Le sens de la fête

Terriblement enlisés dans une période où les possibilités de sortie de la crise sanitaire manquent, nous sommes désormais, dû à un décalage temporel des modes d’interventions et mesures étatiques, assenés d’images de fêtes étrangères qui nous incitent à désirer les situations de ces différents pays.

L’image comme preuve

Note : Ce qui suit est accompagné des développements successifs de Walter Benjamin sur la question de l’image et de la photographie.

Entre le visible et l’image, un discours et un sous-titre accompagnent ce que l’on montre et désigne. Visiblement, Anglais, Israéliens ou Américains s’amusent et festoient après plusieurs mois de confinement strict. Ce que l’on lit et comprend avec ces représentations est semble-t-il que ces pays sont débarrassés des problématiques sanitaires, au moment même où les variants britanniques, brésiliens, sud-africains et indiens se diffusent et circulent à grande vitesse.

Arrivés à un tel point de haine politique d’un Macron, on en vient à féliciter la politique sanitaire d’un Boris Johnson ou Trump/Biden qui dès le début du Coronavirus ne se sont pourtant pas fait prier pour insister et miser sur l’immunité collective comme méthode sanitaire centrale. 

Avec le temps et les différentes mutations du virus (V2, V3), l’immunité « acquise » chez une personne infectée lors de la première vague s’étiole et ne met plus hors d’atteinte l’individu récemment malade [1]. La stratégie de la libre circulation économique, volontaire et organisée du virus est donc doublement mortelle : elle met en danger immédiatement les individus et ne règle qu’en surface ce problème long et permanent. De plus, le nombre de morts est toujours à revoir à la hausse. Déjà, car nombre de personnes ne sont pas comptabilisées, mais aussi parce que beaucoup d’individus ne se trouvent pas dans le décompte quantitatif et le visible officiel déclaré par les gouvernements. Nous n’oublions pas les effets et dégâts sociaux des politiques existantes depuis un an qui ont provoquées des situations impliquants suicides, dépressions, pauvreté et précarité, angoisses, opérations nécessaires reportées, expulsions de logement…

Épuisés, nous voilà désormais inquiétés par «  le plus grand danger de la photographie actuelle » qui est « sa tendance décorative. » [2]

Des manifestations de fêtes étrangères sont médiatiquement et actuellement exposées. L’image « en multipliant sa reproduction, met à la place de son unique existence son existence en série et, en permettant à la reproduction de s’offrir en n’importe quelle situation au spectateur ou à l’auditeur, elle actualise la chose reproduite. » [3]
Par ces procédés médiatisés, la photographie déclenche et intensifie au sein de la population différents désirs quotidiens : 

« la masse revendique que le monde lui soit rendu plus accessible avec autant de passion qu’elle prétend à déprécier l’unicité de tout phénomène en accueillant sa reproduction multiple. De jour en jour, le besoin s’affirme plus irrésistible de prendre possession immédiate de l’objet dans l’image, bien plus, dans sa reproduction. » [4]

Sans aucune perpective de sortie réelle ni d’amélioration sanitaire véritable, il s’intensifie la volonté d’accessibilité de la fête et d’une ouverture comme objet à saisir immédiatement sous le signe de la « liberté » retrouvée. La rumeur de la réouverture des terrasses le 17 mai participe à créer et alimenter une incertitude sociale toujours plus forte. [5]

Ces différentes aspirations risquent d’habiter notre été et fonder la politique du gouvernement français. Il misera sur une ouverture estivale pour ensuite déclarer une fermeture automnale quand la situation sera assez extrême pour connaître confinement et/ou couvre-feu. Un temps d’ouverture existera comme l’an dernier. Néanmoins, le nombre de malades et de morts seront aussi élevés qu’en ce moment, voire pire étant donné la dangerosité des V3. L’été 2021 est une étape supplémentaire dans la normalisation du coronavirus comme forme de mort potentielle et présente quotidiennement.

La « valeur d’exposition » et le « caractère d’exposabilité » [6] de l’image s’est très vite articulée à la problématique du virus dans le jeu et la compétition gestionnaire entre États. On voit des États déclarer des confinements. On copie, on refuse, on adapte, on commente. Ce « on » vide reste bien entendu sous la dépendance et la gouvernance de l’État. Ses décisions se fondent nationalement et excluent toute solidarité internationaliste. Culture et loisirs dépendent alors des commandements de l’État ainsi que des dynamiques patronales à l’oeuvre qui ont axé leurs discours sur la continuité du Travail avant d’être soutenus par plusieurs syndicats dans cette bataille. Ces images sont des objets qui prouvent que le caractère indispensable de la Culture a été compris et appliqué dans certains pays, et que la France ne doit pas faire exception. Il est de nature d’un dispositif de d’impliquer subjectivement sa population dans ledit mécanisme politique afin de la rendre active pour valider les modalités à l’oeuvre. L’abattement social étant total et les mesures sanitaires inutiles depuis de longs mois, il n’est alors plus étonnant à quelques semaines de l’été de voir un désir massif d’ouverture. L’État et le Capital obtiennent ce qu’ils veulent dans cette crise exceptionnelle. Dans un premier temps, que l’immunité collective [eugénisme] fonde leur stratégie sanitaire. Deuxièmement, que la normalité économico-politique ne soit pas entâchée ou freinée.

Notes

[2Walter Benjamin, Petite histoire de la photographie.

[3Walter Benjamin, L’oeuvre d’art à l’époque de sa reproductibilité technique.

[4Ibid.

[6Walter Benjamin, L’oeuvre d’art à l’époque de sa reproductibilité technique.

Mots-clefs : concert | photographie | coronavirus

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