La question de la non-mixité dans l’auto-organisation dite radicale : au-delà du paradoxe.

A l’appui d’une proposition de discussion publique, un collectif a publié un texte intitulé La non-mixité en question : Être en lutte ou être lutte ? dont certaines affirmations peuvent poser légitimement un certain nombre de questions tant sur la forme que sur le fond.

Si nous avons bien compris le texte, il ne s’agirait pas de condamner la non-mixité « malgré » mais la non-mixité « contre ». Un postulat de départ dont nous traiterons par ailleurs. Cependant, le texte manquant d’exemples explicites, il est difficile de lui opposer d’emblée une critique rigoureuse car les éléments implicites sont bien trop nombreux. Nous avons donc préféré procéder point par point.

Nous tenons également à préciser deux choses :

1) Nous ne pensons pas cette publication comme une réponse mais comme une nécessité, nous ne l’avons pas écrit pour « répliquer » mais parce que nous ne pouvions pas faire autrement, c’était un impératif, que nous avons tenté d’exprimer collectivement. Nous ne pensons donc pas l’argumentaire ci présent comme une « riposte » mais comme l’opportunité de dépasser le simple désaccord pour approfondir une question qui nous semble cruciale. Nous pensons cette publication et le discours qu’elle porte comme une incitation à la lucidité. Car le texte que nous critiquons ici concentre tout ce qu’il y a de plus fallacieux, de moins avisé et relève malheureusement d’une rhétorique largement partagée à l’extrême gauche, même la plus radicale qui soit. Cette publication n’est donc pas qu’un contre-argumentaire, elle est aussi et surtout un prétexte pour contester les logiques de groupes politiques qui ont fait du déni et de l’insensibilité dogmatique la plus crasse les raisons de leurs aveuglements.

2) Nous n’utilisons pas l’expression « premiers concernés », ni non plus « intersectionnalité » autant que nous ne systématisons pas l’utilisation du terme « privilège(s) » pour des raisons étrangères au débat ci-présent.

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Avant toute critique de fond, il semble primordial de faire remarquer les désavantages de forme d’une telle invitation à débattre.

Un appel camarade, même un appel critique, mériterait, si ce n’est de donner l’impression d’une neutralité mensongère, d’éviter au moins les biais interprétatifs de l’opinion sommaire qui ne permette en rien l’inclusion, mais bien au contraire, confinent les possibilités d’un dialogue à l’entre soi groupusculaire et à la reproduction de convictions dont l’orientation idéologique n’est plus à présenter.

Qu’une introduction puisse être tranchée en faveur de prises de paroles franches, pourquoi pas, qu’une introduction tombe dans les facilités de la provocation afin de se donner des allures de vaillance et d’originalité, c’est surjouer l’anticonformisme pour une autosatisfaction aussi futile qu’inopérante.

Si l’esprit de polémique peut avoir son effet, l’anathème reste une pratique politique qui limite l’échange à la controverse et accule toute causerie à l’interaction binaire, contraignant toute prise de position à la reproduction des camps imbéciles du pour et du contre - approbations ou oppositions, qui semblent être des préalables à ce semblant de communication.

Notre réaction, en est le plus sûr témoignage.

Par le manichéisme et la malhonnêteté qu’elle annonce, l’invitation présente devient alors une véritable course d’obstacle ne pouvant déboucher que sur des désaccords de type « défensifs », c’est dire en d’autres termes, de prendre le temps de se déplacer un dimanche, pour venir se justifier d’une pratique mésestimée, et discréditée dès le départ sous quelques sophismes prétendument historiques.

Il en faut, de la patience, de l’énergie, et certainement aussi d’un peu de naïveté, pour se presser à la contradiction qu’on imagine d’avance écrasée sous le poids de certitudes moins empiriques que maladroites, et que la vanité irrévérencieuse promet déjà aux ricanements bigots.

Cette invitation réduit donc l’expression possible à l’opposition, au conflit, et rejoint en cela une « non-mixité » exclusive et sectaire, puisqu’elle expurge de fait les potentialités d’une véritable pluralité d’opinion.

Nous n’avons pas tous/toutes, le luxe d’une fin de week-end à offrir à une énième légitimation, encore et toujours éludée, ou pire, aux radotages pédagogisants, face à des « camarades » qui n’en déplaise, semblent peu intéressés par leurs propres sujet de discussion.

Confusion #1 :

(1) Suivant ces termes, s’opposer convenablement à la « catégorisation » vécue, reviendrait à s’exclure miraculeusement des réalités matérielles, pour l’obtention d’une pratique politique pure, dénuée de toute contradiction pourtant inhérente à toute forme de pratique. Suivant ce type de logique, la casse contribuerait en effet par l’impact de son action à l’économie capitaliste, pire, encouragerait la répression. L’auto-réduction contribuerait ainsi à l’épuisement des stocks du supermarché exproprié, et donc par corrélation à la surproductivité ; la ritournelle de l’extrapolation hygiéniste et culpabilisante, le refrain populaire du « paradoxe », une mauvaise chanson.

(2) Ici, la non-mixité serait comprise comme une « solution » politique parmi tant d’autres, et non comme une réaction pragmatique vis-à-vis du système patriarcal, encore moins des postures virilistes du milieu toxique militant, produit typique de l’idéologie patriarcale capitaliste dominante que nous avions déjà signalé dans « Le militantisme et sa meute patriarcale » ou dans notre « introspection révolutionnaire et synthèse critique du milieu autonome numéro 2.1 ». Au-delà de la mise-en-silence réelle des femmes dans les contextes d’assemblées se pose également la question de violences actives comme l’intimidation ou les agressions sexuelles. Le militantisme, reflet militarisé de la spécialisation politique de l’idéologie dominante, aggrave d’autant la séparation sexuelle du travail militant en légitimant les agressions virilistes comme une nécessité pour construire une identité (ici, il s’agit bien de cela) guerrière aliénée ou chacun se pose comme le héros-bouffon tragi-comique d’un révolution mythifiée.

En 1935, Lucía Sánchez Saornil, figure éminente des Mujeres libres,
illustrait déjà très bien cet état de fait :

« Le dernier des esclaves se transforme, une fois franchi le seuil de sa demeure, en un souverain et maître. Un de ses désirs, à peine ébauché, est un ordre catégorique pour les femmes de sa maison. Lui, qui dix minutes avant avalait encore le fiel de l’humiliation bourgeoise, se dresse comme un tyran en faisant sentir à ces malheureuses toute l’affliction de leur prétendue infériorité. »

Elle qui rajoutait dans l’aigreur :

« Que l’on ne me dise pas que j’exagère. Je pourrais en offrir des exemples à pleines mains. Le concours de la femme n’intéresse pas les camarades. Je cite des cas véridiques. J’avais eu plusieurs fois l’occasion de dialoguer avec un compagnon qui me paraissait assez sensé et je l’avais toujours entendu mettre l’accent sur la nécessité qui se faisait sentir pour notre mouvement, de la participation de la femme. Un jour qu’il y avait une Conférence au Centro, je lui demandais :

  • Et ta compagne, pourquoi n’est-elle pas venue écouter la conférence ? La réponse me glaça.
  • Ma compagne a bien assez à faire pour s’occuper de moi et de mes enfants. »

Et que penser de ces constats qui, dans le camp révolutionnaire, se réaffirment constamment depuis plus de deux siècles ?

(3) Sous couvert d’un raisonnement pseudo-dialectique, le texte affirme par ailleurs que ce serait la pratique non-mixte elle même qui contribuerait à « instituer » les « formes de dominations » dont elles résultent pourtant. Un positionnement, hasardeux et dommageable, qui se limite à la seule insinuation. Nous n’en saurons pas beaucoup plus sur les qualités de reproductions des violences symboliques, émotionnelles, psychologiques ou physiques, que contribuerait à « instituer » la non-mixité.

(4) Plus troublant encore, ces formes de non-mixité seraient pour les auteurs du texte le produit d’une « identité » qu’une telle forme de non-mixité empêcherait de dépasser. Les luttes non-mixtes seraient donc intrinsèquement identitaristes, différentialistes et séparatistes, et non plus une nécessité pratique, devenue un moyen politique propre, mais le prolongement d’une idéologie dominante et réactionnaire.

Confusion #2 :

(1) Cette vision des rapports à la lutte est une vision uniforme de la pratique, l’inclusion portée en principe, le projet d’auto-détermination ne pourrait être qu’une dégénérescence des formes d’auto-organisations qui lui seraient antérieures. Lutter « en soi et pour soi », ne serait pas seulement lacunaire, mais serait bel et bien synonyme de détachement vis-à-vis d’un contexte de lutte plus ample, voire s’y opposerait carrément, si ce n’est dans le simple objectif de la diriger. Il n’y aurait que l’inclusion, ou l’exclusion, aucune dynamique, aucun mouvement de va-et-vient entre général et particulier, personnel et politique, groupe en non-mixité et mouvement plus vaste. Une négation de possibles intérêts contradictoires au sein d’une seule et même lutte, une compréhension de « l’adhésion » nécessairement « totale » ; refrain unioniste, idéel, fatalement abstrait. À cet égarement ingénu et caricatural, nous pourrions répondre sur le même ton : à quand la prochaine AG insurrectionnelle en présence de nos camarades policiers ? Mais, pour sortir de la fonction individuelle « choisie », disons plutôt : à quand la prochaine assemblée de « lumpens » en lutte, tenus par les commentaires spécialistes de camarades rentiers ? Leur présence serait toute justifiée, une certitude, marquée par la tolérance et la bonne volonté.

(2) Le texte critique donc une non-mixité féministe, mais également d’autres formes de non-mixité possible comme par exemple, une « non-mixité ouvriers ». Néanmoins, être prolétaire n’est pas une identité, mais une position sociale et économique, située dans les rapports de production. De la même façon, être une femme n’est pas une identité (une identité peut être « choisie »), il s’agit là d’une interprétation symétrique à celle de l’essentialisme, qui exclut toute définition dynamique - dialectique - du « prolétaire » ou de la « femme ».

Confusion #3 :

(1) À ce pourquoi ce joint un « parce que » d’un manichéisme réducteur au possible : « association pragmatique ponctuelle » ou « proposition politique post-moderne ». Les formes de non-mixité prolétariennes puisent pourtant dans leur systématisation, leurs origines dans une époque de l’histoire industrielle bien antérieure à l’idéologie postmoderne censée l’animer. Quant à la non-mixité féminine-féministe, la société des citoyennes républicaines révolutionnaires - qui, en 1793, s’érigea en non-mixité pour l’égalité réelle des droits, pour le port d’arme, contre la citoyenneté masculine et qui continua d’agir malgré l’interdiction des clubs de femmes - reste un exemple historique d’un mouvement qui dans une période révolutionnaire, a « politisé » la non-mixité. Nous pensons aussi, aux groupes d´auto-conscience féministes non-mixtes de l’autonomie italienne.

(2) La démonstration boiteuse ne s’arrête pas en si bonne impasse, les pratiques non-mixtes « postmodernes » seraient orientées « contre » des révolutionnaires, et puiseraient leurs sources dans l’essentialisme. Encore une fois, quand les preuves manquent, l’opinion triomphe. Mais au-delà du préjugé grotesque, un sous-entendu résonne, la non-mixité, pourrait trouver grâce aux yeux de l’argumentaire, si elle se trouvait être le fruit de la seule contrainte, d’une nécessité pratique, par contre, la non-mixité choisie, théorisée, politisée, n’aurait rien à envier aux pires rétrogrades. La question posée ici est donc double : quand est-ce que les effets du machisme (racismes, homophobie, mépris de classe...) ne seraient plus supportables ? Et, à qui de décider des niveaux de tolérance et d’acceptabilité vis-à-vis de comportements et/ou du tissu relationnel dominé par une culture du même nom ? À ce niveau de confusion, « l’adhésion » à la lutte devient synonyme de coopération obligée, et finalement, de sacrifice volontariste peu souhaitable. S’organiser par défaut ? Mieux que par intention ? Une vision sinistre de l’organisation, et plus largement du projet révolutionnaire.

Confusion #4 :

(1) Le texte affirme la nécessité de « faire la différence entre une non-mixité dite et pensée comme telle, et une forme d’homogénéité de fait et ponctuelle, répondant à des circonstances particulières, qui ne se politiserait pas en tant que non-mixité et resterait donc potentiellement rejoignable. » Cela est vrai, mais cela reste de la non-mixité (inclusive) et indispensable. Il semble qu’il y ait ici une volonté de vouloir « jeter le bébé avec l’eau du bain » : partir de l’adoption d’une telle pratique par quelques groupuscules pomo (postmoderne), pour nier, dans leur contexte historique et global, des formes d’auto-organisation (les Mujeres Libres ont été citées) semblables dans leur théorisation. Situer une expérience, effectivement, pour point de départ, mais là encore, l’allégation propose l’antagonisme comme seul possible, une véritable dichotomie entre, la « séparation » prétendue, « l’exclusion » et « ce qui est partageable », c’est dire, tout ce qu’il reste de commun. Mais qui a jamais prétendu que la non-mixité était une panacée intemporelle ? Qui a jamais théorisé la non-mixité comme fin en soi ? Les groupes non-mixtes se mureraient-ils dans l’immobilisme et l’abandon de toute ambition collective ? La non-mixité serait-elle hermétique au bon sens ? Au dépassement de sa propre logique ? Les éléments qui l’animerait seraient-iels incapables de participer à un mouvement plus vaste ? Au vu de cette tirade, il semblerait que oui. Mais c’est avoir une vision homogénéisatrice, mécanique et stationnaire de la pratique, sans dynamique aucune. Ici, le texte perd donc le fil pseudo-dialectique des lignes précédentes en présentant une argumentation statique (la relation au contexte et son dépassement possible) d’une position prétendument statique (l’impossibilité de s’extraire de la non-mixité causée par les éléments réels extérieurs). Il n’est pourtant pas rare de voir l’architecture de tels types d’organisations se transformer, devenir plus inclusives ou, selon les contextes, plus exclusives, afin de préserver des espaces de vie, d’échange, de soutien et même de détente prédestinés à l’entraide, à la solidarité, au dialogue ou à la joie - et non au retranchement. Pour autant, si ces espaces et ces moments subsistent, au sein d’un patriarcat millénariste ou d’un mouvement de lutte, les adeptes de la non-mixité circulent, discutent, combattent aussi en dehors des moments, des lieux, non-mixtes, iels n’y sont pas cloîtrées.

Et quand bien même, si l’argument du « rejoindre » impossible - dont les conditions de ralliement ne sont jamais spécifiées - se devait d’être illustré par quelques formalités de type lifestyles académiques, ou, allons plus loin puisque c’est ce qui semble être sous-entendu en second lieu, « misandres » ; est-ce que cela suffirait à évacuer les innombrables mérites d’une telle pratique historique ? Non, à moins, bien sûr, d’être aussi simplificateur que systématique, en vu d’ « essentialiser » un type de pratique visiblement méconnue.

De plus, le fait qu’une pratique ponctuelle n’ait pas été théorisée et/ou systématisée, ne signifie en rien qu’elle n’ait jamais été « dite ou pensée » comme telle, c‘est une assertion creuse, que les archives historiques contredisent par ailleurs.

(2) Ici, la pratique de la non-mixité aurait deux fonctions, somme toute parodiques. Elle serait vouée à se soustraire aux « hommes » (notons tout de même les guillemets autours du terme « hommes » mais pas autours du terme « femmes », appuyant à nouveau sur le présupposé essentialiste de la non-mixité, le « choix » de l’assignation contre l’assignation subie ; encore une fois, c’est très mal connaître son sujet), et, à libérer la parole. Pour ce qui touche du premier énoncé, nous aimerions éviter de tomber dans les travers psychologisants des problèmes de virilité qui nous concernent peu, même si l’on dénote sans grande surprise, la manifestation d’une vulgate phallocentrique. Mentionnons tout de même que le texte porte en postulat principal l’idée que la non-mixité serait une pratique « en opposition à », « contre », et jamais une pratique « en faveur de » ou plus simplement pour penser « un rapport à », il ne pourrait s’agir que d’être avec ou sans, pour ou contre - binarité ordinaire, moins qu’une hypothèse, un a priori. Quant au second point, il faudra s’y attarder un instant.

D’une part, il est évident que la non-mixité n’a pas pour seul objectif de libérer la parole, c’est une version très limitée voire excessivement superficielle de ce que représente concrètement la non-mixité. Personne ne parle d’automatisme dans la justification de la non-mixité, ni même de « magie », personne ne tombe dans le piège d’une interprétation statique de la « résilience » en situation de non-mixité. Les « enjeux de pouvoir » sont donc dépassés dans la relation dynamique interne et externe d’une hétérogénéité pratique. L’ « accusation » unilatérale de la non-mixité est une interprétation figée, donc tronquée de la praxis.

Nombre de témoignages provenant d’expériences faites en non-mixité attestent de cela, sans jamais confondre réalité pratique et réquisitoire, mais qui bien au contraire, tendent au dépassement de ce type d’évidences qui, aujourd’hui, font figure de lapalissades.

Conversation avec quelques femmes de Padoue, Novembre 1975 :

« Je dois dire, entre autres choses, que les premières fois où je suis allée dans des réunions et où je me suis trouvée entre femmes, les choses qui me frappaient le plus, immédiatement, consistaient en toute une série d’émotions, de phantasmes qui accompagnaient cette participation. Je me souviens par exemple, que pendant les réunions, la seule chose qui me venait à l’esprit, c’était les sensations angoissantes que j’avais vécues le soir précédent. J’entendais ces discours politiques – encore assez traditionnels – et je disais : voyez comme je me sens mal, je viens ici mais cette nuit j’ai fait un cauchemar, j’ai été très mal ; l’idée de me trouver seule entre femmes reconstitue en moi des phantasmes de peur. J’insistais beaucoup sur les résistances qui naissent chez les femmes vis-à-vis d’une pratique qui les voit séparées des hommes. Le choix de l’autonomie me convainquait immédiatement sur le plan politique, mais au niveau profond, il réveillait des craintes.

Je me souviens qu’au cours d’une de ces premières réunions, une femme de Bologne, parlant de son rapport avec un homme, commença en disant qu’elle avait eu des difficultés et que cet homme lui avait dit : « Eh bien ! Si tu es autonome, moi je te quitte ! ». Je me rends compte que l’idée de l’autonomie pouvait être associée à l’abandon par l’homme, à la remise en question de la culture, de la politique ; toutes les attaches que nous avons avec le monde des hommes étaient menacées par le fait de nous voir entre femmes, d’avoir une pratique qui se différencierait tout de suite de la pratique politique antérieure.

J’ai raconté cet épisode pour dire que depuis le début, j’ai eu l’impression que, pendant qu’on reconquérait une physionomie qui nous liait entre nous, - donner justement une dimension sociale à ce qui avait toujours été des histoire personnelles, des névroses personnelles, etc. - dans le même temps, quelque chose nous séparait encore.

Je pensais : j’ai encore des difficultés, sans me demander si les autres éprouvaient aussi les même difficultés.

C’est pour cette raison que je posais constamment ce problème : voyons les aspects qui nous unissent, mais cherchons à voir aussi pourquoi des difficultés surgissent entre nous, pourquoi même après une année passée ensemble à faire de l’auto-conscience, à tenter des initiatives, survient quelque chose qu’on ne réussit pas bien à démêler. »

Confusion #Finale :

La fin du texte poursuit malheureusement cette parodie de démonstration, dans une autosuggestion assez pénible, ainsi soit-il.

Que pourrions nous encore ajouter, face à si peu de raisonnement et de conscientisation ?

Effectivement, la question pourrait être renversée d’une bien belle manière.

Contre-vérité remâchée = prisme idéologique.

Autant de boniments pour conclure sur ce type de déclaration dont le mépris et l’inculture ne peuvent que nous consterner d’avantage :

Nous pourrions ajouter de la subtilité à nos observations, multiplier les citations, nous résoudre à quelques contorsions didactiques, tout reprendre, approfondir plus encore, mais la volonté nous fait défaut.

Contre-carrer plus en détails ce verbalisme ? Un épuisement vain, et le temps qui nous est imparti mérite mieux qu’un acharnement à convaincre.

Il semble en effet s’agir d’une peine perdue, c’est en tout cas ce que nous murmure la résignation face à l’imperméabilité de tant de certitudes.

Au fond, nous comprenons mal cette arrogance, cette mauvaise foi vouée à combattre, encore et toujours, des pratiques minoritaires.

Il ne faudrait pas confondre unité d’action et fusion, inclusion et intégration forcée. Les vieux schémas léninistes contre les « minorités » forcément contre-révolutionnaires… restons vigilants quant à la portée de nos propos.

Le patriarcat est-il une « circonstance » historique « particulière » ?

En mesure de justifier une telle pratique sur le temps long ?

Si non, que faudrait-il attendre encore ?

Le feu vert des inspecteurs-révolutionnaires ? Le grand soir ?

Pour enfin s’organiser, analyser, élucider, sous prétexte que lutter « en soi et pour soi » serait une insuffisance, voire une probable trahison ?

N’avons nous pas des perspectives moins étriquées ? Plus essentielles ?

Nous savons une chose, et c’est peut-être bien notre dernière conviction : là où la Farce s’éternise...l’aliénation militante jouit.

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