnes qualifiées » les questions auxquelles elles sont censées pouvoir répondre. Celles-ci portaient sur la mise en œuvre de la réforme : par exemple, un rattrapage est-il toujours prévu pour les élèves ayant raté leur bac en un premier temps ? La liste des spécialités prévues pour le lycée Mozart est-elle définitive ? Si celle-ci est validée pour l’année 2019, des spécialités peuvent-elles disparaître d’année en année ? Une spécialité pourra-t-elle être ouverte même si peu d’élèves sont inscrits ? Les élèves de seconde auront-ils l’assurance d’obtenir les spécialités qu’ils ont choisies ? Y a-t-il un nombre d’élèves maximum prévu pour les cours de tronc commun et de spécialité ? Quelles sont les épreuves et les exercices prévus pour le nouveau bac qui commence en janvier 2020 auxquels seront soumis nos élèves actuellement en seconde ? Y aura-t-il toujours des classes c’est-à-dire des groupes d’élèves déterminés pouvant être encadrés par un professeur principal ? Des dédoublements sont-ils prévus pour certains enseignements ? Ce bac en contrôle continu ne met-il pas davantage en péril les élèves en difficulté qui ont besoin de temps pour progresser ? Ce nouveau bac obtenu sur la base d’épreuves organisées et évaluées localement ne risque-t-il pas d’être valorisé différemment selon les territoires et donc d’accroître les inégalités territoriales ? Comment choisir ses spécialités alors que les attendus sur Parcoursup ne sont pas connus et que l’offre des enseignements est réduite en terminale ? Pourquoi cette réforme est-elle mise en œuvre avec une telle précipitation faisant le risque à une génération d’élèves de voir leur avenir sacrifié (génération 2003) ?

Ces questions ont obtenu très peu de réponses, les « personnes qualifiées » les ayant globalement qualifiées de « questions pièges » et refusant même de « répondre par oui ou par non » aux questions les plus concrètes et estimant que « ce n’était pas le lieu pour aborder les questions pédagogiques des professeurs ». Il nous a seulement été dit abstraitement et confusément que, non, cette réforme n’était « pas faite pour défavoriser les élèves vous pensez-bien » et que « oui il y aurait des professeurs principaux et des groupes qu’il faut appeler des classes », oui « tout serait fait » pour que les élèves obtiennent les spécialités de leur choix en fin de seconde, oui enfin, un élève, quelles que soient les spécialités choisies, pourra suivre les études supérieures de son choix sans autre explication.

Comme l’ont conclu les élèves organisateurs de la réunion dans leur communiqué (ci-joint) « nous avions beaucoup de questions et nous en conservons tout autant ». Il nous a en tout cas semblé que soit ces « personnes qualifiées » ne connaissaient pas plus que nous les modalités d’application de la réforme soit elles préféraient ne pas les révéler afin d’en cacher le caractère profondément injuste et destructeur.

Par conséquent, nous réitérons, avec davantage encore de conviction, notre demande d’abrogation de cette réforme, nos revendications portant sur la nécessité absolue de davantage de moyens humains (professeurs, CPE, AED, agents) et matériels (constructions de nouveaux lycées et universités, locaux équipés et chauffés, manuels) et d’un plafonnement des effectifs des classes à 24 élèves. Ce sont les conditions auxquelles tous les élèves ont droit afin de réussir leurs études.

Il devait s’agir d’un « débat » : on s’aperçoit pourtant que ses termes devaient, selon les zélateurs de la réforme dépêchés par le rectorat, rester au niveau des vagues généralités faussement bienveillantes. Dès lors que des questions majeures concrètes se posent, les réponses sont absentes. À l’image du prétendu « Grand débat national » ?

Communiqué de l’Assemblée générale des professeurs du lycée Mozart

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