Florian Rouanet : « Antisémitisme, j’écris ton nom »

Dans la nuit du 16 au 17 mars 2015, des inscriptions antisémites ont été tracées à la bombe rue Voltaire dans le XIe arrondissement de Paris : au niveau du n°13, « je suis anti-sémite » et sur la chaussée, « Juif(s) je te hais », accompagné d’une croix gammée. Le lieu n’est pas choisi au hasard : non seulement il s’agit d’un quartier où vit une importante communauté juive, mais la rue Voltaire est également l’adresse du CICP, qui accueille entre autres des initiatives de soutien à la Palestine. Le lieu a souvent été la cible d’attaques de la Ligue de Défense Juive, un groupe d’extrême droite qui considère comme « antisémite » quiconque dénonce la politique coloniale d’Israël. Alors, une provocation de la LDJ ? La réalité semble plus simple : c’est bien un antisémite qui a fait le coup ! Et il n’en est pas à son premier coup d’essai…

Tag rue Voltaire

Le Centre International de Culture Populaire héberge de nombreuses associations soutenant des luttes de libération nationale, défendant les Droits de l’homme et solidaires avec les travailleurs immigrés, ou encore l’Union Juive Française pour la Paix (UJFP). Il est aussi un lieu de réunion habituel des antifascistes parisiens. Aussi, quand des militants habitués du CICP découvrent les tags, ils les prennent en photo (voir ci-contre), tandis que la police, de son côté, découvre une bombe de peinture vide dans le caniveau. En l’absence de signature, difficile de savoir s’il s’agissait de l’acte d’un débile isolé ou d’une action organisée, et par qui. On ne pouvait que spéculer…

Lorraine nationaliste

Jusqu’à ce que sur le site Lorraine nationaliste, on découvre les dernières « œuvres » antisémites des militants de ce qui reste des Jeunesses nationalistes depuis leur dissolution. Parmi les photos de tags, on reconnaît, comme on peut le voir sur la capture d’écran ci-contre, l’inscription de la rue Voltaire, visiblement prise en soirée, donc très probablement par son auteur. La photo n’a par ailleurs circulé nulle part sur internet.

Mais la Lorraine, c’est loin… Est-ce que les deux animateurs du site, Pierre-Nicolas Nups et son ami Maxime, déjà condamnés pour une banderole homophobe, auraient fait le déplacement jusqu’à Paris, précisément à cet endroit ? Peu probable…
Les deux animateurs du site Lorraine nationaliste partagent avec Rouanet une sévère nostalgie du fascisme à la française…

Fascisme
Les deux animateurs du site Lorraine nationaliste partagent avec Rouanet une sévère nostalgie du fascisme à la française…

Surtout qu’il existe un « Paris Nationaliste », animé par un certain Florian Rouanet, qui non seulement a déjà été épinglé par le site Fafwatch pour des graffitis du même acabit, mais habite à moins de 200m de la rue Voltaire, rue Léon Frot. Et en plus, il a une formation de peintre en bâtiment ! De quoi aiguiser notre curiosité et faire le point sur ce clown triste…

Né en 1990, Florian Rouanet commence à faire parler de lui au début des années 2010, en diffusant des interviews de Philippe Ploncard d’Assac.

Ce dernier est le fils de Jacques Ploncard d’Assac, une figure du nationalisme français de l’entre-deux-guerres : spécialiste de l’antimaçonnisme et antisémite convaincu (il est l’auteur d’un opuscule, publié en 1938, intitulé « Pourquoi je suis anti-juif »), proche d’Henri Coston (ils ont reçu leur francisque ensemble, c’est dire) il a soutenu la « révolution nationale » de Pétain avant de s’exiler en 1944 au Portugal, pour servir le régime fasciste de Salazar (son fils va d’ailleurs grandir en partie là-bas). Mais le parcours politique de son fiston est moins « glorieux » : si Philippe Ploncard d’Assac rejoint le Front national en 1990 (il est même membre du comité central) pour s’occuper du Cercle national des français résidents à l’étranger (CFRE), il le quitte trois ans après. En réalité, sa seule véritable activité politique consiste à faire vivre l’œuvre de son père, à travers les Cercles Nationalistes Français, activité qui se résume à l’animation d’un blog, la publication de quelques ouvrages et quatre ou cinq conférences dans l’année sur des sujets comme « la mainmise judéo-maçonnique sur Rome » ou encore « Apprendre la dialectique nationaliste ».

Tombé sous le charme suave de Ploncard d’Assac, Rouanet met en ligne un certain nombre d’entretiens avec le maître, et s’essaye lui-même à des conférences, qu’il filme également. Hélas, ayant le charisme d’un bidet, notre jeune nationaliste ne peut réussir qu’à endormir son auditoire… Même sur internet, la plupart de ses vidéos ne dépassent pas les 800 vues.

Aussi se tourne-t-il en 2013 vers les Jeunesses nationalistes, pour s’essayer au militantisme de terrain. En octobre, c’est lui qui prononce le discours d’hommage à Joseph Darnand à l’occasion de l’anniversaire de sa mort, le fondateur de la Milice qui se mit au service de la Gestapo pour traquer les Juifs et les résistants en France. Mais il sert surtout d’idiot utile (celui qui mettra son nom partout) : en novembre, il devient le trésorier et le secrétaire de l’association des Amis de Pierre Sidos ((Le président et trésorier François Ferrier, venant lui de la moribonde Nouvelle Droite Populaire, affiche là pour la 1re fois son engagement auprès de l’OF, puisque hormis quelques conférences à ses côtés, jamais il ne se revendiqua de l’OF auparavant.)) (APS) , créée dans la foulée de la dissolution de l’Œuvre française et des Jeunesses nationalistes. C’est également lui qui dépose le nom de domaine du site internet de l’APS.

En 2014, il lance « Paris nationaliste », une antenne locale des ex-Jeunesses nationalistes qui essaiment un peu partout en France des structures estampillées « nationalistes »[1] : Lorraine nationaliste, Alsace nationaliste… la dernière en date étant Bourgogne nationaliste, dont on peut supposer qu’il y a derrière l’ancien DPS du Front national et de l’OF Christophe Georgy. Les initiatives parisiennes restent cependant confidentielles : en octobre, distribution d’un tract « pour le transfert de la dépouille du Maréchal Pétain à Douaumont », dans le quartier latin[2] ; en février 2015, un hommage à Robert Brasillach, écrivain fasciste et antisémite, fusillé en 1945 pour avoir collaboré avec les nazis. Il a également participé en mars dernier à la « Fête des Patriotes » organisée par ce qui reste de l’Œuvre française, pour rappeler que « la France sera sauvée par la Croix celtique », prouvant par ce propos qu’il est bien le digne héritier (certes aux petits pieds) d’un Sidos ou d’un Benedetti.

Rouanet a bien des névroses :
complotisme, antisémitisme, sexisme… Mais pourquoi en faire profiter tout le monde ?

Car l’activité préférée de Rouanet, ce sont les graffitis : pas toujours à l’aise avec la langue française (cf. son « JUIFS je te hais » maladroitement corrigé), il préfère les slogans qui vont à l’essentiel. On peut ainsi sans prendre trop de risque de se tromper lui attribuer la paternité des âneries antisémites de la rue Voltaire… Mais qu’il se méfie quand même : si les murs ne peuvent pas lui répondre, nul n’est à l’abri d’une mauvaise rencontre.

La Horde

Mots-clefs : antisémitisme
Localisation : 11e arrondissement

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