Le danger des idéologies suprémacistes II

Trop de personnes voient l’histoire simplement dans le passé. Elles ne réalisent pas que l’histoire, c’est maintenant.
Le colonialisme n’est pas un évènement, mais une structure (Patrick Wolfe).

Décoloniser les espaces publics, les mouvements de justice sociale, anti carcéraux, environnementalistes... c’est penser au-delà des idéaux occidentaux. Lorsque ces lieux et protestations ne sont pas accessibles, cela devient un privilège. Ne laissons jamais le confort nous faire taire.

Ce texte, ou "petit guide de sensibilisation à la décolonisation", renvoie vers des liens anglophones. Les lecteurs non anglophones doivent installer une extension sur leur navigateur pour la traduction automatique, afin d’apprendre, désapprendre et partager des idées pour décentrer et détourner le pouvoir de la colonialité. Découvrir d’autres cultures, d’autres manières de voir le monde qu’à travers celui de la blancheur, de l’arrogance, de l’orgueil, de ce barbarisme de l’indifférence.

"L’indignation des personnes handicapées est nécessaire et libératrice ; elle révèle les fissures de la société et les conséquences de l’oppression structurelle. Elle vient d’un lieu de souffrance et d’injustice. C’est une résistance contre l’effacement." - Alice Wong 王美华

Décoloniser les espaces de justice sociale

vous ne rendez pas justice aux personnes handicapées, vous ne pouvez pas lutter contre l’incarcération, l’exclusions sociale, la ségrégation, la catastrophe en cours...

  • si vous êtes blanc-hEs et que vous ne contestez pas explicitement la suprématie blanche dans votre vie quotidienne.
  • si vous ne contestez pas l’« altérité », importante pour le capitalisme, cette béquille de la suprématie blanche qui justifie l’exploitation par des notions de défaut, de dégoût et de déviance.
  • si vous participez à ou ne contestez pas cette poursuite permanente de l’homogénéité et ce traitement spécifique envers les groupes multi marginalisés qui constituent une menace particulière pour l’État-nation moderne et dont l’assujettissement ou l’effacement est nécessaire.
  • si vous ne portez pas de Kn95/n95/p100/FFP2 dans les lieux non aérés, vous faites plus de mal à un groupe vulnérable tout en prétendant en sauver un autre. La maladie est utilisée comme un outil par l’oppresseur et le plus fallacieux, c’est de laisser des personnes handicapées mourir pendant 4 ans et prétendre ensuite se soucier d’elles. Si vous effectuez une analyse de la propagande covid, vous ne pouvez tout simplement pas laisser de côté le capacitisme et l’eugénisme qui motivent la réponse générale. Il n’a JAMAIS été signalé comme léger pour les personnes handicapées. Cela a été rapporté comme quelque chose qui nous tue complètement. Les réponses et décision rassuristes portées sur la pandémie ne sont pas basées sur la science, mais sur l’exploitation ouvrière. C’est l’abdication de la responsabilité personnelle et collective, et des personnes effacées, épuisées, doivent le rappeler aujourd’hui, encore... La suprématie blanche opère à travers une logique raciale de dépossession et de possession. Le pouvoir blanc dans ses formes discursives et matérielles opère en tandem à travers l’identité, les institutions et les pratiques de la vie quotidienne (Aileen Moreton-Robinson). L’apartheid mondial (et vaccinal) n’est quasi jamais considéré comme étant le problème fondamental. Comme l’a expliqué Harsha Walia (2021), la propagation (initiale) du covid dans le monde est (a été) encore motivée par ce classement international de la "valeur" des personnes où les frontières ne servent qu’à affaiblir la santé et la sécurité publique globale. La Covid est une cause d’affaiblissement et d’effacement des plus vulnérables et marginaliséEs, ici et surtout ailleurs. La législation Covid est l’un des aspects clés de l’expansion des pouvoirs de la police, du lien entre l’accumulation de la police, de la carcéralité à la bio-politique de l’État (Lambros Fatsis, Malayna Lamb ; 2022). L’insensibilité ne doit pas devenir la norme. La douleur et l’exclusion ne doivent pas être normalisées...
  • Si vous capitalisez sur nos souffrances. La décolonisation n’est pas abstraite, c’est matériel, c’est violent. Elle n’est pas populaire, elle suscitera une résistance violente, elle sera débattue par l’ensemble des structures du monstre colonial et celles et ceux qui se sont battu disparaitront, seront oubliées..
  • nous n’avons pas besoin de sauveurs temporairement valides pour nous sortir de nos situations, mais d’alliéEs qui peuvent travailler avec nous pour atteindre les objectifs de notre communauté.
  • nous choisissons aussi la ségrégation pour échapper à cette colonialité, ses prisons et ses institutions coloniales...
  • nous demandons de pouvoir accéder à des espaces sûrs, abolitionnistes et décolonisés, en comprenant l’abolition et la décolonisation comme une lutte pour la ré-humanisation, ce qui nécessite une compréhension profonde et une dénonciation constante de la (dé)colonialité.

Un rappel que nous vivons dans un système de « civilisation » fondé sur la colonialité, où le déséquilibres des pouvoirs est la base, un processus structurel d’altérité, de binarité (infériorité/supériorité, noir/blanc, non valide/valide, femme/homme,...) qui a façonné ce monde moderne. La colonialité est cet héritage de la discrimination sociale et raciale du colonialisme européen formel qui tente de subsister et s’est intégré dans les ordres sociaux successifs. Cet héritage persistant du colonialisme qui accorde de la valeur à certaines personnes tout en privant les autres de leurs droits est toujours présent. La plus grosse arnaque de la suprématie blanche a été de convaincre les blanc-hEs qu’elle est une croyance extrémiste (suprématie blanche violente) et marginale et non le fondement sur lequel toute la "civilisation" occidentale a été construite depuis les cinq cent dernières années." (IndigenousX)

Tout milieu qui ne comprend pas l’urgence du démantèlement immédiat des systèmes suprémacistes, alors que la violence inhérente à ce paradigme libéral a été mainte fois traitée et démontrée depuis longtemps, perpétue et maintient cette violence de la suprématie blanche. On ne peut pas démanteler cette suprématie blanche en y participant, quand très souvent, dans ces milieux luttant pour la "justice", l’"égalité",... il y a des couches bien épaisses de suprématie blanche...

Les rares personnes qui font ce travail sont souvent marginalisées, et passent pour des "traîtres à la race". Quand tant de personnes restent indifférentes (silence blanc, #WhiteSilence), vous comprenez mieux quand Natalia Ibrahim-Abufarah Dávila dit que « La neutralité n’est rien d’autre qu’une erreur libérale, qui, en réalité, adopte la position de l’oppresseur. »

L’utilisation du terme « décolonisation » est, pour de nombreux-ses Blanc-hEs, une excuse pour éviter de s’attaquer à la cause profonde, à savoir la mentalité de la suprématie blanche, un terme utilisé à la place de l’expression « élimination de la suprématie blanche », qui est la principale cause de la colonisation. L’élimination de la mentalité de la suprématie blanche et de son influence devrait être la priorité pour toutes personnes prétendant lutter contre toutes ces injustices, en utilisant des références critiques d’études noires, autochtones, africaines... pour examiner ces processus de déshumanisation, désapprendre l’insensibilité et la désensibilisation occidentale et apprendre.

L’abolition et la justice pour les personnes handicapées consistent toutes les deux à construire le monde auquel nous aspirons, pas seulement à résister au monde dont nous ne voulons pas (Mia Mingus). Les deux visent à construire de nouvelles façons d’être les unEs avec les autres qui ne sont pas fondées sur la punition, la criminalisation, la vengeance, la violence, la suprématie, l’oppression, l’isolement et l’exclusion. C’est une production d’imaginaire, car le monde auquel nous aspirons tous-tEs n’existe pas encore, ou seulement à des endroits éparpillés aux quatre coins du monde, ce monde est d’autant plus difficile à imaginer. L’abolition concerne la façon dont nous nous traitons les uns les autres. Il s’agit de la façon dont nous nous comportons dans les relations. L’abolition concerne la manière dont nous réagissons au préjudice causé et la manière dont nous réagissons lorsque nous causons du préjudice. (Patrisse Cullors)

« il est facile de dire ACAB, « pas de police » et « pas de prisons », mais beaucoup plus difficile de construire l’infrastructure communautaire dont nous aurons besoin pour en faire une réalité. Votre communauté, votre famille, votre quartier dispose-t-elle d’un moyen de lutter contre la violence intime et sexuelle ? [...] le travail de groupe est difficile et prend du temps […] Nous ne voulons simplement pas rejoindre les rangs des privilégiéEs, nous voulons défier et démanteler ces rangs et nous demander pourquoi certaines personnes sont constamment en bas [...] Tant de gens veulent des alternatives à la police, aux prisons et au système de justice pénale, mais très peu sont prêt-Es à s’engager réellement dans le dur travail à long terme pour les construire. » — Mia Mingus , thread

Lorsque ces espaces de justice sociale ne sont pas accessible aux personnes handicapées, aux marges intersectionnelles, c’est aussi un privilège.

Les milieux anti carcéraux (et de justice sociale plus généralement) ne peuvent plus continuer à nier la ségrégation des personnes handicapées en France, l’empire du déni, comme cet environnementalisme mainstream qui ne dit pas un mot sur le handicap, un silence qui reflète ce déséquilibre des pouvoirs de ce colonialisme. Ce déni, ce refus et cette incapacité à nommer toutes ces injustices ne font qu’exacerber les multiples crises, au nom du maintien de ce privilège, de ce prestige blanc. Rendre ces lieux accessibles aux personnes (multi)marginalisées est bien plus complexe qu’on ne l’imagine, cela nécessite de comprendre le régime carcéral et l’invisibilisation des perspectives abolitionnistes à travers le prisme du handicap. Les personnes qui font un travail vraiment important en recherchant et en essayant de mettre fin au complexe carcéral ne sont pourtant pas très douées pour intégrer ce cadre de justice pour les personnes handicapées ou d’études critiques sur le handicap dans leur analyse ou leur activisme. Les personnes handicapées sont incarcérées de manière disproportionnée et séparées de la société par diverses institutions mais les liens entre handicap et incarcération sont tellement sous-explorés que la compréhension et la manière dont ces institutions carcérales punissent et contribuent à l’exclusion sociale des personnes handicapées est très limitée.

Si le handicap a été mentionné, c’est uniquement pour dire qu’il y a de nombreuses personnes handicapées dans les prisons. Liat Ben-Moshe a expliqué pourquoi l’efficacité du travail abolitionniste est limitée par la marginalisation du handicap et l’analyse du plaidoyer antivalidiste. Elle a démontré également l’intérêt d’une méthode plus véritablement intersectionnelle d’activisme abolitionniste dont nous avons un besoin urgent. L’effort ne consiste pas seulement à mettre en avant les expériences d’un groupe qui a été largement invisibilisé dans les débats sur le système juridique pénal mais d’examiner et de critiquer les tendances actuelles en matière de plaidoyer par et pour les personnes et les organisations handicapées alors qu’elles tentent de répondre à un système juridique pénal qui nuit si profondément aux personnes marginalisées, un système qui doit être lui aussi démantelé. Les communautés marginalisées doivent être autorisées à diriger les efforts visant à contester les injustices, à redéfinir la justice, à réimaginer la manière dont la vraie justice peut être réalisée et à restaurer et reconstruire les communautés.

Nous, personnes handicapées allons faire face à d’immenses dommages en raison d’un système de « justice » actuel condamné pour ignorance de nos droits. Investir, anticiper, sous forme de prévention quant à la manière dont le système judiciaire pénal décime, isole, fait disparaître les communautés handicapées, c’est ce que Talila "TL" Lewis appelle le problème du « fossé de conscience du handicap ». Le plus souvent, les organismes de défense des droits des personnes handicapées ne parviennent pas elles-même à développer et à intégrer une perspective ou une approche véritablement intersectionnelle (c’est-à-dire antiraciste, anticapitaliste, etc.) en matière de plaidoyer.

Occulter le travail transdisciplinaire, transnational, multipolaire... et comprendre l’oppression de manière unidimensionnelle plutôt qu’intersectionnelle, à travers un seul prisme , comme le classisme (lutte des classes), le genre... est une approche qui laisse de côté trop de personnes. Pourtant, les femmes noires, autochtones, décoloniales et radicales dénoncent depuis des décennies la complicité du féminisme blanc libéral avec la suprématie blanche, l’eurocentrisme, le racisme et la colonialité, qui croit que l’égalité signifie une participation égale à la domination et à l’exploitation.

Sensibiliser et éduquer pour faire progresser les droits de nos communautés.

Parce que les lieux de détention (centres de détention pour immigrants, prisons..) sont des lieux d’affaiblissement et de handicap, il faut donc comprendre le lien entre la justice pour les personnes handicapées et l’abolition de ces lieux. Angela Davis, Mariame Kaba, Dylan Rodriguez, Ruth Wilson Gilmore, Ben-Moshe.. ne considèrent pas seulement l’abolition comme « un programme de démolition mais aussi de construction », d’envisager des « manières de communiquer les unEs avec les autres » entièrement différentes. Comme l’écrit Saidiya Hartman :

« Une grande partie du travail d’oppression consiste à contrôler l’imagination. »

L’abolition n’est pas simplement orientée vers l’absence de prisons et de cages. Cet « échec de l’imagination » ne peut pas comprendre que l’abolition « ce n’est pas une absence, mais une présence » (Ruth Wilson Gilmore), ou de trouver comment travailler avec les gens pour créer quelque chose plutôt que de réfléchir à comment effacer et détruire quelque chose.

Ruth Wilson Gilmore condense cette vision critique en une formulation concise : « Dans la mesure où l’abolition est imaginée uniquement comme une absence – un effacement du jour au lendemain – la réponse instinctive est : « ce n’est pas possible ». Mais cet échec de l’imagination réside dans le fait qu’elle ne réalise pas que l’abolition n’est pas qu’une absence... mais une présence charnelle et matérielle d’une vie sociale vécue différemment. » Les abolitionnistes veulent des relations sociales qui garantissent un accès universel à toutes les ressources dont nous avons tous-tEs besoin (santé, logement,..). Les fonds actuellement dépensés pour la police et les systèmes pénitentiaires devraient être réaffectés à l’éducation, au logement, aux soins de santé et aux espaces publics.

Le féminisme abolitionniste adopte une analyse, une approche intersectionnelle et structurelle pour analyser et démanteler tous ces systèmes d’oppression, un mouvement qui est né des expériences vécues par des femmes radicales de couleur, de leur érudition et, à travers leur activisme, de la fécondation croisée de plus d’un siècle et demi de mouvements pour la justice. Comme Angela Davis l’a dit : « abolir la police ne consiste pas seulement à le démanteler. Il s’agit aussi de construire. »

« Pendant des siècles, les bâtisseurs de communautés, les ingénieurs de la justice sociale et les combattants de la liberté – dont la plupart sont de plus en plus marginalisés – ont accompli un travail épuisant et traumatisant qui a changé et sauvé des vies, avec et sans argent, sans sommeil, sans santé ou sans soins de santé mentale et sans aucun soutien institutionnel […] Et pourtant, ce travail est constamment dévalorisé par de nombreuses personnes en position de pouvoir parce qu’il n’est pas traditionnellement calculable sur le plan capitaliste. » - TL Lewis, avocate communautaire abolitionniste - Lutter pour la liberté et les frais de l’effacement

« Il est certain, en tout cas, que l’ignorance, alliée au pouvoir, est l’ennemi le plus féroce que puisse avoir la justice. » James Baldwin, No Name in the street, 1972.

Écrire un article sur l’abandon continu par l’état des personnes à haut risque et sur la façon dont ces personnes résistent en créent d’autres systèmes de soins, c’est aussi comprendre que les personnes handicapées rencontrent des obstacles dans le monde ordinaire qui limitent leur participation à la société. Invisibilisées, effacées, elles sont malheureusement aussi trop souvent confrontées à des obstacles à la participation aux mouvements de justice sociale... ce qui engendre des difficultés à réfléchir à ces perspectives abolitionnistes.

Parce que les personnes handicapées sont beaucoup plus susceptibles d’être incarcérées, comprendre l’intersection entre la justice pour les personnes handicapées et l’abolition des prisons sont des théories de plus en plus explorées et populaires qui se chevauchent mais dont l’intersection, en France, n’est pas explorée en profondeur. Les abolitionnistes et tous-tEs celles et ceux qui critiquent les systèmes carcéraux doivent intégrer une perspective de justice pour les personnes handicapées dans leur travail. L’abolition et la justice pour les personnes handicapées donne des exemples personnels et politiques sur comment et pourquoi les personnes handicapées sont prises de manière disproportionnée dans le filet carcéral, et comment nous pouvons utiliser ces informations pour œuvrer plus efficacement à l’abolition des prisons et autres institutions, et de la police.

Ne pas réussir à maintenir ou être en relation avec les personnes les plus marginalisées, avec des corps noirs, des sujets colonisés - qui survivent aux marges de la marge, qui sont plus à même de repousser ou remettre en question cette culture coloniale et toxique, ces croyances et ces méthodes de travail - est un comportement de colonisateur actif. L’effacement des capacités de communication et des systèmes de connaissances des communautés marginalisées est intrinsèque à la perpétuation du projet (néo)colonial et capitaliste racial. Ce déni de la colonialité, de l’intersectionnalité.. ne fait que le renforcer.

L’apprentissage et l’efficacité du travail abolitionniste est fortement limitée par la répression, la marginalisation du handicap et l’analyse du plaidoyer antivalidiste.

La stigmatisation des personnes qui ne savent plus quel autre moyen utiliser que la colère ou le call out pour se faire entendre, ou qui n’ont pas accès au langage académique pour parler et théoriser cette colère et expliquer leur détresse, sont aussi des personnes qui ne peuvent pas parler de leur handicap (neurodivergentes, autistes, handicaps invisibles..), dû à la stigmatisation et au capacitisme omniprésent(e). Elles n’arrivent pas à se faire comprendre. Elles vivent la ségrégation sociale renforcée, même dans les milieux de gauche ou anticarcéraux. C’est du gaslighting social. Empêcher une personne de ressentir des émotions, de la douleur, des sentiments, de la colère... peu importe ses ressources, ses moyens et ses connaissances.. est inhumain. L’abolition consiste à construire une société autour des personnes encore sensibles à ces violences, qui ne peuvent pas s’y habituer en se recentrant sur elles et sur leurs témoignage. Le rôle principal d’un État est de maintenir cette suprématie blanche et ne peut pas nous protéger. L’inquiétude est que trop peu de spécialistes en éducation, lieux de soins... ne s’attaquent directement à ces racines du racisme et de cette suprématie blanche. Constater les dégâts quotidiens dans nos relations sans entrevoir de solutions, c’est participer à ce sentiment d’impuissance. Lutter contre cette suprématie est un travail qui n’est jamais fini, sinon, les palestiniens, les autochtones.. auraient depuis longtemps récupéré leur terre. Un réapprentissage axé sur la responsabilisation plus cohérente, logique et conséquente des privilégiéEs plutôt qu’une criminalisation et une exclusion des personnes marginalisées est nécessaire pour s’orienter vers ce leadership anti colonial. Tout ce travail de fond et le désapprentissage de la blancheur coloniale, capitaliste est impératif avant de vouloir démanteler quoi que ce soit ou libérer des terres, ces institutions punitives et plus globalement toutes les personnes qui sont marginalisées et incarcérées de façon disproportionné dans le monde. Il sera d’autant plus difficile de s’attaquer au démantèlement de la suprématie blanche si aucun travail conséquent n’est fait sur autre chose que l’histoire racontée par des Blanc-hEs, et l’État continuera à tuer, à incarcérer et à invalider de manière institutionnelle. Celles et ceux qui ne prennent pas au sérieux ces problèmes de marginalisation et ces questions de handicap, qui touchent toutes les catégories marginalisées et qui l’amplifient, ne pourront pas espérer mieux que des réformes. L’analyse intersectionnelle, engagée vers des identités multiples, une construction d’alliances multiraciales se concentrant sur le leadership des personnes les plus impactées, est le coeur de la théorie du changement.

La critique et l’autocritique sont essentielles à la vitalité de nos mouvements abolitionistes, féministes, décoloniaux... des éléments fondamentaux indispensables pour une transformation radicale qui permet de transcender ces normes imposées à la société, ses structures dominantes et reconstruire la confiance en soi.

"Nous devons critiquer tous nos projets, parce que notre survie dépend de la bonne réponse." Robin DG Kelley, Socialism 2022.

Les Blanc-hEs seront incapables de résoudre le problème du changement climatique. Trop occupéEs à se détourner de la responsabilité collective du système capitaliste colonial qu’iElles ont eux-Elles même mis en place, et incapables de se questionner sur les causes profondes de ces problèmes. Ce "droit au confort" comme cette "peur du conflit" sont des caractéristiques de la suprématie blanche qu’il faut sérieusement analyser (listeici). Les personnes (poly)handicapées sont souvent non seulement exclues des débats, des discussions, de part leurs critiques pour leur survie, mais elles doivent assumer en plus un renversement de responsabilité lorsqu’elles s’opposent à cette culture dominante de la suprématie blanche.

Même au sein de la communauté des personnes handicapées, les problèmes qui touchent les personnes souffrant de graves lésions cérébrales, reconnu comme le handicap le plus traumatisant, sont aussi largement invisibilisées et marginalisées. Le monde du handicap visible n’est pas non plus très inclusif, comme il le prétend et cesse de le répéter, avec ces personnes. Les chiffres du docteur E. Durand de 2016 montrent que la moitié des personnes Sans Domicile Stable ont des lésions cérébrales, 33% dans les prisons françaises, 78% des femmes incarcérées en écosse, 80% en Australie... Une très forte présence dans le milieu carcéral au niveau mondial. Ce sont ces personnes qui fuient la société, dont le handicap n’est absolument pas compris, et... c’est malheureusement un silence assourdissant en France (ici).

Émergeant des principes clés de l’intersectionnalité et de la théorie des Subaltern Studies, ce concept de « marges des marges » a construit une méthode de réflexion critique pour créer des espaces d’inclusion dans les processus d’élaboration des politiques, une méthode attentive aux absences dans les espaces de participation. Inviter diverses communautés marginalisées, permettre un espace pour des conversations courageuses, donner à ces communautés un espace et les moyens d’exprimer authentiquement leurs expériences et soutenir ces conversations sont les éléments constitutifs de la mise en avant de récits qui ne sont souvent pas entendus.

Le principe de réflexivité critique garantit que les questions sur la voix et l’effacement sont posées de manière continue et itérative, invitant les voix historiquement placées dans les périphéries en se demandant continuellement :

  • qui n’est pas présentE ici ?
  • Quelles voix manquent dans l’espace discursif ?
  • Quelles voix ne sont pas reflétées ici ?
  • Comment pouvons-nous inviter ces voix ?
  • Et comment pouvons nous faire plus ?

"Quand les marges parlent, c’est ce statu quo (blanc, colonial, cisnormatif, validiste, raciste,..) qui est menacé, et c’est ce statu quo que l’extrême droite cherche à maintenir intact." - Mohan J Dutta, éminent chercheur et directeur du projet CARE - étude des processus de marginalisation

Nous devons créer une solidarité active avec les personnes handicapées au sein de chaque mouvement, de sorte que les organisations de défense des droits des personnes handicapées travaillent à faire progresser la justice intersectionnelle. Nous ne démantèlerons jamais aucune institution oppressive si nous ne nommons pas, n’analysons pas et ne démantelons pas le capacitisme qui sous-tend, dépend et réifie toutes les autres oppressions. Nous ne démantèlerons jamais l’impérialisme cisheteropatriarcal capitaliste suprématiste blanc si nous ne travaillons pas constamment à étudier, dévoiler nos propres privilèges autour du capacitisme et d’autres oppressions basées sur le handicap. Ironiquement, celles et ceux qui tentent de démanteler les systèmes oppressifs sans reconnaître ni dévoiler ces privilèges centrés sur le handicap contribuent à la violence et à l’oppression au sein de leurs propres communautés et de la société dans son ensemble. Dans cette lutte contre l’effacement, l’intersection du handicap et du statut d’immigration est sous-explorée dans la littérature universitaire juridique et dans les ressources de formation destinées aux avocats. Selon les mots d’Alice Wong : « Les personnes sans papiers ont toujours été invisibles, et il y a peu de choses connues ou écrites sur les personnes handicapées sans papiers. Mais il s’agit d’un carrefour important qui nécessite une attention particulière. »

Amener à dialoguer avec l’une des oppressions systémiques les plus anciennes, les plus répandues et les moins comprises que le monde ait jamais connues, le capacitisme, est difficile. Alors que le handicap est représenté de manière disproportionnée dans chaque groupe marginalisé, sa compréhension traditionnelle à travers une perspective blanche, riche et autrement privilégiée ne leur permet pas de voir et comprendre l’humanité et le handicap chez les personnes marginalisées.

Les personnes (poly)handicapées, atteintes de maladies chroniques, à risque élevé,... ont parfaitement le droit d’être en colère d’être abandonnées par plusieurs gouvernements, et elles ont parfaitement le droit d’exprimer cette colère de la manière qu’elles choisissent. Nous devrions tous humblement les écouter pour comprendre et agir. Les mouvements politiques et populaires les plus diabolisés par l’État, les plus soumis aux pressions de l’appareil carcéral à l’intérieur et à l’extérieur de ses frontières fabriquées, sont des plaidoyers prometteurs sur les possibilités d’un avenir abolitionniste. Les institutions psychiatriques et les prisons existent aussi pour la surveillance et le contrôle, elles engendrent la même violence. La France est le pays qui détient le record des hospitalisations sous contrainte, pas seulement le record de l’islamophobie comme l’a rapporté le rapport cinglant CAGE (UK),... mais c’est aussi le dernier pays d’Europe condamné par l’ONU pour ségrégation des personnes handicapées...

« Malgré des siècles de colonisation, d’impérialisme, de profondes inégalités structurelles, de discrimination raciale, de taux élevés de victimisation, [...] une grande partie de la criminologie continue de fonctionner sans reconnaître le colonialisme et ses effets (Porter, 2019). Ce qui pourrait apparaître comme un paradoxe, ce n’est pas que le colonialisme soit simplement inconnu de la criminologie, mais plutôt que sa valeur explicative et son importance politique soient vigoureusement niées (Agozino, 2003). Le crime est un concept européen, une construction juridique déterminée par l’État pour refléter les valeurs et les intérêts de la classe dominante. Le colonialisme a été construit en utilisant le droit pénal pour légitimer et imposer la domination européenne. La criminologie est apparue à la fin du XIXe siècle et s’est imposée à travers la création de l’ « Autre criminel », en utilisant le racisme de la pseudoscience raciale, qui avait inventé l’Autre racisé pour justifier le colonialisme européen. Depuis sa naissance, la criminologie est étroitement liée au colonialisme et au racisme. En effet, comme l’a soutenu Juan Tauri (2018, p. 5), « les criminologues contribuent souvent à l’entreprise politique d’inclusion et d’exclusion par le simple fait de faire de la criminologie ». Extrait d’ "Abolition and (de)colonisation", The Routledge International Hndbook on Decolonizing Justice [open access, J M Moore].

« Les mouvements abolitionnistes doivent s’attaquer à la façon dont le handicap et le capacitisme interagissent avec les systèmes carcéraux et s’engager à abolir TOUS les espaces dans lesquels les personnes marginalisées disparaissent, ici […] Je comprends l’incarcération au sens large ; et l’incarcération est un eugénisme. Contrôlés par l’État et les entreprises, ils engloutissent des personnes dépossédées de génération en génération, patho-criminalisées, multi-marginalisées et traumatisées en utilisant l’autorité médicale, juridique et étatique ». - T. Lewis.

D’un point de vue décolonisateur, les compétences actuelles en psychologie communautaire semblent insuffisantes car elles laissent souvent intactes les structures de pouvoir (Cruz et Sonn ; 2011). La définition et l’analyse critique de l’oppression ont laissé de côté la complexité, les voix et les expériences vécues des individus qui ont été gravement touchés par l’injustice et l’oppression (Bell Hooks ; 1994). Cette question de la décolonisation de la psychologie semble être une sous-section de la question beaucoup plus déprimante de savoir si nous pouvons ou non décoloniser la société. Un changement qui se heurte généralement à la résistance et à la défense de celles et ceux qui bénéficient du statu quo. Les travaux avant-gardistes de la psychologie africaine (Psyssa, Afrique du sud) exploitent cette décolonialité et s’efforcent de comprendre comment la violence verticale (c’est-à-dire la violence exercée par les autorités d’en haut) et la violence horizontale (c’est-à-dire la violence édictés entre les membres du groupe) sont liées par la colonialité (voir Fanon, 1963 , 1967). La psychologie décoloniale crée un espace et des méthodes permettant aux communautés opprimées et appauvries d’imaginer radicalement leur existence en dehors des frontières superposées de la colonialité, du néolibéralisme, du racisme et d’autres systèmes d’oppression. Cette approche décoloniale de la psychologie est un moyen pour ce domaine de devenir plus inclusif et pertinent pour la majorité numérique dans le monde. La psychologie a été encadrée principalement par des épistémologies eurocentriques dans lesquelles les personnes opprimées ont intériorisé la conviction que leur culture et leurs valeurs sont inférieures à celles des groupes dominants. De nombreux écrivains, tels que les psychologues critiques Ian Parker (2014) et Thomas Teo (2015), affirment depuis longtemps que la psychologie dominante et la modernité capitaliste se sont développées ensemble au début du XXe siècle, presque d’un seul coup, et que, à bien des égards, la psychologie a fonctionné pour adapter les gens à la domination capitaliste sous toutes ses formes racialisées, de classe et de genre (voir Danziger, 1990 ), y compris l’extractivisme colonial (voir Ratele, 2019 ; Rodney, 1972 ). Le modèle social du handicap, dont la France est le dernier pays d’Europe au sein duquel aucune sensibilisation n’est faite (un modèle approuvé et adopté par tous les pays européens) s’est largement inspiré de ces luttes anti apartheid , anti ségrégationnistes. La France accuse d’un retard unique sur cette question.

Il manque tout un domaine de langage théorique critique dans les conversations de ces milieux : la blancheur, le privilège, la suprématie, la décolonialité, la positionnalité, l’intersectionnalité,... des discussions essentielles. Le racisme daltonien est si banal en France que tout enseignement sur ce sujet est condamné afin de préserver ce statu quo, pour ne pas visibiliser, questionner et interroger le privilège, et le validisme est une oppression dont le mot n’est toujours pas reconnu par le ministère des solidarités, du handicap... [1].

Ruth Wilson Gilmore a analysé le rôle du capacitisme dans le maintien de l’État carcéral, sa théorie selon laquelle l’incapacité politique est un objectif central de l’État carcéral [voir sur DSQ]. Le conseil d’état a validé, il y a quelques mois, le fait que les personnes non valides n’ont définitivement pas les même droits que les personnes valides. Ce qui est désolant, c’est qu’il n’y a eu aucun mouvement, ni aucune solidarité pour amplifier les voix des personnes qui sont déjà largement ségréguées.

L’impérialisme laisse derrière lui des germes de pourriture que nous devons cliniquement détecter et éliminer de notre terre mais aussi de notre esprit (Frantz Fanon)

L’échec de la blancheur maximale, c’est penser que vous pouvez faire la leçon aux non-blanch-Es/non-capables, sur le racisme/le capacitisme et sur l’incarcération alors que vous n’avez pas commencé à vous interroger sur cette identité blanche. Le but ultime de la suprématie blanche est de maintenir cette « blancheur » au pouvoir et au centre des politiques et des pratiques, comme une norme, et où de nombreuses personnes non blanches favorisent et facilitent aussi la suprématie blanche. L’ échec de la blancheur ultime, c’est son incapacité à imaginer quoi que ce soit au-delà des systèmes violents qu’elle a construits parce que « Nous vivons dans un monde de normes » (A. Davis 1995, p. 23).

"Nous pouvons apprendre à travailler et à parler lorsque nous avons peur, de la même manière que nous avons appris à travailler et à parler lorsque nous sommes fatiguéEs. Car nous avons été socialiséEs pour respecter la peur plus que nos propres besoins de langage et de définition, et pendant que nous attendons en silence ce dernier luxe d’intrépidité, le poids de ce silence nous étouffera." - Audre Lorde

En créant unE autre marginaliséE sous la forme d’un handicap, le privilège du centre – le normal – devient caché, et son pouvoir et son contrôle sur la société deviennent présomptifs. Les membres de cette culture ne peuvent même pas voir le centre, il est « naturel, incontesté et inaperçu » (Thomson 1997, p. 20). La création du handicap renforce ce privilège de la normalité et l’empêche d’être vu ou compris. De la même manière que les personnes de « couleur » peuvent mieux voir la blancheur que les Blanc-hEs, les personnes étiquetées “handicapées” peuvent être capables de mieux voir la normalité que celles qui ne sont que, au mieux, temporairement valides.

Tout comme le concept de blancheur doit être créé, reproduit et invisibilisé afin de soutenir les systèmes racistes, le concept de normalité doit être aussi défini, reproduit et invisibilisé afin de soutenir le capacitisme, et cette standardisation peut être violente envers quiconque s’en écarte. L’hégémonie de la normalité est, comme d’autres pratiques hégémoniques, si efficace en raison de son invisibilité (Sara Hendren). Cette culture à dominante blanche fonctionne également comme un mécanisme social qui accorde des avantages aux Blanc-hEs, puisqu’iElles peuvent naviguer dans la société à la fois en se sentant normaux et en étant considéréEs comme normaux. Les personnes qui s’identifient comme blanches doivent rarement réfléchir à leur identité raciale parce qu’elles vivent dans une culture où la blancheur a été normalisée.

Cependant, souvent, certain-Es des plus fervent-Es défenseur-sEs de la justice raciale, trans, économique... ou de l’immigration prônent involontairement davantage d’oppressions basées sur le handicap en raison de leur incapacité à comprendre ce qu’on appelle « l’intersectionnalité critique » et à mettre au premier plan la justice pour les personnes handicapées et comprendre la justice pour les personnes handicapées comme la quintessence de la justice reproductive, économique, raciale et transgenre. Il ne peut pas y avoir de décolonialité sans intersectionnalité critique. La décolonialité est/a été colonisée par les mêmes faux-sses militantEs et universitaires qui ont essayé de jouer avec l’intersectionnalité, qui ont blanchi l’intersectionnalité.

"Les écrits de bell hooks se concentrent sur l’ intersectionnalité de la race, du capitalisme et du genre et sur ce qu’elle décrit comme leur capacité à produire et à perpétuer des systèmes d’oppression et de domination de classe […] la définition et l’analyse critique de l’oppression ont laissé de côté la complexité, les voix et les expériences vécues des individus qui ont été gravement touchés par l’injustice et l’oppression… " – Bell Hooks (1994) [2].

Nous avons besoin d’une révolution de l’imagination, d’une remise à zéro de l’état d’esprit libérateur, d’un cataclysme paradigmatique radical. Nous devons déconstruire et reconstruire les espaces de santé mondiaux à l’aide d’outils de transformation créés par les communautés noires et autochtones, de base et majoritaires du monde (Il est temps de décoloniser le mouvement de décolonisation) [...] "On confond souvent la décolonisation avec tout effort de justice sociale ou, comme quelqu’un me l’a dit récemment, avec « simplement être gentil avec les gens". (Pourquoi la décolonisation est impossible)

"Sans décolonisation il n’est pas possible d’imaginer un autre monde" - Ndlovu-Gatsheni

"Les voix des femmes les plus pauvres, les plus foncées, les plus handicapées, cis et trans doivent être centrées aux tables de prise de décision en matière de politique, d’éducation, de santé, d’économie et de justice. Des tables construites par elles et pour elles." (La décolonisation n’est pas possible).

"L’Abolition n’est pas possible sans décolonisation." - Ruth Wilson Gilmore

Parler d’intersectionnalité ou de décolonialité sans évoquer le travail des féministes noires radicales et des penseurs du Sud, c’est effacer ces personnes et blanchir leur travail. Dans ces structures du monde de mort que sont l’eugénisme, la carcéralité et la colonialité, il est nécessaire de se recentrer sur des actions collectives interdépendantes dont font preuve les femmes d’ascendance africaine et donner de l’importance à la vie des Noirs en faisant connaître leur travail. C’est la quintessence même de la décolonisation. C’est dans ce sens que ce texte regorge de citations pour amplifier ces voix invisibilisées, faire un travail antiraciste et de leadership anticolonial. Des théorisations importantes peuvent alors être vues en relation avec la colonialité en général (Enrique Dussel), la colonialité du pouvoir (Anibal Quijano), la colonialité du savoir (Lander 2000), la colonialité de l’être (Maldonado-Torres 2007), la colonialité globale (Grosfoguel 2006), la colonialité du genre (Lugones 2008), la colonialité de la nature ( Alimonda 2011), la colonialité climatique (Farhana Sultana 2022)...

Le colonialisme est le grand projet de non voir (Arhundati Roy). Autrement dit, malgré l’institutionnalisation obsédante de la violence de la suprématie blanche, le féminisme noir hante la suprématie blanche [3]. Le travail des études sur la blancheur (#WhitenessStudies), ou une théorie de la blancheur, consiste donc à « rendre la blancheur visible aux Blanc-hEs – en exposant les discours, les pratiques sociales et culturelles et les conditions matérielles qui masquent cette blancheur et cachent ses effets dominants » (Wray et Newitz 1997, p.4).

Des connaissances intersectionnelles ont contribué à démontrer, par exemple, que si les femmes en général se retrouvent fréquemment exclues de l’élaboration des politiques internationales sur le climat, ce sont les femmes autochtones, les premières lignes, qui subissent cette exclusion de manière disproportionnée (Perkins Citation 2019 ). De même, il a été démontré que le sexe, la caste, la classe sociale, la religion et l’âge déterminent tous la vulnérabilité individuelle aux inondations au Bangladesh (Sultana Citation 2010 ). Les enfants autochtones continuent de mourir à un rythme alarmant et leurs meurtres sont le résultat direct du colonialisme, du racisme, du capacitisme, de la suprématie blanche, du sexisme, de la misogynie, de l’homophobie, de la transphobie et des multiples autres niveaux d’oppression qui existent entre les deux. #EveryChildMatters

Le handicap est perturbateur

Si les personnes opprimées veulent un jour obtenir un semblant de justice, nous devons comprendre les liens inextricables entre le handicap et les autres identités marginalisées et déraciner le capacitisme de nos communautés. Comprendre l’importance de la relationalité,de la réciprocité, de l’interdépendance, que personne n’est libre tant que tout le monde n’est pas libre. Le handicap est perturbateur en particulier lorsqu’il est politisé, Il nous oblige à continuer de revisiter et à tout repenser... car les corps et les besoins changent constamment. Le handicap nous change, nous radicalise, c’est ce changement vraiment important et puissant qu’il peut offrir. Les besoins qui ne sont pas communs ou typiques sont considérés comme des limites, des fardeaux, des tragédies,... alors qu’ils doivent être considérés comme des possibilités de changement, capable de perturber ce statu quo que les idéologies dominantes nous poussent toutes à ignorer. Les besoins sont au cœur de la plupart des organisations, et les objectifs de la plupart de ces organisations devrait être d’imaginer et de créer un monde où tous nos besoins collectifs sont satisfaits, cela permet de réfléchir sur les besoins en matière d’organisation et de théorisation du handicap qui sont rarement reconnus ou discutés de manière explicite pour acquérir des compétence nécessaires et réfléchir, intégrer ces besoins et les soins dans tout ce que nous faisons. Cela permet de réfléchir aussi sur la présence écrasante de l’isolement, du silence et des divisions dans nos mouvements. Cela permet de collecter et de s’enrichir de ressources pour créer une accessibilité radicale cruciale et immersive qui ne laisse personne de côté, et où chaque vie compte, où personne n’est jetable. Cela permet aussi aux mouvements pour la justice sociale de se débarrasser de cette peur et de cette ignorance des problèmes liés au handicap. Nous voulons nourrir et prendre soin de notre communauté abolitionniste avec autant de ressources que nous puissions fournir pour faire face aux crises climatiques et écologiques et transformer la société en une société juste et vivable.

Le handicap est un état de vitalité à partir duquel la connaissance critique se déroule, et qui offre un puissant point de vue, une source de connaissances incarnées de critiques et de résistance politiques.

Justice pour les personnes handicapées vs droit des personnes handicapées

"Il est donc important de souligner la différence entre la diversité néolibérale et les politiques d’inclusion qui s’approprient le terme de décolonisation venu du Sud. Peut-être devons-nous nous décentrer activement en Europe et veiller à ce que les efforts de décolonisation continuent de promouvoir des revendications qui entraînent un changement systémique global et pas seulement un siège à la table des colonisateurs pour les groupes minoritaires. Un système colonial inclusif reste un système colonial. Les politiques de diversité et d’inclusion peuvent être utiles aux efforts mondiaux de décolonisation si elles deviennent un outil au service du droit à l’autodétermination des peuples opprimés à travers le monde." - Extrait de la brochure "Decolonial Europe Day".

Nous pouvons observer ce qu’il se passe lorsque des organisations dominantes et blanches de personnes handicapées s’organisent à partir d’une approche basée uniquement sur les droits et œuvrent en faveur de l’intégration, ou qui répètent de manière itérative la rhétorique sur l’inclusivité, l’accessibilité... sans transformation, sans décolonisation de ces espaces, sans remettre en question cette colonialité persistante et la pensée institutionnelle et les logiques carcérales qui soutiennent le flux du pouvoir actuel, sans ce démantèlement de la suprématie blanche. Ces comportement qui sont aussi largement incompris et pratiqués par des personnes censées mettre fin aux prisons. Nous pouvons également voir ce qui se produit lorsque ces organisations de défense des droits des personnes handicapées ou militantEs ignorent le fonctionnement de la suprématie blanche - qui effacent les longues expériences et expertises des personnes handicapées racialisées - en obtenant de maigres améliorations conditionnelles pour celles et ceux qui jouissent d’un privilège relatif, et qui ne poussent qu’à des réformes ou à des constructions de places de prison supplémentaires.

Une grande partie des personnes handicapées "blanches" ne fait pas l’effort pour se décoloniser, passer d’un cadre de "droits des personnes handicapées" (lutte pour les droits individuels, liés à ce système capitaliste) à un cadre de justice (globale) pour les personnes handicapées. Alors que le handicap est réparti de manière disproportionné dans le monde, il est réparti de manière si disproportionné qu’il y est même normal d’avoir un handicap, et le handicap en tant qu’identité n’est pas fétichisé comme il l’est en occident. De plus, l’hégémonie des recherches du monde blanc du handicap ne correspond pas à leur demandes et leurs recherches. "The Canadian Journal Of Disabilities Studies" ou "Disability Studies Quartely", parmi tant d’autres permettent de comprendre ce manque de prise en compte de leur difficulté (du à leur position sociale), qui engendre inévitablement un affaiblissement, leur effacement et leur détresse.

Les personnes handicapées qui ont été peu ou pas exposées aux théories des droits des personnes handicapées ou à la culture radicale du handicap, ne comprennent pas le handicap au-delà de ce qui arrive aux « autres », ce qui en fait des objets tragiques de la pitié libérale, du mépris et de la charité. La justice pour les personnes handicapées a émergé grâce au travail des féministes queer, trans et des personnes de couleur. Le terme a été inventé par les membres originaux de Sins Invalid (10 principes de justice pour les personnes handicapées) contrairement aux études hégémoniques sur le handicap à dominante blanche et à focalisation unique (Piepzna-Samarashina, 2018).

La justice pour les personnes handicapées a été construite parce que le mouvement pour les droits des personnes handicapées et les études dominantes blanches sur le handicap ne centralisent pas de manière inhérente les besoins et les expériences des personnes victimes d’oppressions intersectionnelles, multi marginalisées, telles que les personnes handicapées de couleur, les immigrantEs handicapéEs, les homosexuellEs handicapées, les personnes trans et de genre non conforme handicapées, des personnes handicapées sans logement, des personnes handicapées incarcérées, des personnes victimes d’autres catastrophes de plus en plus fréquentes... ou plus largement des nombreuses personnes handicapées dont les terres ancestrales ont été volées, depuis ces cinq cent dernières années... entre autres. Les conversations importantes et nécessaires sur la race et la justice ne peuvent être pleinement menées sans la justice pour les personnes handicapées au centre. Les personnes de couleur handicapées sont les plus durement touchées par les inégalités structurelles qui se chevauchent au sein de toutes nos institutions. Nous ne pouvons donc pas éviter le fait que nos communautés subissent des oppressions communes et superposées qui nécessitent un cadre de plaidoyer qui transcende les identités et les mouvements.

La justice pour les personnes handicapées nous permet de réenvisager le monde – de rappeler aux gens que, comme la race, la classe sociale et la criminalité, le handicap est une construction sociale. Elle nous rappelle à tous-tEs qu’il n’y a jamais eu et qu’il n’y aura jamais de « normalité ». Elle nous permet de définir l’éducation et la justice, de dépénaliser le handicap, de désarmer la police, de détourner tout le monde des prisons et d’autres institutions carcérales, de démanteler la suprématie blanche, de désinstitutionnaliser celles et ceux qui sont actuellement pris au piège dans l’emprise violente et impitoyable de nos institutions parce que la société n’a pas réussi à fournir un soutien et des soins significatifs en premier lieu, et de restituer les terres aux peuples autochtones, handicapées par ces siècles de vols et de violences coloniales.

"La fin du colonialisme, c’est la fin du capacitisme" - Jen Deerinwater

Un élément clé des politique radicale est la perturbation du statu quo, de l’organisation tenue pour acquise des choses qui profitent à celles et ceux qui ont un pouvoir et des privilèges relatifs. C’est pourquoi nous avons besoin de décolonisation, pas seulement de « diversité », et pourquoi « l’inclusivité » au sein de milieux embourbés dans la colonialité n’est absolument pas la réponse.

Fondamentalement, la décolonisation consiste à se détacher de la colonialité, du colonialisme, du point de vue et des compréhensions qui ont créé des structures de pouvoir et d’oppression qui rendent certaines communautés et leurs connaissances inférieures, déficientes ou « arriérées ».

« Nous avons été si occupés à lutter contre l’innocence et la bienveillance abusives et mortelles de la blancheur libérale hégémonique au sein de nos institutions que nous avons oublié que le cœur et les parties les plus vitales du cerveau du mouvement décolonial ne se trouvent pas dans les murs des universités, mais, dans leur écrasante majorité, dans les actions de collectifs décoloniaux combatifs […] nous devons former des combattants plutôt que des universitaires […] En bref, devenir désobéissant dans le milieu universitaire. Remettre en question la monodisciplinarité ou l’eurocentrisme, n’est pas suffisant pour éviter les pièges des espaces universitaires libéraux, de la colonialité du savoir. » - Nelson Maldonnado Torres, sur la décolonialité combative.

W. E. B. Du Bois a également discuté de l’importance de l’éducation dans la reproduction de la domination, de la servilité et de la suprématie blanche. Frantz Fanon expose aussi son avis dans "les damnés de la terre" sur "l’intellectuel colonisé qui a investi son agressivité dans son désir à peine voilé de s’assimiler au monde colonial. Il a mis son agressivité au service de ses propres intérêts. Ainsi apparaît facilement une sorte de classe d’esclaves affranchis individuellement."

Les approches académiques de la décolonisation ont tendance à s’effondrer en projets de diversité/inclusion, et réduisent souvent la dimension combative de la décolonialité à la réalisation d’un débat intellectuel entre universitaires érudits et aspirants universitaires, des approches eurocentriques qui sont au centre du complexe mondial libéral et néolibéral des universités occidentales modernes. L’épistémologie dominante, centrée sur l’Europe et l’"Amérique du Nord", connaît une crise terminale. Cette crise épistémique ouvre la voie à la montée des épistémologies du Sud, apportant une nouvelle interprétation de l’expérience humaine. Le préjugé selon lequel il n’y a pas grand-chose à apprendre de ces régions du monde qui pourraient nous rendre meilleurs ou nous aider à créer un monde meilleur est une vision du monde eurocentrique de notre éducation. Un monde toujours considéré en retard, un monde censé rattraper la modernité/colonialité occidentale.

Nous avons aussi besoin de personnes temporairement valides qui puissent comprendre que la libération des personnes handicapées est également dans leur intérêt.

Nous devons donc travailler ensemble pour la libération, dans un soucis d’interdependance, ce qui signifie que toutes les façons dont nous nous organisons et élaborons des stratégies pour notre libération doivent être accessibles et pleinement accueillantes pour celles et ceux d’entre nous. Nous avons intérêt à démanteler ces systèmes d’oppression parce que nous existons.
Nous naviguons constamment dans un monde qui ne veut pas que nous en fassions partie. La présence d’un handicap oblige les personnes valides à affronter leur propre capacitisme intériorisé. Les organisateurs devraient repenser leurs manifestations et les rendre plus accessibles, modifier leurs objectifs pour mieux refléter « toutes les personnes queer », « toutes les marges », « toutes les femmes », « toutes les corps/esprits »... créer des programmes et des espaces qui permettent à de nombreux types de corps, de niveaux d’énergie et de styles d’apprentissage différents. Une véritable intégration des politiques radicales en matière de handicap doit nous obliger à avancer beaucoup plus lentement, à créer un langage plus accessible pour ne pas nous détourner de cette réalité complexe, souvent très difficile à comprendre, de la question du handicap dans un monde capacitiste. Les personnes handicapées se sont vu refuser l’accès à la sphère publique, à l’emploi, à l’éducation, à la communauté, aux mouvements de justice sociale. Si les communautés ou mouvements radicaux sont vraiment sérieux-ses dans leur engagement en faveur de politiques radicales, alors elles doivent s’engager dans des changements radicaux au niveau culturel, interpersonnel de manière itérative pour mettre fin à la marginalisation, à la ségrégation, à l’incarcération.

La véritable solidarité n’est pas un mot, c’est un verbe et comme pour tout travail de solidarité active, un engagement total non seulement en paroles, mais aussi en actes, est nécessaire. "La véritable solidarité n’est qu’un autre mot pour désigner l’amour" (Mia Mingus). Et la gentillesse n’est pas la justice. La justice, ce n’est pas faire des excuses ou reconnaître le préjudice. La justice exige une transformation personnelle qui garantisse que le préjudice ne se reproduira plus, c’est mettre fin à la violence (Voir le site créé par Mariam Kaba une compilation de nombreux textes sur ce sujet : Transform Harm).

L’aphorisme du design : « Rien sur nous, sans nous, n’est pour nous » est ici profondément pertinent. Décoloniser les espaces publics signifie impliquer activement les communautés locales dans les processus de planification. C’est du soin et de la responsabilisation de premier ordre. Les communautés peuvent se décoloniser en déconstruisant ces hiérarchies et autres structures sociales qui soutiennent ce statu quo discriminatoire rendu non problématique. La décolonisation est un processus d’examen et d’annulation des privilèges non mérités qui résulte de ces processus historiques et actuels pour discuter et mettre en place des stratégies pratiques pour « décentrer les groupes dominants » et garder un espace pour les voix auparavant marginalisées.

Il y a eu un consensus parmi de nombreuses études sur le fait que les conceptions occidentales du handicap (modèle caritatif, médical, religieux, social) ne trouvent pas écho chez de nombreux membres des Premières Nations d’Australie et ailleurs... Nous soutenons que les expériences intersectionnelles de colonialisme, de racisme, de capacitisme et de sexisme, en particulier dans les services aux personnes handicapées, peuvent conduire à la marginalisation des participants et des familles des Premières Nations. Comprendre les approches autochtones du handicap et la justice pour les personnes handicapées est un élément essentiel de la décolonisation des services de soutien aux personnes handicapées. Les peuples autochtones du monde entier sont laissés pour compte par les systèmes de santé publique actuels. Ceci est directement lié à la question persistante du colonialisme. Nous devons décoloniser ces systèmes de santé si nous voulons parler de solidarité active, comprendre et améliorer l’offre de soins de santé aux peuples autochtones. (articles sur Science direct - 1, 2)

Le sauveur blanc (#WhiteSaviorIndustrialComplex)

La plupart des sauveur-ses ne peuvent pas s’auto identifier aux expériences de celles et ceux qu’iElles « aident » et ne peuvent pas entendre ces personnes parce qu’elles ne disent pas ce que leA sauveur-se veut entendre. Nous tous-tEs, les marginaliséEs, mourons encore à cause de votre sauveurisme persistant et de votre refus catégorique d’accepter et de résoudre le problème de la suprématie blanche de cette nation.

De nombreux-sEs bâtisseur-sEs de communautés handicapées continuent d’avertir que le fait de ne pas aborder ces discussions dans une optique de justice pour les personnes handicapées – de comprendre, de discuter et d’aborder les liens réels et mortels entre le racisme, le capacitisme, cette colonialité, la suprématie blanche et la violence policière – entraînera davantage d’incarcérations, davantage de morts. Cela, ou peut-être ne savent-iElles pas clairement comment chacune de ces oppressions est tissée dans le tissu de la suprématie blanche et comment chacune soutient l’autre.

Ces oppressions sont si étroitement liées que toute tentative de débarrasser cette nation de ce racisme sans éliminer le capacitisme ne donnera pratiquement rien. Les communautés handicapées qui tentent de débarrasser la nation du capacitisme se retrouvent avec très peu de progrès parce qu’elles pratiquent toujours le racisme, c’est également vrai dans le sens inverse.

Et pourtant, vous continuez d’effacer inconsidérément notre identité, notre « diversité fonctionnelle », notre « neurodiversité » – et donc, notre humanité. La « normalité » est un mythe, un problème et un privilège. À bien des égards, le concept occidental de « handicap » a été utilisé comme un outil de la colonisation et est encore utilisé et nécessaire aujourd’hui pour marquer la limite de l’inclusion, maintenir la structure coloniale (interne), tracer des frontières... alors qu’être inadaptéE à cette société capitaliste, coloniale et malade, cela signifie que vous êtes en bonne santé.

« Nous ne voulons pas simplement rejoindre les rangs des privilégiéEs, nous voulons défier et démanteler ces rangs et nous demander pourquoi certaines personnes sont constamment en bas de la société [...] Tant de gens veulent des alternatives à la police, aux prisons et au système de justice pénale, mais très peu sont prêt-Es à s’engager réellement dans le dur travail à long terme pour les construire. Ils ne se produisent pas * et ne se produiront pas * comme par magie, ils doivent être construits avec du temps, du travail et un engagement collectifs [...] Votre communauté/famille/quartier dispose-t-elle d’un moyen de lutter contre la violence intime et sexuelle ? [...] le travail de groupe est difficile, long et prend du temps." » — Mia Mingus

Sur la stigmatisation et la « normalité »

Le mouvement radical des personnes handicapées reconnaît que toute notre libération est liée (l’interdépendance) et de plus en plus de mouvements sont aux prises avec cette question. De plus en plus de personnes handicapées révèlent leur handicap et de plus en plus de militantEs deviennent handicapéEs ou acceptent leur handicap. CertainEs ne se sont jamais sentiEs suffisamment à l’aise pour en parler, ou ne peuvent tout simplement pas être comprises en fonction de la complexité et des multiples handicaps. Certaines en arrivent à un épuisement physique, psychique dû au fait qu’elles ne sont pas du tout comprises. Nous avons souvent appris à individualiser et à dépolitiser nos souffrances, nos identités et nos expériences handicapées grâce à l’efficacité du capacitisme et cette incitation à promouvoir sans cesse nos capacités, nos compétences. La stigmatisation autour du handicap est tellement intense que de nombreuses personnes handicapées ne peuvent pas ou ne veulent pas s’identifier comme handicapées et vivent des burn out. Il peut aussi être impossible de s’identifier comme handicapé lorsque votre survie en dépend. La normativité a de fortes racines coloniales (Daratowriss ; L’intersection du colonialisme et du handicap) et le langage oppressif, infériorisant, pathologisant a ses origines dans l’esclavage (drapétomanie) : les noirEs qui refusaient et fuyaient l’eslavage par les blanc-hES, sous Jim Crow étaient pathologiséEs : idiotEs, fou-llEs... et aujourd’hui encore, la médecine coloniale pathologise les coloniséEs (Fanon).

« À mesure que la communauté politique radicale du handicap se développe et que de plus en plus de personnes handicapées aux multiples identités opprimées refusent de laisser leurs handicaps à la porte, les mouvements politiques sensés seront contraints de faire face à leurs histoires d’exclusion, de stigmatisation et d’évitement. Pour moi, il est vital que les personnes politiquement handicapées, et pas seulement les personnes handicapées descriptives, soient au centre de ce changement et soient informées par les politiques radicales en matière de handicap. » (Mia Mingus)

Étant donné que la pauvreté, la pollution, la violence (domestique), les traumatismes, les prisons, la ségrégation, la violence de ce monde de mort de la colonialité... sont les causes dans la manière dont les personnes deviennent handicapées, les communautés pauvres migrantes, marginalisées, effacées... les abolitionistes de la police et des prisons font déjà ce travail dans l’ombre à l’intersection des politiques radicales du handicap.

Mais ce qui manque aux mouvements de justice sociale, c’est cette solide analyse et la compréhension de ces politiques radicales du handicap, du fonctionnement de la suprématie blanche, de la suprématie des personnes valides, du capacitisme. Même si le handicap est partout, il est tellement séparé et individualisé que de nombreuses personnes n’ont soit pas assez de connaissances ou d’échanges ou d’expérience avec les personnes handicapées. Le séparatisme persistant au sein du monde du handicap n’est pas non plus anodin.

L’individualisme, l’isolement et la normalisation s’unissent pour garantir que nous restons déconnectés de nous-mêmes et les uns des autres. L’une des façons les plus insidieuses de miner les mouvements est la propagation de cultures indésirables qui créent des politiques, des environnements, des structures et des idéologies qui disent aux personnes marginalisées (non capables, non blanches) que nous sommes jetables, quand nous ne sommes pas aussi consommables. Dans une société suprémaciste et capacitiste incroyablement valide, remettre en question la croyance profondément ancrée selon laquelle le handicap et les personnes handicapées ne sont pas des fardeaux jetables, tragiques et laids est tellement radical – y compris au sein de nos mouvements pour la justice sociale qui ne naissent pas en vase clos et continuent de soutenir et de perpétuer activement ces notions et pratiques capacitistes. Les personnes qui ont une apparence ou un comportement différent des normes sociales peuvent être confrontées à l’exclusion dans les contextes familiaux et communautaires. Une ré-imagination radicale de la communauté pourrait commencer du point de vue du handicap et de son plaidoyer.

Le travail visant à créer une organisation et une communauté pour les personnes handicapées est tout simplement révolutionnaire parce que le monde dans lequel nous vivons n’a jamais été construit pour ces personnes. La raison pour laquelle nous avons besoin de l’abolition du capitalisme et de la suprématie blanche est qu’il nous oblige à nous conformer à un idéal et à un modèle de personnes valides pour entrer sur le marché du travail, être productif-fe, compétitif-ve, ce que beaucoup de personnes handicapées ne peuvent pas faire. Cela crée une frontière entre la communauté des personnes handicapées et le reste de la population qui est stigmatisée parce qu’elle ne travaille pas dans cette économie. Ces personnes ne sont pas utiles à la bourgeoisie capitaliste et ses discours. Le démantèlement du capacitisme nécessite de comprendre comment il est lié à la suprématie blanche et ses privilèges. Il nécessite aussi de comprendre que la racine du racisme, c’est le validisme et la racine du validisme c’est l’anti noirceur (Talila Lewis, 2018. Il est fondamental de comprendre qu’il sera impossible de lutter contre toutes les formes de racismes (surtout l’anti noirceur et anti autochtones), si les voix des personnes handicapées ne sont pas amplifiées pour démanteler ce validisme, en France, plus particulièrement.

"l’affaire de la neurodiversité et du handicap plus largement doivent être aussi inclus dans tous les mouvements de #BlackLiberation (Schalk, Black Disability politics - 2022)."

Comment pouvons-nous vivre dans un monde aussi violent et traumatisant sans parler du handicap et du capacitisme ?

Très peu d’attention est accordée aux injustices infligées aux personnes handicapées . Et c’est un trésor très rare que d’assister à des conversations politiques ou de plaidoyer sur/par des personnes handicapées dont les corps/esprits abritent de multiples marginalités et diversités. Nous pouvons constater que les établissements d’enseignement, les « forces de l’ordre », les avocats, les juges et les administrateurs pénitentiaires, comme les mouvements de justice sociale comprennent peu le handicap et le souci des personnes handicapées, à cause de cet effacement constant, que la catastrophe climatique affaiblit d’autant plus.

La violence, c’est s’exprimer contre la violence de l’État – qui entraîne un manque d’accès à la justice, un isolement, une stigmatisation – tout en ignorant le rôle que joue le capacitisme dans sa justification.

La violence, c’est perpétuer ces schémas traumatisants d’abus, de relations abusives, d’effacement et de gaslighting (police de la parole, nier les expériences, les traumatismes, les handicaps de quelqu’un) dans l’activisme, l’organisation communautaire et les mouvements de changement social (espaces censés être engagés en faveur de la justice sociale).

La violence c’est faire taire et marginaliser les personnes qui ne peuvent pas accéder aux discours académiques, à l’université, et ne connaissent pas le vocabulaire de la théorie critique du handicap (#DisCrit), ne peuvent pas naviguer dans les dynamiques sociales toxiques et ont du mal à participer car ces modèles dépendent du capacitisme. De plus, le courant académique critique du handicap (des études faites par les personnes handicapées elles-même), qui est très important, est un mouvement essentiellement anglophone.

Audre Lorde (1984) nous rappelle que nous ne vivons pas une vie axée sur un seul problème ; par conséquent, nous devons nous organiser de manière à reconnaître notre multiplicité et la nature imbriquée des inégalités structurelles. Il suffit de considérer les préjudices et la violence inhérentEs au système carcéral et la surreprésentation des personnes handicapées, des Noirs, des Autochtones, des personnes de couleur, des Trans, des Queers, des pauvres et des travailleuses du sexe, pour reconnaître que la suprématie blanche (drogue infernale), le colonialisme, le handicap et le capitalisme sont des systèmes puissamment interconnectés.

Pour répondre pleinement à ces violences contre notre communauté, les organisations doivent compter des personnes handicapées parmi leurs membres et parmi leurs dirigeants pour défendre pleinement les victimes. De nombreuses personnes considèrent le handicap comme un problème individuel et non lié à une lutte historique beaucoup plus vaste. Si les mouvements de justice sociale peuvent faire le lien entre la manière dont les personnes noires handicapées ont contribué à la lutte de libération des NoirEs dans le passé, cela peut constituer un argument plus fort sur la façon dont les personnes temporairement valides et les personnes handicapées peuvent se rassembler pour travailler à la libération collective. Plus qu’une confrontation nécessaire, un dialogue honnête dans les communautés pourra résoudre ces divisions et ces peurs et travailler ensemble à la libération que nous devons tous-tEs acquérir.

Être privé de sa communauté, l’incarcération, la ségrégation, l’exclusion sociale... était pourtant compris par nos ancêtres comme une peine de mort.

Sous le capitalisme, les communautés adhèrent fortement à l’être humain typique et les personnes qui ne s’adaptent pas facilement à l’image capacitiste ressentent de la honte. Comme dans toutes les communautés sous le capitalisme, il existe une certaine honte et un certain malaise envers des personnes qui ne s’adaptent pas facilement à cette image capacitiste et de ce qu’est un être humain « typique ».

Environnementalisme

De plus en plus de dirigeantEs, militantEs, universitaires... autochtones appellent au démantèlement de la suprématie blanche, autant dans l’activisme environnemental, dans les études universitaires, que dans les sciences de l’environnement. Les espaces dominants blancs des mouvements pour la justice environnementale, sociale, économique.. ont négligé à maintes reprises – et négligent encore - les expériences et les droits des personnes de couleur, handicapées, (multi) marginalisées, des négligences qui reflètent ce déséquilibre des pouvoirs de ce colonialisme persistant (colonialité). Ces schémas d’exclusion persistants qui coexistent et qui persistent en symbiose avec les médias haineux entravent la réalisation de la justice environnementale. Les militantEs noirEs et autchtones et d’autres dirigeants demandent depuis longtemps que le changement climatique soit également reconnu comme une crise sociale, enraciné dans cette longue histoire du colonialisme européen et nord-américain, alors que les nationalistes blancs du monde entier se sont appropriés le langage de l’environnementalisme en ne plaçant pas cette dimension coloniale (suprématie blanche, capitalisme racial) de la crise climatique au cœur des analyses et des solutions.

"Le changement climatique est un problème relationnel". - O’Brien, 2020.

Le déni du changement climatique et les schémas largement répandus du déni du handicap et son invisibilisation se manifestent de manière étonnamment similaire. La pensée environnementale « critique », loin de ce discours blanc dominant, a appelé à plusieurs reprises à une plus grande attention à cette production culturelle de l’invisibilité, à lutter contre cette invisibilité structurelle et re-politiser l’invisible, en reconnaissant que l’invisibilité n’est pas simplement un fait neutre, mais un déni volontaire et une condition délibérément créée et encouragée afin de faciliter le profit et nier les dommages environnementaux, qui, comme les douleurs chroniques, les maladies environnementales et une foule d’autres handicaps incompris et méconnus, passent souvent inaperçus. Les militantEs écologistes se battent depuis longtemps contre cette invisibilité, une invisibilité que l’on peut considérer comme un obstacle à de véritables actions politiques. (Voir aussi les travaux de Jasbir Puar dans le Post-scriptum)

La suprématie blanche n’est pas une question de richesse ou de couleur de peau, c’est une idéologie dont les caractéristiques simplifiées et très pratiques pour commencer sont (une définition de 𝔹𝕒𝕣𝕒𝕦𝕦 ; - Resisting Colonial Fictions) :

(1) - Individualisme (2) - Accumulation personnelle (3) - Intérêt que pour soi-même

"L’occident (suprématie blanche) n’a pas de parents, seulement des captif-vEs". - RIP Klee Benally.

"L’occident n’est pas l’occident. L’occident n’est pas un lieu, c’est un projet". - Edouard Glissant

"Décoloniser signifie écouter profondément, connaître et pratiquer le Sud à partir de perspectives et d’expériences pluriverses qui remettent en question le monopole épistémique du Nord global [...] Si le diagnostic principal est le colonialisme, la recette est la décolonisation épistémique, physique et politique." - Jorge Ramos Tolosa, en Palestine depuis les épistémologies du Sud.

Ce que font les noirEs et les autochtones depuis longtemps :
(1) HEAL, (2) DECOLONIZE, AND (3) FIGHT FOR HUMAN RIGHTS
s’attaquer au point (3) directement est un pur produit de la suprématie blanche et de se privilèges.

Ce texte est une contribution aux rencontres nationales anticarcérales et moments publics du 26, 27 et 28 janvier 2024, journées auxquelles je n’ai pas été, pourquoi donc ? Relisez-le et relisez le encore, pour comprendre pourquoi les personnes avec des handicaps invisibles ne peuvent pas accéder à ces évènements. Ce texte ne sera pas demandé à être publié sur d’autres sites, parce qu’il suffit de lire simplement les commentaires de "l’extrême gauche" pour comprendre pourquoi ce pays est complètement déshumanisé, et pas envie d’en lire plus. (Re)lisez "le discours sur le colonialisme" d’AImé Césaire, la première page suffit amplement, et (re)lisez encore...

Le premier épisode de cette série pour comprendre le lien entre handicap, racisme, colonialisme et État carcéral, est trouvable sur le web.

LE KIOSK (Radikal Book Store)
Le mot radical, dans son sens originel signifie « aller à la racine de » ou « rechercher les causes profondes », un mot dont le sens est volontairement déformé par celles et ceux qu’il dérange. Les processus et stratégies centrés sur la démocratie radicale servent d’axes de changement social mondial. Nous devons dépasser le point de tenter des petits ajustements d’un système qui est essentiellement de nature extractive, qui extrait une plus-value des corps des travailleurs et utilise les autres corps comme décharge, et ne pas essayer de résoudre cette crise du changement climatique en s’appuyant sur les traditions colonisatrices et les solutions technologiques à but lucratif proposées par l’Occident et plongées dans cette idéologie de la blancheur.

Contact : infolekiosk@riseup.net, twitter (X).

Les racistes les plus problématiques sont celles et ceux qui ne dénoncent pas la violence de la suprématie banche. Faire face à la crise climatique nécessite de démanteler cette suprématie blanche.

Note

Décoloniser l’Europe :

Pour AfaLab, décoloniser l’Europe signifie sortir du déni de l’histoire et reconnaître que la majorité des pays d’Europe occidentale, leurs institutions, leurs systèmes socio-politiques et économiques, ont été construits sur la domination brutale et la violence envers les populations non blanches. Décoloniser l’Europe, c’est aussi reconnaître que la fin officielle de la colonisation n’a pas conduit à la fin de cette domination politique, économique et culturelle. Au contraire, cette violence historique et structurelle continue d’être perpétrée sous d’autres paradigmes, comme celui du développement. La décolonisation de l’Europe n’est donc possible que si l’on reconnaît le passé et les manières dont ce passé n’a pas disparu.
La journée du 9 mai (Decolonial Europe Day) permet des stratégies de décolonisation de l’Europe, pour Démystifier la décolonialité, une traduction de la brochure "Journée de l’Europe décoloniale" disponible ici.

"Connaître notre héritage colonial et avoir une représentation qui reflète la société européenne dans laquelle nous vivons avec toute sa diversité (ethnique, sexuelle, handicap), c’est décoloniser l’Europe." - #DiasporaVote !

Décoloniser l’université :

En 2015, des étudiants de l’Université du Cap ont exigé le retrait de leur campus d’une statue de Cecil Rhodes, le magnat des affaires impérialiste et raciste. Le cri de guerre « #RhodesMustFall » a déclenché un mouvement international appelant à la décolonisation des universités du monde...( PDF)

Décolonialité combative :

Bien que le colonialisme fondé sur l’empire a en grande partie pris fin, la colonialité locale et mondiale perdurent, une colonialité reproduite par ces états-nations. La lutte contre la colonialité exige avant tout une attitude combative qui implique le passage d’une décolonialité légère (ou absente) à une décolonialité combative (Maldonnado Torres)

L’abolition comme projet de transformation personnelle :

L’abolition signifie fixer, communiquer et respecter des limites. L’abolition signifie renforcer ces frontières lorsqu’elles ne sont pas entendues. L’abolition signifie une justice transformatrice. L’abolition permet à un temps de guérir. L’abolition vise à réparer les dommages causés à une personne ou à un peuple. L’abolition réserve un espace pour la ou les personnes qui ont perpétré des violences, des préjudices et des dommages. L’abolition rend possible l’impossible. (Cullors, 2019, 1694) Marina Bell

Une conversation avec Ndlovu-Gastheni, grand spécialiste de la décolonisation en Afrique :

Penser depuis le Sud global, à partir d’un monde majoritaire, et non de manière eurocentrique, signifie que nous prenons la totalité de l’expérience humaine et que nous y réfléchissons. Decolonization, decoloniality and the future...

Intersectionnalité et justice climatique :

Intersectionnalité et justice climatique : un appel à la synergie dans la recherche sur le changement climatique

Intersectionnalité et criminologie :

Les femmes autochtones font face à un triple péril

The Right To Maim

"Le droit de mutiler" de Jasbir Puar fait en fait un excellent travail en expliquant la manière dont le handicap est inégalement appliqué et rend inintelligible la violence coloniale par la manière dont elle est comprise et utilisée en Occident. « The Right to Maim » de Jasbir Puar démêle ces conversations, en soulignant spécifiquement la manière dont le discours sur le handicap en Occident rend souvent inintelligible l’impact global de la violence coloniale, en examinant comment les forces biopolitiques fonctionnent pour contrôler les populations à travers la logique de l’élimination. C’est une lecture essentielle et opportune pour comprendre la biopolitique sioniste, où comment des populations racialisées sont ciblées pour une forme d’élimination ou une autre, Puar nous montre comment la débilité, le handicap et la capacité constituent ensemble un « assemblage » que l’État d’Israël et l’État américain utilisent pour contrôler divers groupes. En complétant son « droit de tuer » par ce que Puar appelle « le droit de mutiler », l’État israélien s’appuie sur des cadres libéraux occidentaux du handicap pour obscurcir et permettre l’affaiblissement massif des corps palestiniens. Nous constatons que les plus jeunes sont ciblés, « non pas pour les tuer mais pour les retarder… qui cherche à rendre impuissante toute résistance future » (152). Puar soutient que cette modalité n’est pas simplement un sous-produit de la guerre, comme les dommages collatéraux ; au lieu de cela, il est utilisé pour atteindre les objectifs tactiques du colonialisme de peuplement. Comme elle le montre, la mutilation fonctionne comme un « ne laissera pas mourir » se faisant passer pour un « laisser vivre ». Il s’agit, comme nous l’apprenons, d’un « génocide au ralenti ». Des articles et interviews sur social text. Pdf gratuit du livre ici.

The Abolition and Disability Justice Coalition :

Des survivants psychiatriques abolitionnistes, des personnes handicapées et leurs complices.

Notes

[1voir : Déni du déni, racisme daltonien, silence en France - Iseult Mc Neulty, traduction disponible ici

[3Saleh-Hanna Citation 2015

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